Le fourre-tout de Geouf

CineGeouf

janvier 12th, 2013 at 16:17

Critiques en vrac 75: L’Odyssée de Pi – Mais qui a re-tué Pamela Rose – Instinct de Survie – L’Âge de Glace 3 – Maniac

L’Odyssée de Pi (Life of Pi)

Résumé : Après avoir passé son enfance à Pondichery dans le zoo de ses parents, Pi Patel, 17 ans, voit son monde chamboulé lorsque son père décide d’émigrer au Canada. Toute la famille embarque donc avec les animaux du zoo sur un cargo en partance pour l’Amérique. Mais lorsque le cargo fait naufrage, Pi se retrouve seul survivant à bord d’un canot de sauvetage, et avec pour unique compagnon un tigre du Bengale affamé. Une dangereuse cohabitation débute alors.

Réalisateur peu prolifique mais éclectique (12 films en 20 ans, allant du drame en huis clos au blockbuster hollywoodien en passant par le wu xia pan et le drame romantique sur fond d’espionnage), Ang Lee revient cette année avec un nouveau projet au scénario intriguant. L’Odyssée de Pi raconte en effet les aventures d’un adolescent perdu en pleine mer avec pour seul compagnon un tigre du Bengale. Une histoire atypique qui avait auparavant suscité l’intérêt de Jean-Pierre Jeunet, mais le projet n’avait pas abouti faute d’entente entre le réalisateur français et la 20th Century Fox. Mais vu les derniers films du réalisateur du Fabuleux Destin d’Amélie Poulain et vu le résultat obtenu par Ang Lee, on se dit que ce n’est finalement pas un mal.

L’Odyssée de Pi constitue en effet certainement une des expériences visuelles les plus stimulantes de l’année. Ang Lee, en virtuose de la caméra, propose de nombreuses images marquantes au cours de cette aventure : canot isolé sur une mer d’huile, perdu entre ciel et mer, île « cannibale » recouverte de suricates, baleine éclairée par le plancton phosphorescent jaillissant soudainement hors de l’eau, etc. L’émerveillement visuel est constant, mais fort heureusement Ang Lee propose plus qu’un joli recueil d’images.

L’Odyssée de Pi est en effet un vrai film d’aventures initiatique, avec un héros attachant habilement présenté dans une introduction pleine d’humour. Malgré le cadre pour le moins exigu, les rebondissements sont nombreux et variés. De plus, Ang Lee réussit à ne pas céder à la béatitude et évite le piège du « tigre qui devient un gentil toutou docile au service du héros ». Le tigre du film reste du début à la fin un animal sauvage, et même si Pi parvient à le dresser quelque peu, il reste imprévisible et dangereux. C’est l’une des forces du film que de rendre cette relation d’amour haine attachante et crédible. Au-delà de cette aventure, Ang Lee propose aussi un voyage initiatique au cœur de la foi, mais réussit à le faire avec finesse et sans prêchi-prêcha, ce qui fait que même les personnes athées pourront être conquises par le message du film et s’interrogeront à leur tour sur la spiritualité.

Bref, malgré quelques longueurs, L’Odyssée de Pi est un des films incontournables de cette fin d’année 2012, et il serait dommage de rater son passage au cinéma, tant ce spectacle doit se savourer sur grand écran.

Note : 8/10

USA, Chine, 2012
Réalisation : Ang Lee
Scénario : David Magee
Avec : Suraj Sharma, Irrfan Khan, Rafe Spall, Gérard Depardieu

Mais qui a re-tué Pamela Rose?

Résumé : Dix ans après avoir élucidé le meurtre de Pamela Rose, les chemins des agents du FBI Riper (Olivier Baroux) et Bullit (Kad Merad) se sont séparés. Mais lorsque la tombe de Pamela Rose est profanée et le cercueil de celle-ci est dérobé, les deux agents doivent de nouveau faire équipe, afin de résoudre une affaire qui les dépasse.

Dix ans après la première adaptation cinématographique des aventures des agents Riper et Bullit, Kad et Olivier se retrouvent enfin pour une suite tardive, qu’ils co-réalisent cette fois. Malgré un éloignement progressif des deux compères au fil des années, et des choix de carrière parfois assez hasardeux, on est heureux de constater que Mais qui a re-tué Pamela Rose constitue un retour aux sources salvateur. En 90 minutes, le film enchaîne les gags, ne laissant aucun répit au spectateur. Evidemment, avec un tel déferlement, tout ne fait pas mouche, mais il est difficile de ne pas rire au moins une fois devant une réplique surréaliste, une référence bien placée (les noms des lieux que visitent les héros sont souvent hilarants), un gag lourdingue mais surprenant… Les réfractaires à l’humour du duo passeront leur chemin, mais les fans seront aux anges. Mais au-delà de l’humour potache, Mais qui a re-tué Pamela Rose propose aussi une parodie plutôt réussie des séries TV et blockbusters américains (Les Experts et leurs tests tordus en prennent pour leur grade, ainsi que la tendance des blockbusters à compenser le manque de scénario par toujours plus d’explosions), convoquant le spectre des productions ZAZ des années 80 (Y a-t-il un Pilote dans l’Avion, Hotshots, etc) et enterrant sans problème certaines tentatives américaines récentes dans le genre (les films du duo maudit Jason Friedberg et Aaron Seltzer pour ne citer qu’eux).

Mais qui a re-tué Pamela Rose n’est certes pas du grand cinéma (bien que pour un film français il soit au final plutôt ambitieux niveau réalisation et décors), et s’adresse principalement aux fans de Kad & O, mais pour ceux-ci le contrat est parfaitement rempli.

Note: 7/10

France, 2012
Réalisation : Olivier Baroux, Kad Merad
Scénario : Olivier Baroux, Kad Meradm Julien Rappeneau
Avec : Olivier Baroux, Kad Merad, Omar Sy, Laurent Lafitte, Audrey Fleurot, Guy Lecluyse

 

Instinct de Survie (The new Daughter)

Résumé: Fraîchement divorcé, John James (Kevin Costner) s’installe avec ses deux enfants dans une grande maison de Caroline du Sud. Ils découvrent sur leur propriété un grand tertre, qu’ils supposent être une tombe indienne. La fille aînée de John, fascinée par le monticule, commence à avoir un comportement étrange…

Basé sur une nouvelle de l’auteur irlandais John Connolly et réalisé par Luiso Berdejo (coscénariste de REC 1 et 3 et du récent Insensibles), Instinct de Survie met Kevin Costner aux prises avec sa fille adolescente mise en cloque (et possédée) par un dieu païen. Rien de bien neuf sous le soleil du film de possession, Berdejo déballant toute la panoplie des effets de ce genre de films : caractère changeant, faim galopante, père inquiet et désarmé, expert qui débarque à la dernière minute pour donner une explication, babysitter assassinée, tout y passe… Le scénario de John Travis défie souvent toute logique, notamment dans les actes des pseudos dieux, ravalés au rang de créatures agressives qui se planquent tout le long du film pour se mettre à attaquer les personnages dans le dernier tiers sans réelle raison. Reste néanmoins la prestation solide du toujours impeccable Kevin Costner, et un final jusqu’auboutiste d’une noirceur peu habituelle pour ce genre d’histoire. C’est malheureusement bien trop peu pour espérer marquer les esprits.

Note : 4/10

USA, 2009
Réalisation : Luiso Berdejo
Scénario : John Travis
Avec : Kevin Costner, Ivana Baquero, Samantha Mathis, Gattlin Griffith

 

L’Âge de Glace 3 – Le Temps des Dinosaures (Ice Age: Dawn of the Dinosaurs)

Résumé : Alors qu’Ellie, la compagne du mammouth Manny est enceinte de leur premier enfant, et que le tigre aux dents de sabre Diego décide de repartir pour de nouvelles aventures, le paresseux Sid se sent rejeté par ses amis. Ayant découvert trois œufs dans une caverne de glace, il se met en tête de les couver et de devenir la maman des petits tyrannosaures qui ne tardent pas à en sortir. Mais la maman T-Rex ne l’entend pas de cette oreille, et celle-ci emmène Sid dans un monde souterrain dans lequel les dinosaures ont survécu. Les amis de Sid vont devoir partir à sa recherche dans ce monde inconnu et périlleux.

A l’instar de Dreamworks avec les Shrek et les Madagascar, Fox et son studio Bluesky continuent à exploiter la poule aux œufs d’or en produisant de nouveaux épisodes de L’Âge de Glace à la chaîne. Après un second épisode qui confrontait les héros à la fonte des glaces, ce troisième opus les projette cette fois-ci en plein monde perdu rempli de dinosaures. La routine continue à s’installer, les héros ont toujours aussi peu d’épaisseur, et les scénaristes et réalisateurs comptent une fois de plus sur les sidekicks pour attirer les gamins. L’écureuil Scrat a donc droit cette fois-ci à une vraie histoire parallèle (la plus réussie du film) dans laquelle il tombe amoureux d’une jolie femelle écureuil volante après l’avoir affronté pour l’obtention du sempiternel gland. L’ajout principal de cet opus se nomme Buck, une fouine intrépide, chasseur de dinosaures obsessionnel. Un personnage hystérique plus agaçant qu’autre chose, mais qui plaira certainement aux gamins. Les parents, eux, seront certainement plus intéressés par les rires de leur marmots que par ce qui se passe à l’écran, et oublieront le film aussitôt le dvd terminé, jusqu’au prochain visionnage/torture obligatoire.

Note : 3/10

USA, 2009
Réalisation : Carlos Saldanha, Mike Thurmeier
Scénario : Peter Ackerman, Michael Berg, Yoni Brenner,  Mike Reiss
Avec les voix de : Denis Leary, John Leguizamo, Simon Pegg, Queen Latifah, Ray Romano

 

Maniac

Résumé : Jeune homme solitaire tenant une boutique de restauration de mannequins, Franck Zito (Elijah Wood) est aussi un terrifiant tueur en série qui évacue sa frustration en assassinant et scalpant des jeunes femmes dans les rues de Los Angeles.

La moulinette à remakes hollywoodienne semble bien partie pour ne plus s’arrêter jusqu’à ce que tous les plus ou moins gros succès horrifiques des années 70-80 aient été remis au goût du jour. Cette fois-ci, c’est le très glauque Maniac de William Lustig qui se voit donc relifté, devant la caméra de Franck Khalfoun, réalisateur d’un 2e Sous-Sol pas très glorieux, et sous le parrainage bienveillant d’Alexandre Aja et de Lustig lui-même. Pas forcément un gage de qualité, vu le nombre de remakes foireux approuvés par les auteurs de l’original (Fog, la préquelle de The Thing…), mais néanmoins la note d’intention affichée par Aja et son compagnon de toujours Grégory Levasseur, tous deux scénaristes du film, laissait une lueur d’espoir.

Et en effet, une fois n’est pas coutume, ce Maniac nouvelle version est plutôt une bonne surprise, en tout cas pour les personnes appréciant le style brut de décoffrage et ultra-glauque du film de Lustig. Les autres, ceux biberonnés aux remakes aseptisés du style Hitcher, risquent fortement de faire la gueule devant une œuvre qui, à l’instar de son modèle, fait tout pour mettre le spectateur mal à l’aise. A commencer par une violence réaliste et dure, lors de meurtres d’une rare cruauté. Khalfoun, que l’on ne croyait pas capable de tant de rage, arrive sans peine à égaler Lustig au niveau du sadisme des mises à mort, sans pour autant tomber dans une débauche de sang et de tripaille. Le déplacement du cadre de l’intrigue de New York à Los Angeles est assez heureux, Khalfoun et son équipe ayant réussi à trouver des quartiers suffisamment glauques pour renforcer le sentiment de malaise. Enfin, impossible de ne pas mentionner l’excellente bande originale électro composée par Rob, rappelant par ses sonorités les musiques des années 70-80 (au même titre que la BO de Drive récemment) et participant pleinement à l’ambiance du film.

Le choix d’Elijah Wood pour incarner Franck Zito, fortement critiqué à l’époque de la mise en chantier (difficile en effet de faire plus éloigné que ça en termes de ressemblance avec Joe Spinnell), s’avère finalement plutôt judicieux, son physique enfantin collant plutôt bien avec la psychologie du personnage (traumatisé par les coucheries incessantes d’une mère possessive) et le rendant insoupçonnable aux yeux du monde. L’acteur impressionne dans ce rôle à mille lieux de ses précédentes incarnations (encore qu’on l’a déjà vu en psychopathe dans Sin City), et réussit à rendre Franck à la fois pathétique et terrifiant. Le pari audacieux de réaliser le film en vue subjective, s’il tourne parfois un peu à l’effet de style, est néanmoins suffisamment bien géré pour ne pas sortir le spectateur du film. On notera même quelques idées ingénieuses pour faire apparaître Wood à l’écran, comme lorsque le personnage semble sortir de son propre corps lors de certaines scènes de meurtre.

Malgré quelques maladresses scénaristiques (la mort d’Anna, ridicule au possible) et scènes un peu téléphonées (le tueur qui drague par chatroom et chope au bout de cinq minutes, sérieusement ?), cette nouvelle mouture de Maniac n’a pas à rougir de la comparaison avec son illustre modèle et devrait faire taire les mauvaises langues qui annonçaient déjà un ratage.

Note : 7/10

France, USA, 2013
Réalisation : Franck Khalfoun
Scénario : Alexandre Aja, Grégory Levasseur, C. A. Rosenberg
Avec : Elijah Wood, Nora Amezeder, America Olivo

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  • 1

    J’ai bien vu The new daughter mais je n’en ai presque aucun souvenirs, à part peut être une scène avec une créature qui court sur un toit (??). C’est dire si le film m’a marqué malgré. Pour L’age de glace 3 c’est encore pire je suis bien incapable de savoir si je l’ai vu ou pas, en tout cas je confirmes les gosses ne se lassent jamais de revoir le même film ;)
    Pour Pamela Rose je confirme que ça ne vole pas bien haut, mais c’est jubilatoire pour les fans de l’humour des deux lascars.
    Pas encore vu Maniac puisque mon ciné n’a visiblement pas décidé de le distribuer. En même temps j’ai un tel respect pour le film de Lustig et l’interprétation de Joe Spinell que je ne suis pas si pressé que ça même si le simple plan de la bande annonce avec le reflet dans la voiture reprenant la célèbre affiche du film originale suffirait presque déjà à ma satisfaction.

    Freddy K on janvier 13th, 2013
  • 2

    j’avoue que j’ai personnellement piqué du nez 2-3 fois devant L’Age de Glace 3, donc je vais certainement l’avoir totalement oublié d’ici quelques semaines…
    Concernant Maniac, je dois avouer que l’original de Lustig ne m’a laissé quasiment aucun souvenir non plus (à part la scène finale où Spinnel se fait démembrer par ses victimes) donc j’y suis allé l’esprit totalement vierge. En tout cas, je peux te dire que le remake réussit à etre bien glauque et dérangeant à plusieurs reprises.

    Geouf on janvier 13th, 2013

 

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