Le fourre-tout de Geouf

CineGeouf

décembre 17th, 2012 at 23:25

Le Hobbit: Un Voyage Inattendu (The Hobbit: An Unexpected Journey) de Peter Jackson

Résumé: Bilbon Sacquet (Martin Freeman), un paisible hobbit de la Comté, voit un jour débarquer chez lui le magicien Gandalf (Ian McKellen), accompagné d’une troupe de 13 nains. Ceux-ci sont en route pour Erebor, leur ancienne cité, qui a été annexée par le dragon Smaug des dizaines d’années auparavant. Pour tenter de reconquérir la cité, les nains ont besoin d’un quatorzième compagnon, capable de se glisser silencieusement devant le dragon, d’où leur présence chez Bilbon. D’abord réticent, celui-ci finit par accepter de les accompagner dans une aventure qui le changera à jamais et modifiera le destin de la Terre du Milieu…

Quasiment dix ans après Le Retour du Roi, Peter Jackson revient en Terre du Milieu pour une nouvelle trilogie, cette fois adaptée du roman Bilbo le Hobbit. Etant donné les circonstances dans lesquelles le réalisateur a dû accepter de s’atteler à cette nouvelle trilogie (forcé par les événements de reprendre le flambeau après les déboires de la MGM et le départ de Guillermo del Toro), on aurait pu craindre que celui-ci assure le minimum syndical juste pour faire marcher la machine à pognon (crainte amplifiée par l’annonce du découpage de l’histoire en trois films au lieu de deux). Fort heureusement, il n’en est rien, et ce Voyage Inattendu est une nouvelle pierre maitresse dans l’édifice de cette œuvre colossale.

En tant qu’épisode d’ouverture de cette nouvelle trilogie, Un Voyage Inattendu a la lourde et ingrate tâche de servir d’introduction à l’aventure qui va suivre. On se souvient qu’a l’époque de la sortie de La Communauté de l’Anneau, on avait beaucoup reproché à Peter Jackson de trop prendre son temps et de ne pas proposer assez de morceaux de bravoures. Sans surprise, les mêmes reproches sont aujourd’hui faits à ce nouveau film. Des reproches totalement infondés, tant il est évident à l’écran que Jackson et ses scénaristes ont effectué un travail titanesque pour proposer un film à la fois ouvert au profanes sans pour autant ennuyer les fans de la trilogie du Seigneur des Anneaux. Un Voyage Inattendu réussit ainsi avec brio à présenter pas moins de 14 nouveaux personnages (à des degrés plus ou moins importants certes) tout en réintroduisant certains personnages-phares de la première trilogie, sans pour autant rentrer dans trop de détails. Peter Jackson fait avec intelligence de nombreux parallèles avec la première trilogie (voir la scène dans laquelle Bilbon enfile l’anneau unique pour la première fois, miroir de la scène de la taverne dans La Communauté de l’Anneau) sans pour autant sombrer dans la redite pure et simple. Les parallèles entre les deux films sont nombreux, notamment en termes de construction, mais ceux-ci ne paraissent jamais incongrus ou insérés au forceps (contrairement à une autre célèbre prélogie se déroulant dans une galaxie lointaine). Plus que du fan-service, ces nombreuses correspondances entre les deux trilogies montrent un vrai souci de cohérence entre des œuvres ayant tout de même en gros dix ans d’écart. Un Voyage Inattendu possède ainsi son propre ton, beaucoup plus léger que celui de La Communauté de l’Anneau, et ses propres personnages.

Des personnages que le spectateur apprend à connaitre et à apprécier pendant ce premier film, au point que, s’il ne font pas oublier Frodon, Sam ou Aragorn, ils ne font pas non plus pâle figure à côté de ces héros maintenant mythiques, ni ne sont des décalques pâlots de ceux-ci. A cet égard, on ne pourra que saluer une fois de plus le casting parfait du film, à commencer par le choix de Martin Freeman dans le rôle de Bilbon. L’acteur britannique est incroyablement crédible dans le rôle de ce hobbit tranquille qui se laisse entrainer malgré lui dans une aventure qui le dépasse, et deviendra petit à petit un héros. La scène de sa rencontre avec Gollum restera comme un des très grands moments du film, à la fois drôle, stressant et jubilatoire de par ses implications sur l’histoire du Seigneur des Anneaux. L’autre révélation du film est bien sur Richard Armitage, qui incarne le fier Thorin, petit-fils du roi d’Erebor et leader de la fine équipe. L’acteur, que l’on a pu voir notamment dans la série TV MI-5 ou dans Captain America, fait preuve d’un excellent charisme et s’impose sans souci en leader naturel tiraillé par ses démons (dont sa haine des elfes).

La pseudo lenteur d’Un Voyage Inattendu permet aussi au réalisateur de planter son décor, de présenter les nombreux dangers planant autour des héros (certaines menaces n’interviendront que dans les prochains films, mais on en salive d’avance) et de décupler l’impact des scènes d’action du dernier tiers du film. Nul doute que les épisodes suivants seront certainement plus actifs, mais il est agréable de voir un réalisateur n’oubliant pas que l’action doit découler de l’intrigue et non l’inverse. L’action est d’ailleurs bien présente, et Un Voyage Inattendu propose d’excellents morceaux de bravoure, que ce soit un affrontement entre géants de pierre, une fuite éperdue dans un repaire de gobelins, et plusieurs batailles contre des troupes d’orcs. Peter Jackson prouve qu’il n’a rien perdu de sa maitrise dans les scènes d’action, et renvoie dans les cordes la plupart des blockbusters de l’année en termes d’inventivité au niveau de la réalisation. Et si la première heure du métrage est un peu avare en action (encore que l’ébouriffant flashback sur la prise d’Erebor par le dragon Smaug est un morceau de bravoure assez incroyable), c’est aussi un bon moyen de poser les personnages et de préparer la suite. Une stratégie qui s’avère tout à fait payante, puisque même si ce premier film n’est que le tout début de l’aventure, on ne peut qu’être épaté par le chemin psychologique et initiatique parcouru par les personnages au terme du long-métrage.

Impossible enfin de ne pas signaler l’excellente partition d’Howard Shore, de retour auprès de Peter Jackson, qui réadapte avec brio certains des plus grands thèmes du Seigneur des Anneaux (malgré quelques incohérences dans l’utilisation de certains d’entre eux), tout en ajoutant de nouvelles mémorables partitions (le thème des nains et la chanson qui l’accompagne). Les envolées lyriques de la bande originale accompagnent une fois de plus parfaitement les superbes images de la Nouvelle-Zélande.

Apres un Lovely Bones en demi-teinte, Peter Jackson revient pleinement aux affaires avec ce retour dans l’univers de Tolkien. Même si on est impatient de voir ce que donnera le second épisode de Tintin sous sa direction, force est de constater que l’on est plus qu’heureux de retourner avec lui fouler la Terre du Milieu. Et après cette mise en bouche magique, l’attente va être très longue jusqu’à Noel 2013…

Note : 9/10

USA, Nouvelle-Zélande, 2012
Réalisation : Peter Jackson
Scénario : Fran Walsh, Philippa Boyens, Peter Jackson, Guillermo del Toro
Avec : Martin Freeman, Richard Armitage, Ian McKellen, Ken Stott, Aidan Turner, Ian Holm, Andy Serkis, Elijah Wood, Hugo Weaving, Cate Blanchett, Christopher Lee

5
  • 1

    Me voilà rassuré ;)
    J’avais un peu peur de l’aspect introductif du film alors que l’univers nous ai déjà si familier. Parmi les autres critiques qui reviennent souvent dans ce que j’ai vu, lu et entendu c’est l’aspect totalement numérique du bestiaire du film …. Sinon comment est la 3D, comment Peter Jackson l’utilise ??

    Freddy K on décembre 18th, 2012
  • 2

    Alors la franchement, j’ai vu les memes critiques sur l’aspect numerique du bestiaire, mais ca ne m’a pas choque… Certes, certaines bestioles sont clairement numeriques (genre les ouargs sur lesquels les orcs montent, ou encore les trolls), mais comme pour les autres films, c’est toujours combine avec des maquillages (les orcs, notamment le chef albinos, sont magnifiques), donc je ne vois pas ou est le probleme. Et pourtant je l’ai vu en imax, donc cela aurait du me choquer…

    Concernant la 3D, je n’ai pas ete tres impressionne. C’est une 3D « de profondeur », discrete, mais c’est parfois un peu genant, lorsque la camera bouge un peu vite, ca devient flou (notamment lors de la scene dans le repaire des gobelins a la fin). Mais ma femme a vu le film hier en HFR, et elle a ete impressionnee par la profondeur offerte par la 3D et le rendu des images (meme s’il lui a fallu un temps d’adaptation, elle a eu un peu mal au coeur au debut).

    Geouf on décembre 18th, 2012
  • 3

    en phase avec ta critique:
    - film plus tourné vers les enfants, avec des personnages secondaires et une violence cartoonesque
    - faute dans la direction musicale, qui n’a pas s’est pas éloigné assez des certains thèmes du LSDA
    - mais surtout, une 3D a 24 fps indigne: les décors du fond sont occultés par les personnages jetés au premier plan, les mvts rapides de caméra floutent tous les arrières plans, et les lunettes assombrissent toutes les scènes de nuit ou dans les cavernes. Bref, ça me fout les boules, mais alors que je meurs d’envie de le revoir, je dois attendre 2 semaines pour qu’un petit cinoche de quartier d’une petite ville de province le passe en 2D. c’est pas le progrès ça…

    eric halimi on décembre 18th, 2012
  • 4

    Eric,

    La violence cartoonesque ne m’a pas derange personnellement. Certes, le film est plus leger que SdA, mais c’est aussi le materiau original qui veut ca.

    Je suis d’accord pour la direction musicale. Meme si la BO est magnifique, certains morceaux du SdA sont reutilises en depit du bon sens.

    Pour ce qui est de la 3D, j’avoue avoir ete un peu frustre aussi. Mais d’un autre cote, tout le film a ete pense pour etre projete en HFR, donc on ne peut pas vraiment reprocher a Peter Jackson d’avoir tente d’utiliser au maximum ce nouvel outil. C’est plutot la faute des exploitants frileux, pour le coup…

    Geouf on décembre 19th, 2012
  • 5

    Je l’ai vu en 2D donc pas de souci de ce cote pour moi.
    J’ai adore, je n’ai pas trouve l’introduction trop longue, suffisamment de scenes d’action a mon gout, l’apparition de Gollum est vraiment reussie.
    Seul belom, les nains pour la plupart un peu trop disney a mon gout…
    Dire qu’il va falloir attendre une plombe pour la suite, et 2 fois en plus!!

    fred57 on janvier 7th, 2013

 

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