Le fourre-tout de Geouf

CineGeouf

juin 5th, 2012 at 19:31

Prometheus de Ridley Scott

Résumé: 2089. Les archéologues Elizabeth Shaw (Noomi Rapace) et Charlie Holloway (Logan Marshall-Green) découvrent un peu partout sur Terre des pictogrammes identiques, créés par des civilisations n’ayant eu aucun contact entre elles. Ces pictogrammes semblant représenter une carte stellaire, Elizabeth est persuadé qu’il s’agit d’une invitation des créateurs de l’espèce humaine. Financée par la Weyland Corporation, une expédition embarque pour un long voyage à bord du vaisseau Prometheus pour tenter de rejoindre cette mystérieuse planète, LV-223…

Dire que Prometheus était très attendu relève de l’euphémisme. Difficile en effet de ne pas piaffer d’impatience devant la perspective de voir Ridley Scott revenir à la science-fiction, et en plus pour revisiter l’univers d’Alien, bien malmené ces dernières années par les indigents Alien vs Predator. Les premières bandes-annonces du film laissaient augurer du meilleur, soit un spectacle tout à la fois visuellement impressionnant et intelligent. Au final, Prometheus tient-il toutes ses promesses?

Ridley Scott a toujours été un génie visuel, et de ce côté-là, Prometheus s’inscrit parfaitement dans sa filmographie. Dès sa scène d’ouverture, le film fait preuve d’une ampleur rare, qui sera maintenue tout du long. Que ce soient les décors naturels (les highlands écossais, l’Ile de Skye) ou les impressionnants décors de studio (la salle des « vases canopes » avec sa tête gigantesque, la salle de contrôle et sa carte stellaire), tout a une dimension incroyable. Une grande partie du plaisir du film vient donc de cette découverte d’un environnement inédit, et cependant très familier.

Un environnement familier, car malgré tous les démentis de Ridley Scott et de son équipe, Prometheus constitue bien une amorce de préquelle d’Alien. On retrouve les fameux Spacejockeys et leur étrange vaisseau, les androïdes aux motivations troubles, et on assiste ému dans le final à la naissance du premier (?) xénomorphe. Mais si les références sont nombreuses, Scott et ses scénaristes Damon Lindelof (co-créateur de Lost) et Jon Spaihts (The Darkest Hour) ont eu l’intelligence de créer un film accessible à toute personne n’ayant vu aucun épisode de la fameuse saga. Malgré tout, Prometheus s’avère parfois un peu nébuleux dans son déroulement, et à l’instar de la série créée par Lindelof, soulève beaucoup de nouvelles questions sans forcément en apporter les réponses. Pourquoi les Spacejockeys ont-ils créé les Humains? Veulent-ils les détruire et pourquoi? Comment fonctionnent ces mystérieux vases canopes et leur liquide noir? Autant de questions dont on se demande parfois si les scénaristes possèdent eux-mêmes les réponses (autre point commun avec Lost), même si au final ce manque de clarté est parfois un atout, replaçant le spectateur au même niveau que les héros. Et tant pis pour ceux qui espéraient un nouveau 2001, L’Odyssée de l’Espace, Prometheus préfère aller à l’essentiel et proposer une intrigue finalement assez simple, à l’instar du premier Alien (les humains arrivent, réveillent quelque chose qu’il ne fallait pas, et tentent d’enrayer les événements avant que cette chose ne détruise l’humanité).

L’autre point faible du film vient du déséquilibre entre le traitement des personnages. Si Michael Fassbender et Noomi Rapace se taillent la part du lion, on ne peut que regretter que les personnages d’Idris Elba et Charlize Theron ne soient pas plus développés. Le personnage incarné par cette dernière avait pourtant énormément de potentiel, et une meilleure caractérisation aurait pu emmener le film sur les rives du drame shakespearien. Cependant, ce défaut est comblé par l’excellence du casting. Noomi Rapace, à cent lieues de son personnage de Lisbeth Salander, campe une héroïne d’une fragilité déconcertante, mais qui, à l’instar de Ripley, devra apprendre à devenir combattive devant le danger. Quant à Michael Fassbender, il continue à s’imposer comme l’un des acteurs les plus talentueux de sa génération. Son personnage d’androïde en apparence sans émotions concentre à lui seule toutes les scènes les plus intéressantes du film.

Et si Prometheus s’avère souvent un peu bancal, il y a néanmoins un aspect sur lequel Ridley Scott n’a pas failli, c’est sur l’ambiance du film. Le réalisateur parvient au détour de nombreuses scènes à retrouver l’ambiance claustrophobique de son film de science-fiction séminal, notamment lorsque les personnages déambulent dans les longs couloirs sombres du vaisseau extraterrestre. Dans ces moments-là, on ne peut s’empêcher de retrouver cette délicieuse appréhension de ce qui se cache dans l’ombre et pourrait surgir à n’importe quel moment pour fonde sur les personnages. Il réussit même à retrouver la peur viscérale ressentie à l’idée d’être envahi par un corps étranger nocif, lors d’une scène d’avortement des plus traumatisantes.

Si au final Prometheus ne tient pas toutes ses promesses, s’avérant notamment assez nébuleux et bancal, il est tout de même difficile de bouder son plaisir devant un spectacle aussi impressionnant visuellement et renouant avec bonheur avec la mythologie Alien.

Note: 7.5/10

USA, Royaume-Uni, 2012
Réalisation: Ridley Scott
Scénario: Damon Lindelof, Jon Spaihts
Avec: Noomi Rapace, Michael Fassbender, Charlize Theron, Guy Pierce, Idris Elba, Logan Marshall-Green, Sean Harris, Rafe Spall

5
  • 1

    Vu hier soir. Je ne peux m’empêcher de dire que je suis déçu, ce sera un petit 7/10 pour moi. Pas que je sois déçu par l’attente générée, et l’explication des xénomorphes, je suis ravi par le scénario, très bien, qui, même s’il ne donne pas les réponses de manière définitive, balise tout de même assez bien le terrain. Le film est magnifique, tout simplement. Alors qu’est ce qui cloche? Bon dieu que c’est froid… Quasiment pas d’émotion, la faute à des personnages pas assez développés. Je ne sais pas si c’est la faute des acteurs, de Ridley Scott ou bien du scénariste, mais je n’aime aucun personnage. Je trouve hallucinant la scène où les pilotes se sacrifient pour foncer sur le vaisseau des créateurs, où finalement je me foutais complètement de leur sacrifice! Les deux pilotes qui accompagnent le black, on ne sait même pas leur nom, putain! Il y a pas mal de personnages qui n’existent pas, des ombres qui traversent le film. C’est vraiment dommage, car c’était tout l’inverse d’Alien premier du nom: un équipage attachant. Finalement, le personnage qui ressort le plus est un androïde, c’est horrible tout de même! Je ne sais pas si c’est par la grâce de Fassbender (qui n’est pas non plus à tomber du cul par terre, mais j’ai fait l’erreur de regarder X-Men First Class le jour d’avant…), mais les personnages humains sont pour la plupart imbuvables (mention spéciale aux deux crétins qui meurent en premier. J’avais l’impression d’être dans un mauvais slasher « Ouf, on en est enfin débarrassés, de ces deux-là! ».

    Tout le reste du film est très bien (idée géniale de faire de ces créateurs les méchants, alors que toute l’équipe s’attendait à une rencontre émouvante et toute gentille avec leur « dieu »), mais le facteur humain est vraiment mis de côté. Noomi Rapace se démène comme elle peut, elle y arrive par moment, mais ce n’est pas suffisant. Techniquement 10/10, émotionnellement, un tout petit 5/10.

    Soundwave on juin 11th, 2012
  • 2

    Je suis d’accord sur le fait que le film a un serieux probleme de developpement des personnages, notamment des personnages secondaires (et oui, les deux scientifiques qui se font tuer par le ver sont juste ridicules).
    Mais par contre, je trouve que l’emotion est la plusieurs fois pendant le film. Certes, toujours au travers des personnages de Fassbender et Rapace, mais j’ai trouve les scences ou Noomi Rapace evoque sa sterilite assez emouvantes. Et puis bon, l’emotion, c’est pas que les larmes, et la scene de l’avortement, niveau emotions fortes, elle s’impose facilement !

    Geouf on juin 11th, 2012
  • 3

    Tout à fait d’accord pour les émotions, je prend les bonnes, les mauvaises, les larmes, la douleur, etc, etc… Mais à part justement cette scène de l’avortement (qui est très forte), ben, je n’ai pas trop ressenti quelque chose pour le reste. Je crois que dans 6 mois, c’est peut-être la seule scène qui va rester dans ma tête.

    Soundwave on juin 12th, 2012
  • 4

    J’ai vu le film depuis plus d’un mois et je butte toujours à en faire une critique… Prometheus est bourré de choses digne des plus grands classique de science fiction et de défauts digne des pires séries B et j’ai bien du mal à tout ordonner dans ma petite tête. Le sentiment persistant reste celui d’une déception sans doute lié à l’attente immense vis à vis du film et qui devra attendre un second visionnage pour être jugé plus partiellement.
    Je suis au moins d’accord avec vous sur Noomie Rapace et la scène de l’avortement ;)

    Freddy K on juillet 19th, 2012
  • 5

    Oui, je comprends tout a fait ton point de vue, FreddyK. J’ai eu aussi je l’avoue un peu de mal a savoir ce que j’en avais vraiment pense. Maintenant, pres de deux mois apres l’avoir vu, je dois dire que je penche un peu plus du cote de la petite deception, meme si pas mal d’images me restent en memoire, ce qui est plutot bon signe. C’est plutot du cote de l’histoire que je reste un peu sur ma faim: c’est un peu trop fouilli, parcouru de belles fulgurances, mais aussi comme tu le dis, de scenes ridicules dignes d’une serie B un peu ringarde.
    J’attends tout de meme avec curiosite un hypothetique version longue, et je serai content de le revoir en blu ray 3D.

    Geouf on juillet 23rd, 2012

 

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