Le fourre-tout de Geouf

CineGeouf

avril 29th, 2012 at 10:32

Critiques en vrac 63: Antichrist – Stuck – Battleship – Blood Creek

Antichrist

Résumé: Suite à la mort accidentelle de leur enfant, un couple s’isole dans une cabane au fond des bois. Le mari (Willem Dafoe), psychiatre, espère ainsi traiter sa femme (Charlotte Gansbourg), et l’aider à faire son deuil, en la poussant à affronter ses peurs.

Film scandale du Festival de Cannes 2009, Antichrist a déchainé les passions. Taxé de misogynie par les uns, célébré par les autres pour son radicalisme, le film de Lars von Trier ne laisse pas indifférent.

Dès son ouverture à la fois poétique et horrible, Antichrist choque en mettant en scène dans un noir et blanc profond et sur fond de musique classique la mort d’un enfant alors que ses parents font l’amour. Mais passée cette excellente mise en place, le film s’avère finalement assez soporifique pour sa plus grande partie, enchainant avec lenteur les dialogues psychanalytiques entre deux personnages assez peu attachants, heureusement incarnés par deux excellents acteurs donnant de leur personne comme rarement. Toujours aussi perfectionniste, von Trier filme le tout avec une image brute, sale et sans fioritures, tentant d’instiller un malaise insidieux en déformant l’image et en montrant d’étranges événements : un daim avec son petit mort-né dépassant de son vagin, un renard en train de pourrir, une scène de sexe au pied d’un arbre duquel dépassent des membres humains, etc. Il faut bien avouer que ça fonctionne parfois plutôt bien, et que le malaise grandit à mesure que le film se déroule, mais que souvent la pensée qui revient dans l’esprit du spectateur est « dieu que c’est moche ».

La dernière partie du film s’active heureusement un peu plus, et vire au carnage assez sauvage, l’héroïne incarnée par Charlotte Gainsbourg se muant en furie sanguinaire. C’est d’ailleurs pour ce dernier acte que le film a été taxé de misogynie, von Trier se permettant de briser un tabou en mettant en scène un personnage féminin totalement maléfique, martyrisant son enfant et prêt à mutiler son mari pour le garder près d’elle. Des attaques totalement ridicules, le réalisateur ne faisant ici que dire qu’il est possible que les femmes soient aussi mauvaises que les hommes, sans en faire une généralisation sur la gente féminine…

A vrai dire, les défauts du film sont surtout son rythme un peu trop lent (heureusement rattrapé par son dernier acte cathartique et très dérangeant) et ses ficelles parfois un peu grosses, dignes de mauvais thrillers horrifiques (le mari qui découvre « l’antre » de sa femme et comprend soudain grâce à l’autopsie de leur fils, oubliée dans sa poche, que celle-ci est folle à lier, c’est un peu facile et déjà vu). Néanmoins, Antichrist reste une expérience cinématographique assez éprouvante et qui réussit à hanter le spectateur longtemps après la séance. Et rien que pour cela, le film mérite d’être découvert…

Note : 6.5/10

Danemark, 2009
Réalisation : Lars von Trier
Scénario : Lars von Trier
Avec: Charlotte Gainsbourg, Willem Dafoe, Storm Acheche Sahlstrøm

Stuck

Résumé: Alors qu’elle rentre de boîte en ayant un peu trop bu, Brandy (Mena Suvari) percute un SDF (Stephen Rea) avec sa voiture. Complètement paniquée à l’idée de ruiner sa vie et sa carrière, la jeune femme décide impulsivement de ne pas emmener le blessé à l’hôpital, et le ramène chez elle, alors que celui-ci est coincé dans son pare-brise, sérieusement blessé mais vivant…

Depuis quelques années, la carrière de Stuart Gordon a pris un virage assez inattendu. S’éloignant des films gores qui ont fait sa gloire (le fameux Reanimator en tête), le réalisateur a donné une teinte plus sociale et satirique à son cinéma depuis l’étrange King of the Ants. Stuck, son dernier film en date, continue sur cette lancée en mettant en scène l’affrontement entre une jeune femme carriériste et le SDF qu’elle a percuté avec sa voiture, celui-ci étant coincé dans le pare-brise du véhicule.

Basé sur un fait divers réel, Stuck est une violente satire de l’individualisme moderne et des extrémités auxquelles peuvent être poussés les gens par peur de perdre leur emploi (ou par peur de l’expulsion, comme le montre la réaction de la famille d’immigrés). Poussée par la peur et l’ambition, la jeune aide soignante excellemment interprétée par Mena Suvari se transforme petit à petit en monstre froid et manipulateur. Face à elle, le grand Stephen Rea use adroitement de sa bonhomie naturelle pour donner corps à un personnage émouvant d’homme brisé par la vie. La scène lors de laquelle il se présente à un entretien d’embauche est un monument d’horreur sociale malheureusement beaucoup trop crédible pour ne pas rire jaune.

Très en forme et visiblement inspiré par son sujet, Stuart Gordon réalise avec Stuck un film rythmé et jouissif, posant de nombreuses questions perspicaces. Comme à son habitude, le réalisateur marie avec brio horreur et humour, pour ce qui est l’un de ses meilleurs films. Ce savant mélange permet même de rendre crédible un final sanglant et sauvage dressant un constat assez amer sur la nature humaine.

Note : 7.5/10

USA, 2007
Réalisation : Stuart Gordon
Scénario : Stuart Gordon, John Strysik
Avec: Mena Suvari, Stephen Rea, Russell Hornsby, Rukiya Bernard

Battleship

Résumé: Durant un exercice militaire rassemblant des vaisseaux de toutes les marines internationales, des vaisseaux extraterrestres débarquent sur Terre. Les aliens créent un dôme de protection autour de leurs vaisseaux, enfermant quelques navires avec eux. Le sort de la planète repose alors sur les épaules de ces soldats isolés du monde…

Il semblerait bien que le succès de la franchise Transformers ait donné des idées au fabricant de jouets Hasbro. En manque de gros robots extraterrestres, les voilà donc qui dégainent cette année Battleship, adaptation en film du célèbre jeu Touché-Coulé. On pourra bien sûr crier au scandale et râler devant la vacuité de l’entreprise, mais vu que d’autres avant Hasbro ont adapté des attractions de parcs à thème ou des jeux vidéos, et que Parker parle depuis des années de mettre en images Monopoly, il faut bien se faire une raison…

Au moins, la chance de Battleship par rapport aux autres films du même genre est que vu que le jeu du même nom ne possède absolument aucune trame, il était peut-être plus aisé de créer un scénario de toutes pièces sans que les fans puissent crier à la trahison. Le film de Peter Berg prend donc le prétexte du jeu pour faire s’affronter une flotte internationale en plein exercice et des vaisseaux aliens belliqueux. Bien évidemment, c’est très con, et c’est bourré d’incohérences assez gênantes, comme le fait que les aliens attaquent les (enfin, une) bases militaires américaines et détruisent une autoroute, mais ne tirent sur les navires humains que si ceux-ci les menacent directement. Mais niveau spectacle, c’est plutôt correct, et Peter Berg s’en sort à peu près, non sans repomper au passage son petit camarade Michael Bay, que ce soit dans le design des vaisseaux aliens, très Transformers dans l’esprit, dans les grosses explosions (dont la chute d’un immeuble coupé en deux, comme dans Transformers 3), ou encore dans les plans iconiques des personnages. On s’ennuie un peu quand le film s’éloigne des eaux pour retourner sur la terre ferme, et on peine à croire que l’invasion alien est imminente, mais Berg réussit à emballer au moins une très bonne scène, adaptation littérale du jeu de plateau (les personnages tirent à l’aveugle en utilisant une grille de sonar pour tenter de détruire les vaisseaux aliens). Le meilleur moment du film reste tout de même son introduction, au cours de laquelle Taylor Kitsch fout le boxon dans une superette pour les beaux yeux de Brooklyn Decker. De là à penser que Peter Berg devrait revenir à la comédie plutôt que de persévérer dans l’action, il n’y a qu’un pas, que nous franchirons allègrement…

Le casting fait son boulot dans le cadre limité de leurs personnages (oui, même Rihanna n’est pas trop mauvaise), même si on peut déplorer le peu de temps de présence à l’écran d’Alexander Skarsgård et Liam Neeson. Heureusement, le charisme de Taylor Kitsch lui permet de porter le film quasiment à lui seul, malgré un personnage très classique de « glandeur irresponsable qui apprend à devenir un homme, un vrai ».

Bref, ça ne vole pas très haut, mais ça assure à peu près le spectacle, en tout cas plus que La Colère des Titans

Note : 5/10

Etats-Unis, 2012
Réalisation : Peter Berg
Scénario : Eric Hoeber, Jon Hoeber
Avec: Taylor Kitsch, Alexander Skarsgård, Rihanna, Brooklyn Decker, Liam Neeson

 

Blood Creek (Town Creek)

Résumé: Evan (Henry Cavill), ambulancier dans une petite ville de Virginie, est rongé par la disparition de son frère Victor (Dominic Purcell) lors d’une sortie de pêche, deux ans auparavant. Ainsi, lorsque Victor réapparait sans crier gare et lui demande de prendre des armes et de le suivre sans poser de questions, Evan s’exécute. Les deux hommes ne tardent pas à arriver dans une étrange ferme isolée, aux fenêtres et portes recouvertes de symboles ensanglantés…

Dernier film du souvent conspué Joel Schumacher, Blood Creek a fait un joli flop aux Etats-Unis, et débarque directement en DVD en France. Avec ce nouveau film, Schumacher, retourne à ses premières amours, en mettant en scène un thriller horrifique s’intéressant à des expériences contre nature menées par les nazis.

Après un magnifique prologue en noir et blanc introduisant le bad guy du film, incarné par un Michael Fassbender charismatique en diable, Blood Creek démarre sur les chapeaux de roue. A l’instar du personnage principal interprété par Henry Cavill (décidément partout en ce moment), le spectateur se retrouve plongé dans une intrigue dont il ne saisit pas immédiatement les tenants et aboutissants. Schumacher fait preuve d’un excellent sens du rythme, enchaînant sans temps mort les péripéties, ce qui fait que l’on ne s’ennuie pas devant cette variation originale sur le mythe du vampire, mâtinée de film de zombies. Le réalisateur de L’Experience Interdite met en boite plusieurs scènes marquantes, dont une attaque de chevaux zombies assez effrayante (alors qu’une telle idée aurait vite pu tomber dans le ridicule), et iconise de bien belle façon le bad guy du film, un nazi passionné par l’occulte lorgnant pas mal du cote du Pinhead de la saga Hellraiser. Comme souvent, le réalisateur a réuni ici un casting assez impressionnant : Michael Fassbender, Henry Cavill (déjà assez charismatique) et Dominic Purcell, qui n’est jamais aussi bon que lorsqu’il est plongé dans l’action.

Malheureusement, comme souvent chez Schumacher, c’est au niveau du scénario que Blood Creek pèche. Le film multiplie les incohérences assez agaçantes, et l’intrigue comporte beaucoup trop de trous béants pour pleinement convaincre. Les personnages agissent souvent en dépit du bon sens, et la question « mais pourquoi est-ce qu’il fait ça ? » revient régulièrement a l’esprit. Passe encore qu’Evan suive son frère aveuglément et sans poser de questions en début de film, mais la pilule passe un peu moins bien lorsque celui-ci se met à shooter tout le monde dans la ferme servant de décor au film. Et d’ailleurs, comment se fait-il que lors des recherches initiales pour retrouver Victor, personne ne soit allé visiter l’étrange ferme isolée aux fenêtres recouvertes d’inscriptions ensanglantées ? Et comment les habitants de ladite ferme ont réussi à enlever des gens pendant près de 80 ans sans que personne ne se pose de questions ? Et pourquoi le bad guy, qui contrôle les chevaux morts pour défoncer les portes de la maison, n’a-t-il pas fait de même pour détruire la palissade recouverte de runes magiques l’empêchant de s’échapper ? En 70 ans, on aurait pu croire qu’il y aurait pensé, non ?

Malgré ses indéniables qualités visuelles, son sujet intéressant et son sens du rythme sans failles, Blood Creek s’enfonce malheureusement dans la médiocrité à cause d’un scenario beaucoup trop approximatif. Dommage, car le film de Schumacher avait de sérieux atouts pour convaincre…

Note : 5/10

 

USA, 2009
Réalisation : Joel Schumacher
Scénario : David Kajganich
Avec : Henry Cavill, Dominic Purcell, Michael Fassbender, Emma Booth

4
  • 1

    « la pensée qui revient dans l’esprit du spectateur est « dieu que c’est moche » » Tu parles de l’esthétique du film ou bien de son esprit maladif ?? Lars Von Trier alterne dans Antichrist des moments hérités du Dogme et d’autres que personnellement j’avais trouvé absolument sublime comme l’entré du personnage de C. Gainsbourg dans Eden. Melancholia fonctionne d’ailleurs sur la même alternance de mise en scène brut et de moments visuellement superbe. Je dirais donc « dieu que c’est moche parfois » ;)

    Freddy K on avril 29th, 2012
  • 2

    Oui, c’est sûr que j’ai été un peu direct, mais j’avoue que contrairement à Melancholia, qui comporte des passages vraiment magnifiques visuellement, je n’ai pas vu de scènes sublimes dans Antichrist. L’entrée dans Eden? J’avoue que je ne me rappelle même pas de cette scène, pourtant j’ai vu le film il y a deux semaines…
    Je comprends le parti-pris de von Trier, et j’approuve certains de ses choix, comme l’image qui se brouille parfois, mais je trouve ça quand même assez laid esthétiquement.
    Mais le vrai problème, comme dans tous les films de von Trier que j’ai vus, c’est que je trouve ses personnages agaçants et pas du tout attachants, et du coup je me désintéresse de leur sort (au mieux, parce que le plus souvent j’ai juste envie de les baffer, comme dans Breaking the Waves).

    Geouf on avril 29th, 2012
  • 3

    C’est certain que les personnages des films de Lars Von Trier sont rarement aimable, agréable ou sympathique mais ils ont souvent une sacrée densitè dramatique.
    Par contre c’est normal la bande annoce de Stuck pour Battleship ?? ;)

    Freddy K on avril 30th, 2012
  • 4

    Densite dramatique, densite dramatique, bof. Une bande de depressifs mou du genou ou d’attardes mentaux, pour moi c’est pas des personnages avec de la densite dramatique, c’est un peu de la facilite pour faire larmoyer le spectateur (en tout cas dans les films que j’ai vus de von Trier). A vrai dire, les seules oeuvres du bonhomme que j’ai appreciees sont The Kingdom, qui est completement frappadingue, et Melancholia parce que pour une fois on arrivait a s’attacher a ses persos.

    Pour la BA de Stuck, c’est un message subliminal pour pousser les gens a regarder Stuck plutot que Battleship ;-)

    Geouf on avril 30th, 2012

 

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