Le fourre-tout de Geouf

CineGeouf

février 13th, 2012 at 20:32

Spécial Films Chocs: A Serbian Film – The Human Centipede 2 (Full Sequence)

Au programme cette semaine, deux films chocs ayant divisé le public partout où ils ont été diffusés. Censurés dans plusieurs pays, voire bannis de certains festivals, ces deux films valent-ils leur réputation ?

A Serbian Film (Srpski Film)

Résumé: Milo, un acteur porno à la retraite, accepte pour une grande somme d’argent de reprendre du service pour jouer dans un mystérieux film « artistique » d’un nouveau genre. Il se laisse bientôt entrainer dans un monde de déviance extrême où la vie humaine n’a que peu de valeur…

En tant que cinéphage insatiable, je suis toujours à la recherche de nouveauté : nouveaux réalisateurs, nouveaux acteurs, nouvelles techniques de réalisation, nouvelles histoires, nouveaux pays… Et en tant que fan d’horreur, j’apprécie les films repoussant les limites et me mettant mal à l’aise, restant avec moi longtemps après la projection. Alors évidemment, le visionnage d’A Serbian Film s’imposait comme une évidence, vu sa réputation sulfureuse. Malheureusement, pour une fois je crois que j’aurais préféré m’abstenir…

A Serbian Film est un film choquant. Très choquant. On ne peut définitivement pas lui enlever ça. C’est aussi un film soigné, à la réalisation correcte, avec une bonne interprétation (mention spéciale à l’acteur principal, très crédible), et aux effets spéciaux réussis (un peu trop même).Est-ce pour autant un bon film, un brûlot politique dressant un portrait sans concession de l’état actuel de la Serbie, comme le réalisateur le prétend ? Je ne crois pas. Le film démarre cependant plutôt bien, prenant le temps d’installer son intrigue et ses personnages, développant petit à petit une ambiance glauque et malsaine presque lynchienne dans certaines scènes (l’inquiétante gamine en costume d’Alice, qui regarde le héros enfiler sa mère), allant graduellement plus loin dans la déviance. Mais à mi-parcours, A Serbian Film bascule dans l’horreur la plus abjecte avec une scène absolument abominable qui m’a fait sérieusement me demander si je voulais continuer le visionnage. Avec cette scène, le film a clairement atteint mes limites. Avais-je envie d’être choqué ? Oui. Etait-il pour cela nécessaire de me montrer en full frontal un nourrisson se faire sodomiser sous le regard de sa mère qui vient de l’accoucher ? Je ne crois pas…

Passée cette scène insoutenable, le film tombe rapidement dans l’horreur dégueulasse, enchainant les sévices les plus immondes à un rythme soutenu : femme à laquelle on arrache les dents pour ensuite l’étouffer au cours d’une fellation sauvage, femme découpée à la machette en plein acte sexuel, enfant sodomisé par son père… A Serbian Film sombre tellement dans l’outrance que cette accumulation de scènes abominables a finalement l’effet inverse de celui escompté, et arrivé en fin de film, il devient impossible de faire autre chose que d’en rire. D’autant que le soudain revirement du héros, d’abord révulsé puis victime consentante de cette suite de débauche sans trop sourciller, est expliqué à la va-vite par une injection d’aphrodisiaques et autres drogues… En montrant sans finesse ni recul et en plein cadre une accumulation d’horreurs innommables, A Serbian Film se vautre totalement dans la gratuité la plus vulgaire et crasse, à tel point que la pseudo justification politique et sociale du film fait long feu…

Au final, au lieu de rejoindre le panthéon des œuvres chocs mais intelligentes qui ont marqué l’histoire du cinéma, A Serbian Film ne restera certainement dans les mémoires que pour son jusqu’auboutisme sans discernement. Personnellement, j’avoue avoir du mal à cautionner ce genre de cinéma tentant de se donner une allure respectable pour juste étaler un chapelet de scènes à la limite du soutenable…

Note: 3/10

Serbie, 2010
Réalisation: Srdjan Spasojevic
Scénario: Aleksandar Radivojevic, Srdjan Spasojevic
Avec: Srdjan Todorovic, Sergej Trifunovic, Jelena Gavrilovic, Slobodan Bestic

The Human Centipede 2 (Full Sequence)

Résumé: Martin (Laurence R. Harvey), un gardien de parking quasi autiste vivant chez sa mère, est fan du film The Human Centipede de Tom Six, qu’il se passe en boucle tous les jours. A tel point qu’il rêve de reproduire l’expérience décrite dans le film, mais cette fois avec 12 personnes au lieu de 3. Il commence donc à enlever des gens passant dans le parking dont il a la responsabilité, et les garde captifs dans un entrepôt désaffecté, le temps d’avoir assez de « morceaux » pour commencer son œuvre…

Autre film ayant défrayé la chronique, The Human Centipede 2 de Tom Six a particulièrement fait parler de lui au Royaume-Uni, où il a failli être banni, avant de sortir en DVD dans une version censurée, expurgée de ses scènes les plus chocs. Tom Six l’avait en effet promis après la sortie du premier opus, les deux suites prévues seraient encore plus extrêmes et mettraient mal à l’aise même les plus blindés des spectateurs. Un discours aux allures de bonimenteur de foire, mais se voulant aussi une réponse à la fois à ses détracteurs, choqués par le premier film, et à certains de ses fans, qui réclamaient plus de gore et de perversité. Le postulat de base de The Human Centipede 2 est donc assez malin, puisqu’il s’intéresse justement à un cas extrême de fan taré ayant dans l’idée de copier le chirurgien du premier film. Une bonne façon pour Tom Six d’analyser le remous créé par le premier opus, ainsi que le buzz autour de celui-ci (mérité ou non, là n’est pas la question).

The Human Centipede 2 prend donc dès le début le total contrepied de son aîné. Là ou le premier film proposait une image léchée et en couleur, dans un environnement purement cinématographique, ce second opus sera en noir et blanc granuleux, ancré dans une réalité sordide. On passe aussi de la campagne allemande à un environnement urbain déprimant, de la grande maison d’un chirurgien au logis crapoteux d’un sociopathe abusé par son père dans son enfance, et élevé par une mère tarée. The Human Centipede 2 démarre d’ailleurs plutôt bien, parvenant avec aisance à poser une ambiance glauque avec finalement peu d’effets. La montée en puissance est lente mais prenante, à mesure que Martin rassemble les pièces de son puzzle macabre, et Tom six a une fois de plus choisi un interprète incroyable pour incarner son antihéros. L’acteur Laurence R. Harvey est juste terrifiant, ne serait-ce que de par son physique, conjugué en plus à un jeu se limitant à des onomatopées inquiétantes. Tom Six réussit à le rendre à la fois terrifiant (les scènes d’enlèvement, ou la scène dans laquelle il nourrit son mille pattes apprivoisé) et pathétique (la façon dont sa mère le traite, ou sa réaction face au ventre gonflé d’une femme enceinte qu’il a enlevée). Le réalisateur place même quelques scènes bien senties, notamment dans sa description de la relation de Martin avec sa mère (voir entre autres la scène surréaliste dans laquelle le médecin de famille parle des névroses du héros à sa mère comme s’il n’était pas là).

Mais voilà, malheureusement, une fois cette mise en place assez brillamment exécutée (malgré le jeu assez limite de certains acteurs et quelques incohérences un peu gênantes), le dernier tiers du film vient malheureusement tout gâcher en sombrant dans un grand guignol de mauvaise aloi, écueil que le premier opus, à défaut d’être une grande réussite, avait su éviter. Dès que Martin commence son « assemblage », le film tombe dans le gore outrancier prêtant plus à rire qu’à frissonner. Tom Six en rajoute, comme s’il voulait sciemment saborder son film, ou se foutre de la gueule des fans réclamant plus de gore. Il accumule les scènes gratuites (la mère enceinte qui s’échappe, accouche dans une voiture et piétine son propre bébé en appuyant sur la pédale d’accélérateur pour se sauver) voire le grand n’importe quoi, culminant dans une scène de diarrhée collective qui se voudrait probablement dérangeante mais ne réussit qu’à être ridicule au possible.

Malgré un départ encourageant, The Human Centipede 2 se vautre donc lamentablement dans son dernier acte, donnant l’impression que soit Tom Six se fout de la gueule du monde, soit il n’a juste pas la maturité suffisante pour traiter son sujet jusqu’au bout de façon correcte. L’un ou l’autre, le résultat fait peine à voir…

Note : 5/10

Pays-Bas, Royaume Uni, Etats-Unis, 2011
Réalisation: Tom Six
Scénario: Tom Six
Avec: Laurence R. Harvey, Ashlynn Yennie

4
  • 1

    Très intéressante critique de A serbian film… Personnellement j’avoue avoir arrêter le film après la séquence du viol du fœtus. Ce n’était pas par malaise, pas par révulsion, pas même par dégout; tout comme toi j’aime les films qui font mal et qui interrogent les bas plus bas instincts et une certaine forme de voyeurisme du spectateur. Tout ceci me semblait d’un seul coup tellement creux, tellement vain, tellement sale et surtout tellement gratuit et facile. Comme un mauvais exercice de simple provocation qui ferait de l’outrance une forme nouvelle de transgression intelligente et donnerait à n’importe qui la légitimité de filmer n’importe quoi sous couvert de repousser les limites. A serbian film n’est pas seulement un mauvais film c’est à mon avis un film dangereux.
    J’attends de voir Human centipede 2, la démarcghe de Tom Six me semblant de toute manière bien plus noble que celle de Spasojevic.

    Freddy K on février 13th, 2012
  • 2

    C’est interessant de voir que tu consideres ce film comme dangereux. Je n’y avais pas pense de cette facon, mais je comprends ce point de vue. Cependant, quand tu as vu le film entier, tu t’apercois qu’a force d’enquiller les scenes extremes, il finit par se saborder lui-meme. Cela n’empeche pas que le film ne merite pas tout le buzz qu’il genere…
    Quant a The Human Centipede 2, le point de depart est interessant, on sent que Tom Six a des choses a dire, mais au final cela ne va pas plus loin que la blague potache de mauvais gout…

    Geouf on février 14th, 2012
  • 3

    La sodomie d’un nourisson qui vient de naître. Mais lol quoi! Dans South Park, pourquoi pas, mais dans un film « réaliste », c’est juste n’importe quoi!

    Tepepa on février 15th, 2012
  • 4

    C’est sur que ca pourrait etre une idee sortie des esprits de Trey Parker et Matt Stone…
    Mais je t’assure que dans le film ca ne prete pas du tout a rire !

    Geouf on février 16th, 2012

 

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