Le fourre-tout de Geouf

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juin 15th, 2010 at 19:44

Coup de Coeur: Black Death de Christopher Smith

Résumé: 1348. L’Angleterre est ravagée par une épidémie de peste mettant à l’épreuve la foi du peuple. Osmund (Eddie Redmayne), jeune moine novice, est chargé de guider un groupe de guerriers envoyé par l’Eglise  jusqu’à un village isolé mystérieusement préservé. En effet, des rumeurs affirment qu’un nécromancien habite ce village, et qu’il serait responsable de l’épidémie qui frappe le pays…

Après son compatriote Neil Marshall il y a quelques semaines, c’est au tour du réalisateur britannique Christopher Smith de revenir sur les écrans. Et à l’instar de Marshall avec son très moyen Doomsday, Smith se devait de redresser la barre après un Triangle raté, qui se prenait les pieds dans son intrigue à base de paradoxes temporels. Pour son nouveau film, Christopher Smith revient donc au pays et s’attaque cette fois au genre de la fresque médiévale, qui semble faire un retour en force en ce moment, après Robin des Bois de Ridley Scott et avant Season of the Witch de Dominique Sena (au sujet étrangement similaire).

Dès les premières minutes du film, Smith impose à l’écran un Moyen-âge barbare et sale, comme on n’en n’avait pas vu depuis l’excellent La Chair et le Sang de Paul Verhoeven. Impossible en effet de ne pas penser au film du hollandais à la vision de ces rues où s’entassent les cadavres, de ces guerriers sales et sans merci formant une troupe patibulaire. Mais fort heureusement, bien qu’il emprunte aussi à Verhoeven une de ses actrices (la magnifique Carice Van Houten), Christopher Smith trace son propre chemin. Prenant soin d’installer une atmosphère déliquescente de danger perpétuel (tous les personnages peuvent succomber, que ce soit à cause de la peste omniprésente ou des attaques de bandits), il emmène le spectateur dans un voyage au bout de l’enfer. Dans Black Death, la mort est omniprésente (les héros traversent nombre de champs jonchés de cadavres pestiférés et de villes brûlées) et le fanatisme l’emporte sur la raison, faisant presque autant de ravages (n’importe quelle femme peut être accusée de sorcellerie et brûlée vive).

Car Black Death est finalement très loin du simple affrontement barbare entre des guerriers chevronnés et un terrible nécromancien, comme le laissait penser la bande-annonce, et joue en fait sur un tout autre terrain. Grâce à un scénario machiavélique et parfaitement huilé (on n’en attendait pas autant du scénariste du très moyen Wilderness), le réalisateur de Creep cultive tout le long du film une ambiguïté de bon aloi.  Le spectateur se retrouve du coup dans une position très inconfortable, comme le jeune héros du film, et peine à distinguer le Bien du Mal. Les « héros » du film, d’abord présentés comme de valeureux guerriers en mission sacrée, se révèleront bientôt n’être que des fanatiques obtus en quête d’un bouc émissaire (dont un Sean Bean monstrueux), le village étrange pratiquant des cultes païens que les personnages atteignent dans le dernier tiers évoque le fameux The Wicker Man, et nombre de questions surgissent. La prêtresse du village est-elle vraiment une nécromancienne ressuscitant les morts, ou bien n’est-elle qu’un leader charismatique ? Les villageois pratiquent-ils les sacrifices humains ou ne font-ils que défendre leur village contre les assauts des fanatiques chrétiens ? Autant de questions qui trouveront réponse dans un final d’une cruauté et d’une noirceur peu commune, venant enfoncer le clou de cette charge ultra-virulente contre le christianisme. Un revirement culotté amené de main de maître par un réalisateur en pleine possession de ses moyens, et qui emmène le film à un niveau bien supérieur à celui de la « simple » série B bourrine.

Black Death est tout simplement un très grand film, qu’il est difficile de quitter une fois la projection terminée. Avec ce nouvel opus d’une force peu commune, Christopher Smith démontre qu’il n’a plus rien à prouver, et rentre définitivement dans la cour des grands.

Note: 9/10


Royaume-Uni, 2010
Réalisation : Christopher Smith
Scénario : Dario Poloni
Avec : Eddie Redmayne, Sean Bean, Carice Van Houten

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12
  • 1

    Entièrement d’accord avec ton excellente critique. Rien ne me laissait penser que j’allais me prendre une telle baffe dans la gueule. Christopher Smith réussit bien mieux son coup que pour le tout juste bon Triangle et transcende totalement son sujet.

    MrPark on octobre 24th, 2010
  • 2

    Oui, surtout que j’avais trouve Triangle particulierement rate (Smith se prenait les pieds dans son intrigue en ne respectant pas la logique de celle-ci)…

    Geouf on octobre 26th, 2010
  • 3

    Son concept aurait été mieux exploité dans un format plus court, car l’étirer pour en obtenir un long métrage était vraiment un exercice périlleux je pense , en tout cas Black Death reste une bombe, une bonne claque dans la gueule digne du Verhoeven de La Chair Et Le Sang.

    MrPark on octobre 26th, 2010
  • 4

    Ouaip, c’est clair. J’ai vraiment ete tres surpris par ce film, surtout que la bande-annonce ne laissait pas presager d’un film de ce genre. D’ailleurs je me tate a acheter le blu ray qui vient de sortir…

    Geouf on octobre 26th, 2010
  • 5

    Ben même si tu avais parlé de noirceur, je ne m’attendais pas du tout à ce final. Pour ce qui est de l’acheter, si je ne faisais pas partie de nombreux chômeurs il ferait clairement partie de mes prochains achats

    MrPark on octobre 26th, 2010
  • 6

    C’est vrai que le final laisse un bon gout amer dans la bouche !

    Geouf on octobre 26th, 2010
  • 7

    bien!
    la fin m’a fait penser à dark vador :)

    moucrabe on janvier 27th, 2011
  • 8

    Je suis tombé sur votre site en cherchant des infos sur Christopher Smith.
    « Triangle raté », vous plaisantez ou quoi ?
    Outre la réalisation et des acteurs impeccables le film est particulièrement bien construit et particulièrement riche.
    En fait le film dans son ensemble est basé sur le mythe de Sisyphe comme le suggère clairement le nom du paquebot.
    Rappel pour ceux qui n’ont pas eu Latin au collège et qui n’ont pas vu Ulysse 31(Wiki):

    De son vivant, on dit que Sisyphe aurait fondé les Jeux isthmiques en l’honneur de Mélicerte dont il avait trouvé le corps gisant sur l’isthme de Corinthe. Depuis l’époque des poèmes d’Homère, Sisyphe conserve la réputation d’être le plus astucieux des hommes : il avait développé la navigation et le commerce, mais se montrait avare et trompeur et tuait les voyageurs. Il passe parfois pour le vrai père d’Ulysse.
    Sisyphe est surtout connu pour s’être montré assez malin pour déjouer Thanatos lui-même. Quand son heure fut venue et que ce dernier vint pour le chercher, il l’enchaîna de sorte qu’il ne pût l’emporter aux Enfers. S’apercevant que plus personne ne mourait, Zeus envoya Hadès délivrer Thanatos. Mais Sisyphe avait préalablement convaincu sa femme de ne pas lui faire de funérailles adéquates. Il put ainsi convaincre Hadès de le laisser repartir chez les vivants pour régler ce problème. Une fois revenu à Corinthe, il refusa de retourner parmi les morts. Thanatos (ou même Hermès, selon certaines traditions) dut alors venir le chercher de force. Certains disent qu’il avait dénoncé Zeus dans une de ses aventures. Un jour, il vit un aigle immense enlevant une jeune fille et reconnut Zeus en l’oiseau. Quand Asopos rechercha sa fille, Égine, il dénonça Zeus.
    Pour avoir osé défier les dieux, Sisyphe fut condamné à faire rouler éternellement, dans le Tartare, un rocher jusqu’en haut d’une colline dont il redescendait chaque fois avant de parvenir à son sommet, tel que raconté dans l’Odyssée.

    Ce que nous montre le film c’est donc un des cycles que le personnage principal, la mère de l’enfant autiste (interprétée par Mélissa George) est condamné à répéter éternellement.
    Et du coup ce qui est amusant c’est que le film à une structure de boucle (et non linéaire contrairement) la première scène est exactement la même que la dernière.
    D’où le sous titre de l’affiche « it will twist and terrify you over and over ». A la rigueur c’est un peu comme la colonne infinie de Brancusi ou comme un disque rayé (d’où la scène du disque rayé) on pourrait voir ce film en boucle. D’où l’idée aussi de ces choses qui s’accumulent à chaque cycle (les collier avec le coeur , son amie rouquine qui la fuit en se réfugiant dans un coin du bateau ou gisent déjà une multitude de cadavres d’elle même, en enfin la mouette qu’elle jette sur la plage ou gisent déjà une multitude de mouettes identiques)

    Pour ce qui est de l’histoire comme elle est cyclique n’importe quel moment peut être considéré comme le début. Arbitrairement choisissons le moment de l’accident.

    la mère et son fils meurent tous les deux dans l’accident de voiture alors qu’ils se rendent au port pour une journée de décompression sur un voilier. Devant la mort/le taxi/Thanatos venant la chercher, la mère, consciente d’avoir causé le décès de son fils par son emportement, demande à aller au port avec l’idée cachée de parvenir à réparer sa faute. Là, elle ment à la mort/le taxi en assurant qu’elle va revenir, ce qu’elle ne fait pas. En sortant du taxi, elle revient, normalement temporairement, dans le monde des vivants, semble-t-il pour parler au gars auprès duquel elle s’excuse. Le moment clé est sans doute là. Au lieu de repartir vers la mort/le taxi, elle choisit de monter sur le bateau. Son mensonge lui vaut le courroux de la mort/le taxi, qui la rattrape, fait tomber le vent, fait chavirer le bateau, la recueille sur le paquebot pour la faire tourner en circuit fermé. La mère finit cependant par trouver une faille et regagner la terre ferme, mais la mort la rattrape une nouvelle fois,puisqu’elle décide de tuer cette femme qui n’est pas elle même, ou plutôt qu’elle ne veut pas reconnaitre comme elle même, pour oublier cela elle décide donc d’emmener son fils en week end, la mère et son fils meurent tous les deux dans l’accident de voiture alors qu’ils se rendent au port pour une journée de décompression sur un voilier…

    Le film s’appuie de manière assez évidente sur le mythe de Sisyphe mais aussi de manière un peu plus subtile (et comme Black Swan) sur le mythe du Doppelgänger. Wiki: Le Doppelgänger désigne tout ce qui fait référence à la dualité de l’être humain; il n’y a pas de culture qui n’ait exploité ce thème à sa façon, suivant des motifs et pour des raisons propres. Ainsi, dans la religion, le double concerne l’immortalité de l’âme. Les représentations folkloriques l’ont toujours associé à la mort, et de nombreuses superstitions en témoignent. La littérature a puisé largement dans le vivier folklorique mais a traité le sujet d’un point de vue plus psychologique.
    L’illustration la plus connue de ce mythe étant Docteur Jeckyll et Mister Hide de Stevenson (et ses nombreuses rejetons The mask,Hulk etc.)

    Du fait de sa structure le film se prête particulièrement à une seconde lecture croustillante, comme par exemple ce panneau à la sortie de la ville qui indique « GOODBYE please return »

    Non franchement je ne sais pas si j’ai réussi à vous donner envie de le revoir mais on ne peut pas dire que ce film est raté.

    vvovv on juin 23rd, 2011
  • 9

    Oui, j’avais bien noté tous ces éléments (ou du moins une grosse partie), mais il n’empêche que j’avais déjà vu tout ça dans d’autres films avant, et que j’avais deviné au moins une partie du twist très en amont du final. Du coup, je me suis pas mal ennuyé devant…
    Mais merci en tout cas pour ce commentaire passionné et passionnant.

    Geouf on juin 23rd, 2011
  • 10

    Bon, je ne vais pas revenir sur Triangle, que je trouve aussi bon que Black Death ;-) . Pour des raisons différentes bien entendu. Comme tu dis, quel beau moyen-âge, et surtout quel beau rôle pour la divine Carice. Le film est affectivement parti dans une tout autre direction à laquelle je ne m’attendais pas, mais une aussi belle charge contre les catholiques ne pouvait que me remplir de joie!

    Et Sean Bean, c’est tout de même hallucinant. Donnez lui une cotte de maille, et le voilà débordant de charisme. Alors que dans ses autres films, il est nettement moins marquant. Etonnant.

    Et pour terminer, j’ai bien aimé Wilderness. A part le fait qu’Alex Reid disparaisse assez vite, ce qui est scandaleux vu que c’est la mort totale pour voir ses films, à cette actrice. Et quelques scènes sont un peu loupées mais j’ai trouvé que ça tenait la route, pour un petit film.

    Soundwave on novembre 4th, 2011
  • 11

    Enfin vu Black Death sur ta recommandation, et je ne suis pas decu. C’est sale, c’est rugueux, c’est violent, ca prend aux tripes, du cinema qui ne laisse pas indifferent quoi.
    Amusant de constater que je connais les 2 persos masculins principaux par des series, Games of Throne pour Sean Bean, et les Piliers de la Terre pour Eddie Redmayne.
    Une seule deception: ne pas voir en fonction la machine a trancher les gens en 2, pourtant ils nous la vendent bien! :)
    Merci pour ce conseil en tout cas!

    fred57 on février 14th, 2012
  • 12

    De rien ! Ca fait plaisir de pousser des gens a voir cet excellent film malheureusement passe quasi inapercu !

    Geouf on février 14th, 2012

 

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