Le fourre-tout de Geouf

CineGeouf

Articles liés

septembre 18th, 2009 at 13:24

District 9 de Neill Blomkamp

USA, Afrique du Sud, 2009
Realisation: Neill Blomkamp
Scenario: Neill Blomkamp, Terri Tatchell
Avec: Sharlto Copley, Jason Cope

 

Résumé: Johannesburg, Afrique du Sud, dans un futur proche. Un immense vaisseau extraterrestre a débarqué il y a une vingtaine d’années au-dessus de Johannesburg, apparemment sans intentions belliqueuses. Depuis, les créatures vivant dans ce vaisseau ont été parquées dans un bidonville, le District 9. Vingt ans plus tard, les aliens ne sont toujours pas intégrés et sont considérés comme la lie de la société. Le MNU, organisme privé chargé de s’occuper de ces visiteurs, décide de déplacer le camp hors de la ville pour calmer les contestations de plus en plus violentes de la population. C’est lors de cette opération que Wikus van der Merwe (Sharlto Copley), fonctionnaire du MNU, est infecté par un étrange fluide alien. Il ne tarde pas à s’apercevoir qu’il commence à se transformer en alien. Poursuivi par des mercenaires du MNU qui voient en lui le moyen de s’approprier la technologie alien, Wikus n’a pas d’autre choix que de se réfugier dans le District 9…

 

En plus d’être un réalisateur de génie, Peter Jackson est aussi un producteur avisé et engagé, comme il vient de le prouver en parrainant le premier film de Neill Blomkamp. D’abord censé mettre en scène l’adaptation ciné de Halo (le projet ayant capoté pour cause de budget inflationniste), le jeune réalisateur a finalement fait ses premières armes cinématographiques sur un projet original écrit par ses soins, et basé sur un de ses courts métrages. Et grand bien lui en a pris, car District 9 est une petite bombe, un des meilleurs films de SF de ces dernières années.

Porté par une astucieuse campagne publicitaire virale, le premier film de Neill Blomkamp attise la curiosité de la communauté cinéphile depuis déjà plusieurs mois. La crainte majeure était de se retrouver devant un pétard mouillé à la Cloverfield, style documentaire oblige, même si  le nom de Peter Jackson rassurait quelque peu, mais heureusement il n’en est rien. Le paradoxe de District 9, c’est que finalement, il ne propose rien de foncièrement original. L’idée des aliens refugiés sur Terre et mal intégrés provient directement de la série des Futur Immédiat Los Angeles, la lente transformation du héros n’est pas sans rappeler cette de Seth Brundle dans La Mouche (scène de la perte des ongles comprise), les armes aliens sortent tout droit de jeux vidéos comme Halo, etc. Mais ces éléments sont harmonieusement intégrés dans une histoire prenante et ne sentent jamais l’hommage servile ou le plagiat. Blomkamp développe son propre univers, utilisant astucieusement le prétexte de la science-fiction pour parler de problèmes bien actuels.

Le cadre de Johannesburg, outre le fait d’offrir un dépaysement bienvenu (ça nous sort des habituelles villes américaines), permet à Blomkamp de faire ressortir le spectre de l’apartheid et de plaider pour l’ouverture à l’autre. Ce n’est en effet que lorsque Wikus, le héros de l’histoire, se retrouvera infecté par le fluide alien, qu’il sera forcé d’apprendre à connaitre ces créatures qui vivent à ses côtés depuis 20 ans. L’utilisation de la technique du documenteur couplée à des passages de « vrai » cinéma, est aussi particulièrement pertinente, puisqu’elle permet au réalisateur de multiplier les points de vue et surtout de dresser un constat assez troublant de la désinformation de masse véhiculée par les medias. Difficile ainsi de ne pas être choqué par la façon dont la vérité sur la mésaventure de Wikus est brouillée pour exclure le pauvre homme et en faire un paria (on fait croire à la population qu’il a eu des rapports sexuels avec des aliens). District 9 est aussi un brulot mettant le doigt sur le problème de la privatisation de la sécurité des pays, où de grandes multinationales ont tout pouvoir d’agir impunément. Les expériences menées par la MNU, à la fois sur Wikus, mais aussi sur des aliens sont tout simplement révoltantes (difficile de ne pas penser aux expériences nazies sur les juifs).

Grace à tout ce background historique et actuel, Blomkamp reussit d’une part à rendre son univers crédible, et d’autre part à rendre ses aliens attachants. La relation entre Wikus et Christopher, un alien tentant de sauver son peuple, est particulièrement bien développée, et on ne peut que s’attacher à cette créature et à son fils (pour une fois loin du gamin agaçant). Il faut aussi saluer la performance de Sharlto Copley dans le rôle de Wikus van der Merwe. L’acteur est impressionnant, aussi bien dans la peau de ce petit fonctionnaire un peu minable se la jouant devant les cameras, que dans les scènes d’action lorsque Wikus est obligé de rendre coup pour coup. Et pour une fois, on a droit à un personnage ambivalent, certes attachant, mais non dénué de traits de caractère peu recommandables : il est un peu lèche-bottes, lâche (il abandonne Christopher à son sort plus d’une fois), égoïste (il ne pense qu’à lui et à inverser le processus de mutation), ce qui rend son évolution au contact de Christopher d’autant plus forte.

Mais District 9, c’est aussi un formidable film d’action, maitrisé de bout en bout et proposant de nombreux morceaux de bravoure jouissifs, portés par les effets spéciaux parfaits d’Image Engine. Les amateurs de FPS ne pourront que se réjouir de voir enfin une bonne adaptation (certes officieuse) de jeux comme Half Life ou Halo. On retrouve en effet de nombreuses armes typiques de ce genre de jeux, comme un canon à ondes, ou un laser faisant exploser les corps en une gerbe de sang, ou encore une arme permettant de rassembler divers éléments avant de les projeter dans toutes les directions. Visiblement, Blomkamp est fan de jeux vidéo et a eu envie de faire plaisir à son public. Le spectacle, bien que principalement circonscrit à l’intérieur du District 9, est rythmé et trépidant, et on ne s’ennuie pas une seule seconde. On tremble pour Wikus et Christopher (excellente scène de l’exosquelette), on rit souvent (le « cochon tueur ») et on a envie de suivre les personnages jusqu’au bout de leur périple.

Enfin, on saura gré à Blomkamp de ne pas tout expliciter et de laisser certaines zones d’ombre à son histoire (pourquoi les aliens sont-ils venus sur Terre ? Qu’est-il arrive à leur planète ? Pourquoi la plupart d’entre eux ont un niveau intellectuel très bas ?). Et si la porte est ouverte pour une éventuelle séquelle, c’est avec plaisir qu’on retrouvera son univers qui ne demande qu’à être développé plus avant. D’autant que le magnifique dernier plan, d’une portée émotionnelle rare, donne furieusement envie de savoir quel sera le destin des deux protagonistes principaux.

Difficile donc de ne pas adhérer totalement à ce bon morceau de cinéma qui ne prend pas les spectateurs pour des bovins et fait travailler leur cerveau tout en proposant un spectacle jouissif. Pour un coup d’essai, c’est un coup de maitre…

 

Note : 9/10

Articles liés

10
  • 1

    Wep, wep, très bien comme film! Je l’ai seulement vu hier soir, et c’est le meilleur film de l’année avec Inglorious (je précise que je vais moins souvent dans les salles obscures, j’ai surement raté quelques pépites…).
    Seul bémol, j’ai du voir le film en VF, car la VO, c’était trop tard (on travaille le lendemain, didjûû) et l’acteur principal est assez énervant, tout du moins en français… Je mets donc 8, mais peut-être que la sortie DVD transformera le 8 en 9… ^^

    Ah, ces crevettes, ça faisait depuis Predator 2 que je n’avais plus autant aimé un personnage d’extra-terrestre!

    Soundwave on octobre 12th, 2009
  • 2

    ca ne m’etonne pas que tu ais aime, vu que tu adores tout ce qui touche aux bestioles ;-)
    Je ne reviendrai pas sur Inglourious Basterds, on en a deja parle…
    De mon cote, j’ai vu La-Haut, qui vient enfin de sortir en UK 3 mois apres le reste du monde, et c’est un des films de l’annee pour moi (comme tous les Pixar…)
    En VO, l’acteur de District 9 a un accent assez marrant. Il est un peu enervant aussi, mais c’est justement le truc sympa, le fait que le « heros » soit un enfoire egoiste.

    J’ai aussi vu Zombieland ce week-end, et c’etait vraiment tres sympa. Pas super gore, mais tres drole. Reste Halloween 2 et j’aurai fini ma semaine cine ;-)

    Geouf on octobre 12th, 2009
  • 3

    Là-haut est aussi sorti en Belgique, pardi… La semaine passée. Je ne sais pas trop si je vais aller le voir, ça dépendra de la bande, s’ils y vont un soir où je n’aurais rien de prévu. Je ne suis pas un fanatique de Pixar, j’ai bien aimé Toy Story 2 et Les Indestructibles, mais le reste, bof… (pas encore vu Wall-E)… L’esprit Walt Disney est encore très présent chez Pixar, Lasseter le revendique. Et je dois dire que l’esprit Disney est quasiment mort dans ma tête depuis la première diffusion télé des Chevaliers du Zodiaque… ;-)

    Soundwave on octobre 12th, 2009
  • 4

    Rhooo, Pixar c’est tellement mieux que Disney !
    Pas de morale a deux balles, pas de chansons qui enervent, des sujets et themes qui s’adressent reellement a tous les ages…
    En plus, avec Wall-E et La-Haut, ils viennent de produire deux chefs d’oeuvres coup sur coup…

    Geouf on octobre 12th, 2009
  • 5

    Oui, oui, c’est bien mieux, je suis d’accord à 100%.
    Toy Story 2 par exemple, jamais Disney n’aurait été aussi sombre (l’air de rien, il est assez sombre celui-là).
    Mais la base, la souche est la même… Et euh, la morale à deux balles, elle est encore là… Mieux cachée, mais elle est là aussi… Peut-être pas dans Wall-E et Là-haut que je n’ai pas vu mais les autres si… Ce qui n’est pas franchement un tort, car pour un jeune public, c’est nickel… Mais pour l’adulte, en théorie, il est déjà au courant. En théorie… :-)

    De manière générale, le gros reproche au Disney et à Pixar, c’est le manque d’action… Pas boum boum tactactac, mais un véritable rythme. A part les Indestructibles où là chapeau, mais les autres, ben, je m’emmerde de temps en temps… Surtout Cars… Attention, ce n’est pas mauvais, c’est même très bien (surtout pour avoir laissé tomber les chansons, en effet), mais je ne fais pas partie des fans irréductibles, style Moïssakis de Mad pour qui la formule est simple Pixar=D’OfficeGénial. Un peu comme les Spider-Man, même si le troisième est pas terrible du tout, c’est D’OfficeGénial… ;-)

    Soundwave on octobre 13th, 2009
  • 6

    Bah moi je fais partie des fans irreductibles. Pixar=D’OfficeGenial ;-)
    Bon, ok, j’aime un peu moins 1001 Pattes, Nemo et Ratatouille, mais par contre, c’est marrant mais le manque de rythme ne m’a jamais gene. Au contraire, je trouve que les Pixar ont un rythme soutenu, notamment Toy Story 2, Wall-E, Les Indestructibles, La-Haut et Monstres et Compagnie.
    Quant a la morale, oui elle est la, mais ce n’est pas un truc du genre « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil », c’est tout de meme plus recherche, avec differents niveaux de lecture selon l’age…
    En plus, si tu te replonges dans les vieux Disney, tu verras qu’ils ne sont pas si niais que ca. J’ai revu Pinocchio en blu ray recemment, et j’ai hallucine devant la noirceur de certains passages. Notamment celui de l’ile ou les enfants se transforment en anes, qui est vraiment flippant (parce qu’au final, certes Pinocchio s’en tire, mais tous les autres gosses sont laisses a leur triste sort, c’est plutot deprimant).

    Et pourquoi tout le monde critique Spider-Man 3? Moi je l’aime bien, malgre ses faiblesses. C’est meme pas loin d’etre mon prefere, ne serait-ce que pour l’enorme baston finale…

    Geouf on octobre 13th, 2009
  • 7

    Oui, je dois être un des seuls à m’emmerder parfois devant un Pixar (Cars et Nemo en tête mais aussi Monstres & Co, qui se rattrappe avec le rollercoaster final)…

    Je pense que tu cites l’exception: Pinocchio est effectivement bien noir, quand j’étais petit, c’est celui que j’aimais le moins… En grandissant, ben, il fait partie des meilleurs :-)
    Mon préféré reste Taram, avec quelques passages à vide, certes, mais cette armée de squelettes, ca m’a bien marqué étant petit. Du tout bon. C’est d’ailleurs le seul Disney où je m’étais amusé à collectionner les stickers Panini… ^^
    Et puis les Chevaliers du Zodiaque sont arrivés… Bye bye Disney, bonjour Saint Seiya, Cobra et Ghost in the Shell [le film] (la série SAC étant d’ailleurs citée dans District 9, pour revenir au film de ce topic)

    Spider-Man 3: beuh, disons que le film aurait été très bien sans Venom et sans cette mort ridicule du nouveau bouffon vert. Le reste est très chouette… Quoique cette idée de faire de Flint Marco l’assassin de l’oncle Ben est franchement tirée par les cheveux. Ca pue l’astuce scénaristique pour lier les personnages, et je n’aime pas ça du tout… Un peu trop facile…
    Mais je citais surtout le film parce que j’ai relu la critique du Mad récemment, on a vraiment l’impression qu’il s’agit d’un chef d’oeuvre total, alors qu’on en est quand même loin. Je me rappelle même que Moïssakis avait fait des louanges de la scène où le personnage de James Franco meurt, alors que je la trouve bâclée de chez bâclée… Pire que la mort de Trinity, c’est dire!! :-)

    Soundwave on octobre 13th, 2009
  • 8

    Ah bon, la serie GITS SAC est citee dans District 9? J’ai pas fait gaffe, pourtant j’ai devore avec enthousiasme la saison 1 (pas encore la saison 2, dont le coffret m’attend patiemment).

    Je suis aussi fan de Taram, qui m’avait traumatise a l’epoque de sa sortie (j’ai du faire des cauchemars pendant une semaine apres l’avoir vu au cine).

    Et oui, je suis d’accord sur le lien foireux entre Flint Marco et l’oncle Ben dans Spidey 3, mais bon, j’ai bien aime quand meme… La mort du bouffon vert 2 ne m’a pas marque (alors que celle de Trinity m’a fait a la fois rire et pleurer tellement elle etait ridicule).

    Geouf on octobre 13th, 2009
  • 9

    Taram: ah, ce Seigneur des Ténèbres! Il pulvérise ces méchants de pacotille de Cruella et autres sorcière de Blanche-Neige… :-)

    GITS: Je viens aussi de terminer la saison 1, je vais passer à la 2 bientôt… Chef d’oeuvre total… J’aimais déjà beaucoup Kusanagi dans les films (même si dans Innocence, on ne « voit » que son ghost), mais là dans la série, elle acquiert une autre dimension. Elle est devenue illico presto mon personnage féminin favori. Rhaaa, et cette merveilleuse voix de la doubleuse japonaise, un régal!

    Et je suis bien déçu, voire profondément choqué qu’en ayant vu la saison 1, une flagrante similitude t’aie échappée… ;-)

    C’est le meilleur épisode de la saison 1, quand Kusanagi se fait dégommer par l’armo-suit de la Marine. Et elle est sauvée in extremis par le méga sniper de Saïto. C’est la seule arme qui réussit à faire tomber l’armo-suit et à blesser son occupant. Comme dans District 9 lorsque le héros dans l’armo-suit dégomme tout et finalement tombe à genou, snipé par derrière… Identique… Je n’ose imaginer que le réalisateur n’ait pas vu la série…

    Soundwave on octobre 14th, 2009
  • 10

    Ok, ok.
    D’un autre cote, j’ai vu la saison 1 il y a 4 ans environ, donc tu me pardonneras de ne pas me souvenir de ce detail ;-)

    Geouf on octobre 14th, 2009

 

RSS feed for comments on this post | TrackBack URI