Comme d’habitude, je dois prévenir que cet article contient un certain nombre de spoilers, donc si vous n’avez pas vu la saison et voulez garder le suspense intact, je vous déconseille de prolonger la lecture !

Lancée en février 2009 après une grosse campagne de publicité, la nouvelle série de Joss Whedon n’a connu qu’un succès d’estime. Pourtant, la nouvelle création du papa de Buffy méritait beaucoup mieux… Après le massacre de l’excellente série Firefly par la Fox (épisodes diffusés dans le désordre, annulation prématurée, 3 épisodes non diffuseés sur les 14 tournés…) et l’arrêt brutal d’Angel en 2004, qui l’a profondément affecté, on ne pensait pas revoir de sitôt Joss Whedon aux commandes d’une série TV. Et en effet, pendant 4 ans le génial créateur de Buffy s’est éloigné de la petite lucarne. Il en a profité pour mettre en scène son premier film, Serenity, qui clôt la série Firefly, et surtout pour se consacrer pleinement à l’écriture de comics, chose qui l’a toujours passionné. En 2008, il se décide néanmoins à abandonner sa semi retraite pour écrire et mettre en scène la déjantée websérie Dr Horrible’s Sing-Along Blog, intelligente variation sur le thème du super vilain. Revigoré par cette expérience, il propose à Eliza Dushku (l’inoubliable interprète de la tueuse rebelle Faith dans Buffy et Angel) de travailler avec lui sur un nouveau projet. Ce projet, c’est Dollhouse, que Whedon propose une nouvelle fois à la chaine Fox, l’équipe dirigeante de la chaine ayant change depuis les fiascos précédents.

Dollhouse prend pour cadre la ville de Los Angeles dans laquelle un organisme privé et secret, la Dollhouse, monnaye à prix d’or les services de ses agents (ici appelés « actifs » ou « dolls ») pour des missions diverses et variées. La particularité de ces actifs, c’est que ce sont des « coquilles vides ». La Dollhouse leur implante en effet une nouvelle personnalité à chaque nouvelle mission. Ils ne savent donc pas qu’ils sont utilisés et n’ont pas besoin de jouer un rôle, puisqu’ils sont la personne qu’ils incarnent. Echo (Dushku), l’héroïne de la série, est l’un de ces actifs, et c’est à travers son personnage que le spectateur découvre le monde de la Dollhouse. A l’extérieur, l’agent du FBI Paul Ballard (Tahmoh Penikett, le Helo de Battlestar Galactica), convaincu de l’existence réelle de la Dollhouse, part en croisade pour dévoiler les agissements de celle-ci…

Avec Dollhouse, Joss Whedon se lance dans un pari risqué : faire adhérer le public à une série dont le personnage principal change de personnalité quasiment à chaque épisode. Car contrairement a la Sidney Bristow de Alias, série à laquelle Dollhouse ressemble énormément (surtout en début de saison), Echo est réellement une personne différente à chaque mission, et n’est qu’une sorte de pantin sans volonté propre ni sentiments lorsqu’elle est « au repos ». Difficile dès lors de ressentir une véritable empathie pour un personnage qui n’est pas conscient de ce qui lui arrive. Pourtant, Joss Whedon parvient à rendre Echo attachante, d’abord de par le fait qu’elle est utilisée sans vergogne par la Dollhouse, n’ayant pas son mot à dire sur son sort. Certaines missions sont par exemple purement et simplement de la prostitution poussée à l’extrême, puisqu’Echo se voit implantée une personnalité créée pour tomber amoureuse du riche client payant pour ses services. D’autres sont plus classiques mais aussi plus dangereuses (infiltration d’une secte, négociation avec des kidnappeurs, vol d’œuvre d’art dans un coffre fort…). Et puis surtout, bien évidemment la surface lisse et sans accroc de la Dollhouse ne tardera pas à présenter des failles. Ainsi, malgré tous les efforts de l’organisation, certaines des dolls commenceront à ne plus réagir comme prévu, soit en prenant des initiatives sortant du cadre de la personnalité implantée (épisode 3, Stage Fright), soit en développant des sentiments lors de leurs phases de repos, ou encore en ayant des réminiscences de leur personnalité originelle. Une manière pour Whedon de s’interroger de façon intelligente sur ce qui fait la spécificité d’un être humain, sur l’existence de l’âme. Un thème qui rapproche Dollhouse du chef d’œuvre d’Alex Proyas, Dark City, avec lequel la série de Whedon partage la même foi en l’être humain, en l’idée qu’un homme est plus que la somme de ses souvenirs.
A côté de cela, Whedon développe une mythologie riche, laissant promettre de nombreux rebondissements dans les saisons à suivre (d’autant qu’il a récemment annoncé avoir prévu sa série sur cinq saisons). La Dollhouse reste ainsi très mystérieuse, et même si on apprend pas mal de choses sur son fonctionnement au cours de cette première année, de nombreuses questions restent en suspens. Quel est le but réel de l’organisation ? Comment et quand a-t-elle été créée ? Qui est à la tête de celle-ci ? Combien d’entités comporte-t-elle et où sont-elles? Autant de questions passionnantes qui tiennent le spectateur en haleine.
L’un des points forts de la série est de jouer constamment sur l’ambigüité de la Dollhouse, semant le doute dans l’esprit du spectateur. Le début de saison suggère à travers l’enquête de l’agent Ballard que l’organisation est clairement criminelle et a inventé une sorte d’esclavage moderne, mais par la suite les cartes sont brouillées. On apprend en effet que toutes les Dolls sont volontaires et liées par un contrat de 5 ans, qu’elles sont grassement payées pour leur don. De plus, la Dollhouse prend extrêmement soin d’elles, notamment en les faisant accompagner de chaperons chargés de leur protection. Enfin, le revirement de Ballard en fin de saison, qui accepte de faire équipe avec les agents de la Dollhouse pour capturer Alpha (Alan Tudyk), un actif devenu psychopathe, achève de faire douter le spectateur. C’est cette ambigüité constante qui fait tout le sel de Dollhouse.

Outre une intéressante mythologie, Joss Whedon prend un très grand soin à développer des personnages nombreux et attachants, et à leur écrire de savoureux dialogues. Fidele à sa « famille », il s’entoure de têtes connues des fans de ses créations. Eliza Dushku est bien entendu l’inoubliable Faith de Buffy et fait montre ici de tout son talent dans le rôle d’Echo. Elle passe avec aisance de personnage en personnage, mais c’est surtout lorsqu’elle est Echo qu’elle impressionne le plus, arrivant parfaitement à retranscrire cette idée de vide intérieur petit à petit contaminé par l’ancienne personnalité de la doll. A ses côtés, on retrouve Amy Acker que les fans d’Angel connaissent bien, puisqu’elle a incarné le rôle de Fred dans la défunte série. Elle joue une fois de plus un scientifique, le Docteur Saunders, médecin en charge des dolls. Un rôle un peu effacé, mais qui prend de plus en plus d’importance au fil de la saison. Dernier membre de la famille Whedon, Alan Tudyk (Huban « Wash » Washburne, pilote du Serenity dans Firefly) prend en fin de saison le rôle d’Alpha, une doll devenue psychopathe. Olivia Williams (Rushmore) est une nouvelle venue dans le petit monde de Whedon et incarne Adelle DeWitt, la directrice de la Dollhouse. Topher (Fran Kranz), le scientifique charge de créer et implanter les personnalités dans les dolls, est l’obligatoire personnage geek de la série. Enfin, les personnages de Boyd Langton (Harry J. Lennix, vu dans de nombreuses séries TV comme Urgences et 24) et Paul Ballard (Tahmoh Penikett) sont les muscles de la série.

Cependant, malgré ses nombreuses qualités, la série n’est pas exempte de défauts, le principal étant son démarrage assez lent. Une faiblesse qui a failli se solder par une annulation en fin de saison, les audiences n’étant pas exceptionnelles (heureusement la Fox a finalement décidé de financer une saison 2 de treize épisodes). Les cinq premiers épisodes sont quasiment des stand alone, présentant à chaque fois une nouvelle mission d’Echo, et n’abordant que très peu la mythologie de la série. Du coup, on a vraiment l’impression de voir un décalque d’Alias sans réel génie. Il faut attendre le sixième épisode de la saison, Man on the Street, pour que la série décolle vraiment et dévoile tout son potentiel. Dans la seconde moitié de saison, on en apprend enfin plus sur la Dollhouse, l’enquête de Ballard prend un virage inattendu, les personnages sont plus attachants (notamment celui d’Adele DeWitt) et les enjeux deviennent plus importants. Bref, on tient enfin une vraie bonne série intelligente et captivante.
On attend donc avec impatience la saison 2, en espérant qu’elle aura plus de succès et que Whedon pourra réaliser les 5 saisons qu’il a en tête.
Note : 7/10


[...] Voir l’article original [...]
Ha hum, tout ça? Je suis plus ou moins d’accord avec ce que tu dis mais pas du tout avec la note. Oui, ça sent mauvais le sous-Alias (qui n’était déjà pas fameux pour moi), les 5 premiers épisodes sont médiocres, et la suite un peu meilleure, mais je ne donnerais pas plus de 3/10 tellement c’est mou, barbant et tellement je trouve l’actrice antipathique. Je ne sais pas ce qu’a le réal avec cette fille mais je ne le comprends pas, ça c’est sûr. Par contre, je me posais une question, c’est quoi ce comm systhématique qui se note « Voir l’article original » ?
Honnetement, je ne vois pas comment tu peux etre plus ou moins d’accord et en meme temps pas avec ma note, vu que ma critique est largement positive.
Ensuite, mettre 3/10 a cette serie, alors qu’il y a tellement de series plus mauvaises que celle-ci, c’est du foutage de gueule. Tu n’as pas du regarder d’episodes de Charmed ou de Walker Texas Ranger pour dire que Dollhouse est mediocre !
Certes le debut est un peu lent (mais c’est le cas de toutes les series de Whedon qui se savourent sur la duree), mais c’est loin d’etre mou et barbant, et Eliza Dushku est reellement impressionnante, elle arrive a passer d’un personnage a l’autre avec une aisance hallucinante.
Concernant le com « Voir l’article original », c’est en fait un pingback d’un autre site qui renvoit sur mon article.
Ok, merci pour ta réponse
Bah disons que Whedon on aime ou on n’aime pas… Après bon, perso j’ai bien aimé Angel mais j’ai détesté Buffy. Les deux séries avaient un ton très différent à l’époque. On m’a toujours dit « oui mais attends la saison 5 de buffy ça devient bien… » Sauf que je n’ai jamais tenu jusque là^^ Pour Dollhouse, c’est un peu la même chose, même si ça va plus vite. Perso je ne l’ai pas tout à fait finie. J’ai vu comme toi une amélioration de la série au 5-6 ème épisode (j’en suis au 9) et ça s’améliore un peu. Cela dit, non seulement il faut se « tapper » plusieurs épisodes, mais en outre je trouve que tout cela est beaucoup trop lourd et brut dans sa forme. Dès le pilote, j’ai eu cette désagréable impression de regarder un produit non-fini. Alors oui, sincèrement je reconnais qu’il y a du potentiel, sans doute dans la saison 2, mais je trouve ça encore très très moyen, voire mauvais, comparé à ce que ça aurait pu être. Cela dit, comme je l’ai dit, je reconnais les qualités de la série, à savoir son concept original, son scénario qui se complexifie avant le temps et la personnalité changeante de l’héroine. Il y a quelque chose de fort derrière ça. C’est juste que pour ma part, les points négatifs eclipsent plus l’aspect positif que dans ton cas. Concernant Charmed et Walker texas ranger j’irais même plus loin : ce ne sont pas des séries pour moi mais des trucs immondes qui servent à combler la grille horaire^^ Pour Eliza, je n’ai pas dit qu’elle n’avait pas de talent, en effet certains passages sont remarquables, mais je la trouve en revanche antipathique. Elle sait incarner des personnalités différentes, ça oui, mais impossible de s’attacher à un personnage comme ça (tu le dis toi même en précisant qu’on s’y attache tout de même de par le fait qu’elle se fait balloter sans avoir rien à dire). Bon après, les gouts et les couleurs hein, ça ne se discute pas. Reste que globalement, oui y a de l’idée pour moi, mais Whedon est un peu comme Abrams, un type qui se prend pour le roi du petit écran, qui prend tout son temps pour lancer sa série et qui est généralement trop ambitieux. Mais contrairement à Abrams il finit quand même par atteindre son objectif.
Le problème de Dollhouse aussi, c’est que la série a eu pas mal de soucis de production. La chaine n’a pas aimé le pilote original et l’a remplacé par le second épisode, et ils ont été obligés de recaler les scènes du pilote original dans d’autres épisodes. D’où peut-être ton sentiment d’inachèvement et de lenteur… Je suis sûr que la saison 2 sera beaucoup mieux, si la chaîne le laisse faire ce qu’il veut… En tout cas, tu verras, les 3-4 derniers épisodes sont vraiment excellents. Et de toute façon, je ne me fie personnellement jamais aux premières saisons pour juger du potentiel d’une série (surtout si elle ne fait que 12 épisodes et qu’elle a eu de nombreux problèmes de production).
Concernant Buffy, j’avoue que j’ai eu du mal avec la 1ere saison, mais je suis devenu accro dès la 2e, qui reste d’ailleurs ma préférée avec la 6e. Et pour m’être refait l’intégrale, je suis épaté par la cohérence de l’ensemble et la façon dont Whedon arrive à préparer certains événements une voire deux saisons à l’avance…
Enfin, concernant Abraham, je sais pas. Alias était excellente sur les 2, voire 3 premières saisons et s’est gâtée sur les saisons 4 et 5 (surtout la 5 qui a été considérablement raccourcie par la chaine. La 2e est définitivement un monument de la série TV, surtout avec le retournement hallucinant qui voit le SD6 détruit en milieu de saison. Par contre, Lost est vraiment une série géniale, définitivement une des meilleures séries de la décennie. Je suis en plein dans la saison 5 et c’est hallucinant comme c’est bien écrit et comme le rythme est soutenu depuis que les créateurs savent combien d’épisodes il leur reste. Par contre, pas sûr que le génie de la série vienne d’Abrams, je dirais plutôt que ça vient de Damon Lindelof et Carlton Cuse, les deux scénaristes principaux de la série. Concernant Fringe, je n’ai pas encore regardé la saison 1, mais ça ne saurait tarder.
ok
Oui j’avais vu l’histoire avec la chaine, ça n’aide pas pour la qualité en effet. Alias en effet, la première saison montrait juste le contexte et le retournement avec le SD6 était juste énorme, de loin la meilleure saison. Le reste, après, ça a décliné. Concernant Fringe je pense que ça va te plaire, le concept est sympatoche, mais pas extraordinnaire. Une sorte de version réaliste de Supernatural, mais en bien plus lent (son principal défaut pour moi). Pour Lost par contre, rien à faire, on ne m’y fera pas adhérer. Bon, j’ai pas encore « tout vu », mais c’est excessivement pénible pour moi. La saison 1 était lente à mourir et chiante, n’importe quel réal aurait résumé les 22 épisodes en 5, et la saison 2 est tout simplement horrible. Là je vais (enfin) débuter la 3, mais je dois avouer ne pas du tout avoir la volonté de m’y remettre. Mais encore une fois, on me promet qu’à partir de la saison 4-5 ça devient grandiose…
Oui, il faut t’accrocher ! La lenteur de Lost est seulement due au fait que les scenaristes ne savaient pas sur combien d’annees la serie allait s’etaler. Mais a partir de la saison 4, elle prend reellement son envol et le rythme est haletant.
Mais perso j’aime bien les deux premieres saisons (surtout la 2 en fait). Par contre j’avoue que j’ai eu du mal avec la saison 3. Heureusement que la 4 a relance la machine. Et la j’avoue avoir du mal a ne pas enchainer plus de 3 episodes a la suite sur la saison 5, definitivement la meilleure de la serie. J’ai hate de voir comment ils vont la conclure !