Le fourre-tout de Geouf

CineGeouf

Articles liés

mai 10th, 2009 at 22:09

Vinyan de Fabrice du Welz

Résumé : Janet et Paul Behlmer (Emmanuelle Béart et Rufus Sewell)  ont perdu leur fils Josh dans le Tsunami qui a ravagé l’Asie. Six mois après cette perte tragique, Janet croit voir son fils sur une vidéo filmée dans un village birman touché par la catastrophe. Persuadée que son fils est encore en vie, elle convainc son mari de partir pour un périlleux voyage…

Sorti à peu près à la même époque que MartyrsVinyan a lui aussi eu du mal à trouver son public. Il faut dire qu’une fois encore la distribution plus que limitée du film sur le territoire français n’a pas aidé. De plus, le film a très mal été vendu, non seulement par une bande-annonce à côté de la plaque, mais aussi par la presse spécialisée (Mad Movies et sa couverture gore dégueu sur le film a dû tromper pas mal de monde). Pourtant ce second essai cinématographique de Fabrice du Welz (après l’excellent Calvaire) était très loin de mériter une telle indifférence…

A vrai dire, ce qui a dû surprendre beaucoup de monde, c’est que du Welz s’aventure avec Vinyan là où on ne l’attendait pas. Car non, Vinyan n’est pas un film de cannibales à la Deodato, ni un film de fantômes flippant. Vinyan est un drame teinté de fantastique, une plongée déchirante dans l’esprit d’une mère incapable de faire son deuil. Ceux qui s’attendent à une débauche de tripaille en seront donc pour leur frais, puisque le film n’est que très rarement gore, et surtout qu’il a un rythme très lent. Comme le réalisateur le précise dans l’introduction du DVD du film, Vinyan se veut un film réaliste (du moins dans sa première partie), petit à petit contaminé par le fantastique. Tout le début du métrage est donc filmé caméra à l’épaule, le montage nerveux, proche du documentaire renforçant l’impression de réalité. On a réellement la sensation que l’équipe est allée en ThaÏlande, a tourné dans des quartiers un peu louches. Les personnes ayant apprécié Calvaire ne seront pas surpris outre mesure par cette façon de filmer, la patte de du Welz étant présente à chaque plan.

Mais c’est surtout dans sa seconde partie que le film prend réellement aux tripes, lorsque le couple part à la recherche de leur fils. Impossible en effet de ne pas comprendre ces parents effondrés qui s’accrochent à la moindre lueur d’espoir. La caméra de du Welz scrute avec une infinie tendresse l’âme de ses deux protagonistes principaux, leur arrachant des émotions brutes de décoffrages. Emmanuelle Béart n’a jamais été aussi belle et fragile, et elle trouve certainement ici le rôle de sa vie. Grâce à un jeu à fleur de peau, d’autant plus nuancé qu’elle n’a que peu de dialogues, la belle entraîne progressivement dans sa spirale de folie qui va la pousser jusqu’au point de non retour. Il faut la voir, le regard hagard, se précipiter sur cet enfant étranger qu’on lui présente comme étant le sien, tentant de se persuader qu’en effet, il s’agit de son fils… Une scène très dure psychologiquement et presque effrayante, mais d’une beauté terrible. A ses côtés, Rufus Sewell est lui aussi parfait et prouve que Dark City n’était pas un accident. Il compose aussi un personnage tout en nuances de mari perdu tentant de maintenir à flots son couple mais finissant par n’être qu’un témoin impuissant exclu de l’esprit de celle qu’il aime.

Si Vinyan use d’un rythme lent, c’est pour mieux piéger le spectateur, le faire pénétrer petit à petit dans la bulle mentale de Janet, sans possibilité de retour en arrière. Et une fois le voyage entamé, celui-ci s’avère très perturbant. Mais du Welz a l’intelligence de ne jamais user d’artifices grossiers. On est plutôt en présence d’une « inquiétante étrangeté », un sentiment diffus de malaise à la vue par exemple de ces enfants silencieux aux regards hostiles, ou du détachement froid d’Emmanuelle Béart. Et comme dans Calvaire, le réalisateur alterne avec maestria entre des scènes d’une beauté poétique (la scène des ballons incandescents) avec d’autres plus dérangeantes (la crispante scène du riz, qui rappelle la scène du bar de Calvaire). Et au bout du voyage il y a ce final magnifique, à la fois apaisé et désespéré, qui n’est pas sans rappeler celui de L’Orphelinat, qui lui aussi traitait de la perte d’un enfant.

Avec Vinyan, du Welz confirme son statut de réalisateur à suivre, en proposant une expérience sensorielle dans laquelle l’immersion dans l’esprit de son héroïne est totale et dont on ne revient pas indemne…

Note : 8/10

 

Articles liés

8
  • 1

    Une très bonne critique d’un film que comme beaucoup j’enrage de ne pas avoir vu en salles à cause de sa distribution catastrophique.
    Effectivement la lenteur du rythme et l’univers pourront rebuter plus d’un spectateur mais au final ce voyage intérieur dans la douleur de ce couple est un formidable moment de cinéma sensitif et poétique.
    Le début fait parfois penser aux films de Gaspar Noé avec l’aspect très graphique du générique par exemple et la plongée au coeur de cette ville remuante filmé camèra à l’épaule.
    Je suis sur l’écriture de ma critique, ce qui sera une façon plus construite de marquer mon accord avec la tienne à tel point que tu en as déjà exposé certaines idées comme la couverture contre productive de Mad movie sur le film ; )

    Freddy K on mai 11th, 2009
  • 2

    J’ai eu l’occasion de voir le film en avant-première avec la présence du réal -- très sympa d’ailleurs -- et je dois dire que j’ai été déçu, comme beaucoup de monde dans la salle. Pourtant, j’avais adoré son premier film, et je reconnais son talent dans sa mise en scène. Mais j’ai trouvé ce récit mou, lent et sans grand intérêt. C’est d’ailleurs assez étrange, car je reconnais toutes les qualités du film et je suis d’accord avec vos avis, mais je n’ai pas vu le réel intérêt du film. Comme beaucoup à l’époque, je me suis demandé « Tout ça pour ça ? » Hé bien oui. Perso, ça m’a fait penser à un gros téléfilm bien chiant. Bon après, il y a du travail derrière et une idée, mais Béart n’était pas fantastique du tout pour moi, et contrairement à beaucoup je n’ai pas du tout été frappé par le sujet, et je précise également que je n’avais pas du tout aimé L’Orphelinat (sic). Bon, après, les gouts et les couleurs hein. Mais d’un point de vue artistique, c’est clair que c’était superbe.

    Etienne / Media-Maniak on mai 11th, 2009
  • 3

    C’est vrai que Vynian est un film plus sensitif qu’autre chose, qui demande qu’on s’abandonne totalement pour pouvoir pleinement l’apprecier, donc je comprends que tout le monde n’apprecie pas. Moi j’ai vraiment ete transporte et la derniere phrase prononcee par Beart a son mari m’a bouleverse…

    Geouf on mai 12th, 2009
  • 4

    Bonjour, bonjour,

    Je suis de retour après un petit congé (en attendant le grand pour le mois de Juin). Je termine le déménagement de mes articles sur mon blog wordpress (quasiment fini avec les bêbêtes, les autres sont plus petits, ouf…) et sans doute pour juillet, quelques articles sur Lucio Fulci et Mario Bava…

    Bon, retour sur Vinyan, de mon très doué compatriote (je dis cela uniquement pour Vinyan, car « la honte totale », je n’ai toujours pas vu Calvaire…). J’ai été le voir dans une petite salle de quartier, et bien imprégné de cette ambiance moite, ce fut un agréable moment de cinéma. On voit que les acteurs ont pataugés dans la gadoue, que le tournage s’est fait sur place, et dieu que j’adore ça!! Magnifiques images, et une descente aux enfers savamment orchestrée. Si du Welz est parvenu à un si bon résultat, je pense que c’est surtout grâce à l’implication des 2 acteurs principaux. Emmanuelle Béart, peu habituée aux films de genre qu’elle ne connait pas bien, est incroyable dans le rôle de cette femme éteinte, morte… Et surtout Rufus Sewell, tout simplement HE-NAUR-ME. Quelle précense, quelle intensité, quelle détresse…

    Et à côté de cela, le film passe quasiment inaperçu… Vraiment dommage… Le film n’est pas facile, certes, il ne fallait pas s’attendre à pulvériser les Ch’tits, mais j’ai vraiment l’impression qu’on ne lui a pas donné de chance…

    Soundwave on mai 15th, 2009
  • 5

    Oui, c’est dommage qu’il soit passe aussi inapercu. Meme aupres de la communaute fan du cine de genre d’ailleurs, les gens s’attendant a une enieme peloche gorasse francaise sans ame.
    Alors comme ca tu a repris l’activite sur ton blog? Il va falloir que j’aille verifier ca !

    Geouf on mai 15th, 2009
  • 6

    Tout doucement, tout doucement, hein!! Les Shark Movies sont déplacés (avec Sharkman en plus, je crois que je n’avais encore rien publié avant pour celui-là…) Le reste est en brouillon, je dois encore mettre à jour la table des matières les concernant… Ce sera pour la semaine prochaine… :-)

    Soundwave on mai 15th, 2009
  • 7

    Oui, je viens de voir ca. Mais apres tant de mois d’inactivite, ca fait plaisir, meme si j’avais deja lu cet article sur dvdrama !

    Geouf on mai 15th, 2009
  • 8

    [...] Voir l’article original [...]

 

RSS feed for comments on this post | TrackBack URI