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août 28th, 2008 at 10:04

Dossier: Le Clan Apatow – Partie 2 – Le Style Apatow

Seconde partie de ce dossier consacré à Judd Apatow, le nouveau golden boy de la comédie américaine. Après avoir présenté rapidement la carrière du bonhomme, je vais ici m’intéresser plus précisément à tout ce qui fait le « style Apatow ». Car l’humour développé dans les films produits par Apatow repose sur des bases bien particulières, à savoir un savant mélange de jusquauboutisme dans les gags et de finesse dans la façon de dépeindre des personnages attachants.

Du Réel dans la Fiction

Je ne m’attarderai pas sur les séries TV produites par Apatow, car je ne les ai pas vues, ni sur Anchorman, qui est plus un film du Frat Pack, mais j’attaquerai avec la première réalisation d’Apatow, 40 Ans, toujours Puceau (The 40 Year old Virgin). Dès ce premier film, tout le style Apatow est présent. Le film, coécrit par Apatow et Steve Carrell, raconte l’histoire d’Andy Stitzer (Steve Carrell), un timide employé d’un magasin d’électronique. A 40 ans, Andy vit seul, collectionne les figurines de super héros, et regarde Survivor avec ses voisins, un couple de personnes âgées. Lorsqu’un soir il accepte une invitation pour une partie de poker avec ses collègues, ceux-ci découvrent avec stupeur qu’Andy est toujours puceau. Ils décident donc de tout mettre en œuvre pour lui faire perdre sa virginité… On l’imagine, un pitch comme celui-là, dans les mains des mauvaises personnes, peut donner lieu à une comédie enchaînant les clichés les plus lourds et éculés sur le manque d’expérience du héros, quitte à le faire passer pour un idiot congénital. Or, ici il n’en est rien. Car si le film comporte son lot de gags moyennement fins mais hilarants (la séance d’épilation du torse, la prostituée travestie), Apatow a l’intelligence de ne jamais tourner son héros en ridicule. Andy est présenté comme un homme effacé et mal dans sa peau, mais pas stupide, comme le prouve sa rapide ascension professionnelle au cours du film. Son malaise face à son absence d’expérience sexuelle est parfaitement retranscrit à l’écran et rend le personnage immédiatement attachant. De même, les personnages secondaires ne sont pas oubliés. Tous sont des clichés ambulants (le gros dragueur, l’ado attardé fumeur de joints, l’amoureux transi incapable d’oublier son ex) qu’Apatow va s’employer à rendre réels. Et il en sera ainsi dans tous les films du clan Apatow : à chaque fois, le film débute sur une situation et des personnages stéréotypés que l’équipe rend crédibles et  proches du spectateurs par des petites touches bienvenues.

Ainsi, les ados de Supergrave, s’ils ressemblent au premier abord à ceux d’American Pie, sont finalement très humains, et reflètent parfaitement la difficulté d’avoir 17-18 ans et la timidité envers le sexe opposé. Si Seth (Jonah Hill) parle aussi crûment de sexe et ne pense qu’à faire boire Jules pour la sauter, c’est parce qu’il a une peur panique d’être rejeté à cause de son physique ingrat (et aussi parce qu’à cette âge-là, tout le monde parle de cette façon et fanfaronne devant les potes). Evan quand à lui a du mal à sauter le pas à cause de sa timidité maladive, mais aussi parce qu’il idéalise totalement Becca et a peur que sa première fois ne soit pas parfaite. La peur de perdre ses amis en partant à l’université est aussi parfaitement retranscrite dans ce film bien moins stupide que ne le laisse supposer l’accroche foireuse de l’affiche française.

La Guerre des Sexes

On taxe souvent Apatow de misogynie à cause de la façon dont les personnages masculins parlent des femmes dans ses films. Il s’agit à mon avis d’un total contresens. Car comme je l’ai expliqué précédemment, si les hommes parlent de façon aussi grossière des femmes dans les productions Apatow, c’est plus par manque d’assurance que par machisme. D’ailleurs, dans la plupart de ces films, les femmes représentent réellement le sexe fort, notamment au niveau professionnel, alors que les hommes sont très souvent des ados attardés immatures et irresponsables. Le boss d’Andy dans 40 Ans toujours Puceau est une femme dirigeant une équipe masculine, et c’est Trish qui va pousser Andy à se dépasser pour gagner confiance en lui et grandir professionnellement.

De même, dans En Cloque, Mode d’Emploi (Knocked up), Ben Stone (Seth Rogen) est un gros glandeur vivant en coloc avec des potes tout aussi peu motivés par le monde du travail. Ben vit sur une rente versée suite à un vieil accident et travaille à l’élaboration d’un site recensant toutes les scènes de nu des actrices connues. Quant à Pete (Paul Rudd), le beau-frère d’Allison (Katherine Heigl), il ment à sa femme pour aller faire des jeux de rôle avec ses potes. A l’opposé, nous avons donc Allison, jeune femme dynamique et dont la carrière à la télé est en train d’exploser. C’est elle qui prend la plupart des décisions, dont celle de garder le bébé conçu au cours d’une nuit de beuverie avec Ben. C’est aussi elle qui va une fois de plus pousser Ben à grandir et à accepter ses responsabilités.

Enfin, dans Sans Sarah, rien ne va (Forgetting Sarah Marshall), Peter (Jason Segel), le héros du film, se comporte comme un ado suite à sa rupture avec Sarah (Kristen Bell). Il pleure en continu, refuse de travailler, bref se laisse aller. Et même avant la rupture, il n’est pas montré sous un jour très flatteur : il travaille à domicile mais ne participe pas aux corvées ménagères, se nourrit n’importe comment et refuse catégoriquement d’évoluer. Et lorsqu’il est confronté au fait de choisir entre Sarah et Rachel, il est incapable de prendre une décision et ruine sa relation avec Rachel. A l’opposé, Sarah est encore une fois une jeune femme dynamique qui gère d’une main de fer sa carrière télévisuelle.

L’Humour selon Apatow

Mais si on va voir une comédie, c’est à la base pour rire, et si tous les films précédemment cités ne sont pas des chefs d’œuvres, ils remplissent généralement totalement leur contrat à ce niveau-la, sans faire dans la facilité. Pas d’humour pipi-caca ici, ni de vulgarité (non, on ne rote pas ni ne pête pour faire rire), mais un sens de l’inédit et du jusquauboutisme constant. Car la bande d’Apatow se permet tout, un peu à l’image des frères Farelly. Aucun sujet ni aucune partie de l’anatomie humaine ne sont tabous. On a ainsi l’occasion d’admirer furtivement le zizi de Jason Segel dans Forgetting Sarah Marshall, ou le (faux) vagin de Katherine Heigl lors de l’accouchement de Knocked up, avec la tête du bébé en train de sortir (histoire de se moquer du côté prude des hommes incapables d’assumer cet acte naturel). Dans Superbad, un des personnages se retrouve avec des pertes menstruelles sur son pantalon suite à une danse lascive avec une jeune demoiselle légèrement beurrée. Bref, pas de tabous, mais ces éléments ne sont pas utilisés non plus de façon vulgaire (contrairement cette fois aux films des frères Farelly). Il n’est pas question ici de repousser les limites du mauvais goût, mais de se moquer du spectateur choqué par de telles apparitions sur un écran de cinéma de détails pourtant naturels.

Autre élément fondamental des comédies estampillées Apatow, la qualité d’écriture des dialogues, qui font souvent mouche, ainsi que la dose élevée d’improvisation accordée aux acteurs. Que ce soient les ados de Superbad parlant de cul ou les potes de Ben dans Knocked up se charriant entre eux, tous les personnages bénéficient de dialogues croustillants appelés à devenir cultes (« Your name is McLovin ? That’s awesome ! »). Mais leur grande qualité, c’est de ne jamais faire trop écrits. Dans les productions Apatow, les dialogues sont crédibles, même les plus hilarants.

Et enfin, Apatow n’a pas son pareil pour créer toute une galerie de personnages délirants tous plus tordus les uns que les autres: Fogel « McLovin » dans Superbad, la bande de potes de Ben dans Knocked up, le rockeur tordu et obsédé de Forgetting Sarah Marshall…

Ce sont toutes ces raisons qui font le succès des comédies estampillées Apatow, alliées à une boulimie de ciné poussant le producteur à aborder tous les genres : la comédie romantique (Knocked up et Forgetting Sarah Marshall), la comédie pour ados (Superbad), la parodie loufoque (You don’t mess with the Zohan), la comedie stone (Pineapple Express). Nul doute dès lors que le brillant Judd Apatow a encore de longues années devant lui pour continuer à faire rire le public…

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