Après une troisième saison plus que moyenne, et qui jetait de la poudre aux yeux des spectateurs (en gros, on noyait toute la saison dans l’action sans véritablement faire progresser l’intrigue), il était temps que les créateurs du show se bougent un peu pour remonter le niveau. Et pour une fois, c’est le network produisant la série, ABC, qui est venu à leur secours en négociant avec eux le nombre de saisons et d’épisodes restant pour achever le show. Une négociation bénéfique (et malheureusement trop rare dans le monde des séries TV), puisqu’elle permet aux scénaristes de réellement planifier la suite des événements et le rythme de la série. Les créateurs de Lost ne s’en sont jamais caché, ils savent depuis le début comment la série va se terminer et quelles sont les réponses à toutes les questions que le spectateur se pose (n’en déplaise aux mauvaises langues). En fait, le seul problème qu’ils avaient était d’arriver à gérer les révélations au compte-goutte pour pouvoir faire durer le show suffisamment longtemps afin de contenter ABC. D’où de sérieux ventres mous dans les trois premières saisons, mais qui avaient tout de même le mérite de laisser se développer les personnages… Du coup, le fan ne pouvait que se réjouir de la nouvelle orientation prise par ABC et espérer que les trois dernières saisons de 16 épisodes chacune allaient clore le show en apothéose. Premier segment de ce Lost « nouvelle version », la saison 4 était donc la saison de tous les espoirs…

Mais avant de révéler si le défi a été relevé, petit résumé des événements. La saison 3 de la série était consacrée aux mystérieux « Autres », menace diffuse dans les deux premières saisons, mais qui prenait là un visage humain. On découvrait en effet qui ils étaient et d’où ils venaient (enfin, certains d’entre eux). On en apprenait entre autres beaucoup sur leur leader, Benjamin Linus, et notamment comment celui-ci avait froidement éliminé les membres de la Dharma Initiative pour s’approprier l’île. La saison se terminait sur un événement dramatique (la mort de Charlie) en même temps que sur une note d’espoir (l’arrivée d’une parachutiste sur l’île, première vraie chance pour les survivants du crash de l’Oceanic 815 de s’échapper). Mais surtout, les ultimes minutes du dernier épisode de la saison lançaient un procédé inédit dans le show : le flash forward. Un procédé réutilisé pendant toute la saison 4 et qui va amener un nouveau souffle à la série. Et c’est véritablement là tout le génie de la série (et de la saison 4). Ce procédé remet en effet totalement en question la façon d’appréhender le show. En effet, pendant toute la saison 4, on ne se demande plus « Comment vont-ils s’échapper ? » ou « Que va-t-il se passer ? » mais bien « Que s’est-il passé pour en arriver là ? ». Du coup non seulement la saison devient deux fois plus ludique (en plus de chercher à percer les mystères de l’île, on essaie de deviner comment les événements vont s’enchaîner pour mener à la situation décrite dans les flashs forward) mais aussi plus lugubre. Un véritable souffle tragique envahit cette saison, puisqu’on apprend très vite que seulement six personnages ont réussi à partir. Qu’est-il arrivé aux autres, sont-ils morts, ont-ils décidé de rester ? Autant de questions qui pour une fois ne resteront pas sans réponses. Car c’est une autre des nouveautés de la saison, celle-ci se propose de donner des réponses, des vraies, pas de celles qui amènent plus de questions. Bien entendu, on n’en saura pas plus sur la fumée noire (mais les scénaristes ont prévenu que l’on n’aurait cette réponse que dans la dernière saison) ou sur la présence d’un ours polaire sur l’île (mais il y est fait rapidement allusion au début de la saison), mais force est de constater qu’on commence à y voir plus clair dans l’histoire de l’île. On apprend ainsi qui est à la recherche de l’île et pourquoi (et aussi pourquoi Ben Linus veut à tout prix la dissimuler), à quoi servait la Dharma Initiative et qui la dirigeait. Mais surtout, on apprend ce qui est arrivé à deux des personnages les plus importants des deux premières saisons : Michael et son fils Walt. Une énorme surprise que le retour de ces personnages, mais qui s’intègre parfaitement dans l’histoire et dans l’une des thématiques principales de la série : l’inéluctabilité du destin. Un thème encore plus prégnant ici, à cause des flashs forward, mais aussi du fait que l’île semble véritablement décider du destin des personnages. Même ceux qui s’en sont échappés sont rattrapés par elle dans un final apocalyptique posant les bases d’une saison 5 qui s’annonce d’ores et déjà des plus excitantes.

Les révélations pleuvent donc dans cette saison, grâce notamment à un rythme soutenu, dû en grande partie à la réduction drastique du nombre d’épisodes. Pas le temps de s’ennuyer, les événements s’enchaînent à la vitesse grand V, sans laisser le temps au spectateur de souffler. Et c’est peut-être là le seul vrai reproche qu’on pourrait formuler à l’égard de cette excellente saison : si les saisons précédentes avaient un ventre mou, elles prenaient néanmoins plus de temps pour développer tous les personnages. Là, on va tellement vite que comme les personnages on a à peine le temps de tout assimiler. L’exemple le plus frappant est la mort de Charlie qui finalement ne touche que très peu les autres personnages, entre autres Claire, un peu en retrait cette saison. La faute aussi au grand nombre de nouveaux personnages de la saison, dont trois principalement, qui ont été envoyés sur l’île pour récupérer Ben Linus : un physicien, une paléontologue et un médium. Des personnages assez intéressants (enfin, surtout celui du physicien) mais dont on ne sait encore que très peu de choses. En dehors de ça, la saison se concentre sur les protagonistes habituels, et plus particulièrement sur ceux s’étant échappés de l’île.
Dans le lot des épisodes marquants de la saison, on retiendra une fois de plus l’épisode consacré à Desmond, intitulé The Constant, dans lequel le pauvre navigateur se retrouve une fois de plus perdu dans le temps. Un épisode trépidant et une fois encore fichtrement émouvant. Et puis bien sûr, il y a le triptyque final, véritable concentré d’action et d’adrénaline, et qui ouvre la voie pour une saison 5 radicalement différente de toutes les autres. On a hâte !
Note : 8.5/10

