
1997 : Michael Haneke réalise le film Funny Games, brûlot destiné à dénoncer la banalisation culturelle de la violence. Principalement destiné aux Américains, le film ne sort malheureusement pas au pays de l’oncle Sam, du fait de son tournage en langue allemande. 10 ans plus tard, Warner Independant Pictures, désirant surfer sur la mode du film de torture, propose au réalisateur de tourner un remake de son propre film. Haneke, y voyant l’opportunité d’enfin délivrer son message à sa cible première, accepte à une seule condition : ce film sera un remake au plan par plan, avec le même scenario, les mêmes dialogues, les mêmes mouvements de caméra.
Le film présente une famille américaine classique (le père, la mère, le fiston) en week-end dans leur résidence secondaire. A peine arrivés, ils font la connaissance de deux jeunes gens propres sur eux venus leur emprunter des œufs. Une rencontre a priori banale qui va vite tourner au drame sordide, les deux étrangers s’avérant être des psychopathes ayant envie de s’amuser avec la pauvre famille. Que la partie commence…
Je tiens à préciser tout d’abord que j’ai découvert cette nouvelle mouture de Funny Games vierge de tout a priori, n’ayant pas vu le film original. Et grand bien m’en a pris puisque le visionnage de Funny Games US s’est avéré être l’une des expériences cinématographiques les plus traumatisantes de mon existence. Ce qui n’aurait pu être qu’un énième « torture porn » est en fait une œuvre d’une perversité inouïe, d’une maitrise hallucinante, et prenant un malin plaisir à ne pas brosser le spectateur dans le sens du poil.
Dès les premières minutes du film le ton est donné : les images d’introduction montrent la petite famille en train de jouer à un quizz musical lorsque soudain la musique classique qui sert de fond sonore est remplacée par du métal. Le choc est rude pour le spectateur, qui est instantanément mis mal à l’aise. Un malaise qui ne le lâchera plus jusqu’à la fin du long métrage. Haneke fait monter la pression petit à petit, par des détails apparemment anodins, comme la maladresse du jeune homme venu réclamer des œufs. Comme la mère de famille, on sent que quelque chose ne tourne pas rond, mais en même temps le jeune homme n’a rien fait de particulier, à part casser des œufs sans le vouloir. On attend la première explosion de violence en espérant que celle-ci sera libératrice. Elle survient lorsque l’un des deux jeunes gens éclate le genou du père de famille à coup de club de golf. Mais cette violence, loin de faire retomber la tension, l’augmente d’un cran. Et c’est bien là toute la force du métrage d’Haneke. Rien n’est laissé au hasard et chaque échappatoire possible est balayée d’un revers de main par le réalisateur. Le père de famille, figure de l’autorité, se retrouve réduit à l’impuissance au bout de quelques minutes, les amis censés venir pour le week-end ne feront jamais leur apparition, les voisins venus dire bonjour ne se doutent de rien et repartent sans se poser de question… Le summum est atteint lorsqu’un des deux tueurs utilise une télécommande pour faire revenir le film en arrière et changer le cours des événements. Une scène étonnante, mais totalement en adéquation avec la démarche du réalisateur : les tueurs sont les maitres du film et personne ne peut interférer avec leur idée de son déroulement. L’identification aux personnages renforce aussi le stress éprouvé par le spectateur. Tous les acteurs sont absolument parfaits, que ce soit Tim Roth en père dépassé par les événements, ou encore Michael Pitt en psychopathe au visage angélique. Un Michael Pitt proprement terrifiant dans son rôle, et qui tient la dragée haute à une Naomi Watts une fois de plus exceptionnelle. L’actrice démontre toute l’étendue de son talent en s’impliquant totalement dans le rôle et en se mettant littéralement à nu.
Mais Funny Games US ne serait qu’un banal thriller de plus si Haneke ne s’était pas mis en tête de faire réfléchir le spectateur par rapport à ce qu’il voit. Tout d’abord il s’amuse à détruire un à un les clichés hollywoodiens de ce genre de films. J’ai déjà parlé du père impuissant, mais il y a aussi ce long dialogue entre les deux tueurs, au cours duquel ils dissertent sur les raisons de leurs actes, évoquant les scenarii habituels du cinéma hollywoodien : enfance malheureuse, drogue, pauvreté, pour finalement expliquer que non, il n’y a pas de raison bidon à leur barbarie, qu’elle est purement gratuite.
Mais là ou Haneke fait très fort, c’est lorsqu’il implique directement le spectateur, faisant de lui le complice des deux ordures. La règle du 4e mur est en effet violée par les deux tueurs, ceux-ci s’adressant directement au spectateur pour lui demander son avis. De même, Haneke joue constamment avec le voyeurisme du spectateur : les actes de violence ne sont jamais montres à l’écran, le réalisateur préférant s’attarder sur les visages des personnes assistant à la scène. La scène la plus représentative de cette volonté est celle ou Naomi Watts est obligée de se dénuder devant les deux preneurs d’otages. Insoutenable psychologiquement, ce passage est une gifle dans la figure du spectateur venu voir « la nana de King Kong à poil » puisque seul le visage inondé de larmes de l’actrice nous sera dévoilé.
Jusqu’au-boutiste, le film l’est assurément, mais il s’agit ici d’un électrochoc salvateur puisqu’Haneke parvient sans peine à faire passer son message : la violence cinématographique est aussi réelle que la violence qui nous entoure, et elle n’est pas censée être drôle. On se demande ce que les spectateurs venus voir un nouveau Saw ou un nouveau Hostel ont bien pu ressentir. Et pour une fois tant mieux si la bande-annonce était racoleuse, c’est justement à ce genre de public que le film s’adresse tout particulièrement. En tout cas, personnellement j’ai bien retenu la leçon et le regard terrifiant de Michael Pitt dans la dernière image du film restera longtemps gravé dans ma mémoire…
Note : 10/10


Je ne me suis toujours pas remis de l’original (et c’est pas bon), très peu pour moi pour ce remake donc.
Oui, c’est sur que le film choque vraiment. D’ailleurs je ne sais pas si je le reverrai un jour. Mais il est vraiment hallucinant de maitrise et va jusqu’au bout de son concept et de son message.
Et rien que pour ca, on peut remercier Haneke.
ouaw tu as mis 10/10 au film…. on ne doit pas avoir les même criteres de selections. Je pense que je n’ai pas du saisir le sens caché du film parce-que j’ai trouvé que ce film tendait plutot vers le gros navet . Enfin bon j’avoue je l’ai vue en espagnole et je ne le parle pas bien du tout , donc j’ai pas du tout comprendre , en lisant ta critique , j’ai bien compris que c’etait un film trés psychologique et profond tout ça tout ça , ok c’est pour denoncé la violence des films et je trouve sa bien , mais ce film laisse une impression vraimetn bizarre , et le mec qui rembobine avec sa telecomande j’ai trouvé sa trop pathetique , du gros nimporte quoi . Bref pour moi ce film est un navet … désolé on doit pas avoir les même gouts ><
Autant je peux comprendre que tu n’ais pas aime le film, autant le traiter de navet, c’est etre a mon avis totalement a cote de la plaque. C’est impossible de ne pas voir tout le travail effectue par Haneke sur ce film, notamment au niveau des images, des choix de realisation, du hors champ. Personnellement, des navets a la mise en scene aussi reflechie et en accord avec leur sujet, j’en veux bien tous les jours.
Apres, que tu n’ais pas saisi les subtilites ou apprecie certaines scenes (comme celle de la telecommande, pourtant logique dans un film ou des le debut les personnages s’adressent directement au spectateur), c’est autre chose et c’est tout a fait ton droit. Dommage cependant, vu que c’etait aux fans des Saw et autres torture porn que le message du film s’adressait tout particulierement. Mais non, Funny Games US n’est pas un navet, et ce n’est pas une question de point de vue.
oui je comprend ce que tu veux dire , je croi que je vais le revoir en francais parce qu’effectivement en lisant ta critique et tout , je me dis que bon sa peut pas etre si nul , et que j’ai du passer a coté , en plus Naomi watts est une bonne actrice et joue generalement dans des bons films que j’apprecie , je pense que le fait de l’avoir vu en espagnole et de ne pas en avoir entendu parler autour de moi m’a donné cette impression de film qui sert a rien … impression amplifié par cette image du gars qui rembobine avec sa telecomande
bref je croi que je vais le revoir ,parce qu’en lisant tout sa je me dit qu’en effet j’ai du passé a coté
Tu as bien du courage, moi je ne suis pas sur de supporter un second visionnage, meme si j’ai trouve le film excellent !
sa y est je l’ai regardé … ma foi je l’ai pas trouvé trés horrible , au fond c’est plus comique , on voit bien que le realisateur se fout de la gueule de cetains films , genre en presentant les habituels scenario hollywodiens comme tu l’a dit , et aussi quand la mere prie , le fait aussi que les 2 « fous » s’adresse aux spectateurs , et surtout toujours ce truc de la telecomande , enfin tout sa fait vraiment irréaliste et donc moi je l’ai plutot pris en rigolant , je dois etre sadique ou insensible mais meme lorsuq’il tue le gamin ou les visages en pleurs des personnages, ça ne m’a pas atteint …autant il ya des films ou aprés les avoir vu , on se sent mal et deprimé , comme requiem for a dream , the girl next door … autant celui-la ne m’a fait ni chaud ni froid , il me fait beaucoup pensé a orange mecanique , le même type d’action plate (je n’ai pas vu orange mecanique ) enfin bon , je croi que c’est pas vraiment mon type de film …
Deja? Et bien toi tu es rapide !
Tant pis alors si le film n’a pas fonctionne sur toi… Peut-etre parce que tu es un peu jeune, des fois ca compte, le regard change avec l’age. En tout cas, ca fait plaisir de t’avoir au moins poussee a le revoir.
oui , je pense que ça doit etre sa ; merci en tout cas , j’aime bien ton site ^^ ya de bonnes critiques dessus , *meme si je ne suis pas toujours d’accord
* et sa m’aide bien pour selectionner quels films regarder
De rien. Et puis heureusement que tu n’es pas toujours d’accord avec mes opinions, sinon ce ne serait pas interessant !