Le fourre-tout de Geouf

CineGeouf

mai 12th, 2008 at 15:37

Speed Racer des Wachowski Brothers

Ça y est, c’est confirmé, Speed Racer, qui vient de sortir aux USA, est officiellement un bide. Avec ses 20.1 millions de dollars de recette sur le premier week-end, le nouveau film des frères Wachowski est très mal parti. Il faut dire aussi qu’il était loin de partir gagnant : un trailer déconcertant, des critiques négatives le comparant au navrant Spy Kids de Robert Rodriguez, des démêlées avec la AHA (la SPA américaine)  suite à des problèmes avec un des chimpanzés utilisés sur le tournage, bref rien de bien engageant. Moi-même, je n’étais que très moyennement tenté par un trailer qui me rappelait beaucoup trop l’indigeste Charlie et la Chocolaterie de Tim Burton (beaucoup plus que Spy Kids). Et si on ajoute à ça la déception que j’avais ressentie devant les deux suites de Matrix, avec leurs personnages sacrifiés sur l’autel de scènes d’action certes dantesques mais sans réelle implication émotionnelle, vous comprendrez facilement que Speed Racer était loin de figurer dans ma liste des films les plus attendus de l’année. Pourquoi suis-je allé le voir alors ? Et bien tout d’abord par pure curiosité cinéphilique bien évidemment, et aussi parce que le cinéma près de chez moi propose des séances en haute définition. Et là l’impensable s’est produit : j’ai pris une de mes plus grandes claques ciné de dernières années.

Speed Racer est donc l’adaptation live de l’anime japonais éponyme des années 60, qui a connu des années de « development hell » (Warner a acheté les droits de l’anime en 1992) avant que les frères Wachowski ne s’y intéressent. Le film, comme l’anime, se déroule dans un futur proche et met en scène les aventures du jeune coureur automobile Speed Racer (Emile Hirsh), dont le père, Pops (John Goodman), est concepteur et fabriquant de voitures de course. Lorsque le jeune pilote refuse de rejoindre l’écurie des industries Royalton, il s’expose aux foudres de la toute puissante corporation et de son PDG.

 
Comme je le disais dans mon introduction, Speed Racer est véritablement une claque ciné sans précédent, un film unique ne ressemblant qu’à lui-même. Donc non, Speed Racer n’a définitivement rien à voir avec Spy Kids, ni avec Charlie et la Chocolaterie. Certes, l’univers du film des Wachowski est coloré et bariolé et peut choquer de prime abord, mais on est très loin de la bouillie visuelle moche des deux autres films précités. J’avoue qu’il faut un petit temps d’adaptation, et que le début du film peut en refroidir plus d’un,es frérots ayant en effet reproduit fidèlement l’esthétique du manga et son univers bariolé. Dès le début du métrage, on est malmené, agressé par ces couleurs vives et chatoyantes, balloté par une présentation du héros allant à 100 à l’heure, passant sans prévenir du présent au passé, à travers des transitions inédites. Les trouvailles visuelles pullulent (comme lorsque le jeune Speed s’imagine au volant d’un bolide dessiné par ses soins alors qu’il s’ennuie en classe), et il faut parfois s’accrocher pour tout suivre, mais au moins la forme rejoint le fond : ça va vite.

Le film va vite, oui, mais n’en oublie pas de rendre ses personnages attachants. Et là on découvre que les frères ont retenu les erreurs faites sur les deux suites de Matrix. Même si le monde dans lequel ils évoluent est délirant et s’ils sont noyés dans des décors numériques, les personnages de Speed Racer existent et sont foncièrement sympathiques. Que ce soit le jeune héros idéaliste, son père bourru ou sa fiancée courageuse, tous sont soigneusement dépeints, non au travers de longs dialogues pompeux, mais plutôt par leurs actions. Tout juste pourra-t-on reprocher aux réalisateurs de trop s’intéresser au gamin irritant et à son singe apprivoisé, mais vu que le film est avant tout destiné au jeune public, on peut comprendre cette orientation. Et puisqu’on en est à parler de l’orientation du film, si celui-ci est a priori destiné aux enfants, il est aussi tout à fait visible par des adultes (autres que les fans de l’anime ou du manga). J’ai 27 ans, je ne porte aucun intérêt aux courses de voiture et j’ai pris un pied phénoménal devant le film. La portée philosophique et réflexive du métrage est très loin de celle des trois Matrix mais propose une charge anticapitaliste qui n’est pas sans rappeler V pour Vendetta, produit justement par les frangins. 

Les acteurs sont tous parfaitement crédibles dans leurs rôles, que ce soit Emile Hirsh qui s’impose définitivement comme l’un des acteurs les plus doués de sa génération (Into the Wild forever !), ou les vieux de la vieille comme John Goodman ou Susan Sarandon. Mais celui qui m’a le plus surpris reste Matthew Fox, véritablement émouvant dans le rôle de Racer X, mystérieux coureur portant un lourd secret sur ses épaules.

Mais ce qui fait de Speed Racer un film totalement novateur est bien entendu son aspect visuel. Non seulement la totalité du métrage a été filmé sur fond vert, mais en plus les frangins ont utilisé une technique leur permettant de rendre les arrière-plans nets, comme dans un dessin animé. Il en résulte un sentiment assez inédit de réellement contempler un manga live. Ils utilisent aussi toute la panoplie des techniques des animes japonais, comme les personnages isolés et entoures de lignes figurant la vitesse de leur action. Et ceux qui s’insurgent sur la laideur du film n’ont pas dû voir le même que moi. Le métrage propose au détour de certains plans des décors d’une beauté à couper le souffle, que la projection haute définition à laquelle j’ai assiste a réellement sublimés. Impossible de ne pas frissonner de bonheur devant la scène du départ de la course de Casa Cristo et son lever de soleil de carte postale. Une course hallucinante qui compose le morceau de bravoure principal du film. Encore une fois, les Wachowski restent d’une fidélité exemplaire au dessin animé, avec ses adversaires fous, leurs voitures aux designs délirants et leurs armes mortelles. On jubile comme un gosse lorsque l’un des vilains lance une ruche dans une voiture concurrente, ou lorsqu’un autre déverse de l’huile sur la route, comme dans les cartoons de notre enfance. Les trois courses du métrage dégagent 1000 fois plus d’énergie que toutes les scènes de la trilogie beauf Fast and Furious. Le numérique permet aux réalisateurs de s’affranchir des contraintes de réalisation classiques et de proposer des mouvements de caméra impossibles mais essentiels à l’intrigue, comme de passer en un seul travelling d’une voiture à une autre pour suivre un dialogue entre les personnages.

Mais tout ceci ne serait qu’une bouillie informatique sans une vraie vision, ce que les frérots ont assurément. Même si certains plans sont un peu trop rapides, la plupart des scènes de course sont d’une lisibilité incroyable en dépit de la rapidité de l’ensemble. Et surtout, chaque course a un véritable enjeu, ce qui fait que le spectateur est véritablement pris aux tripes. Le final a même réussi à me prouver qu’on pouvait avoir les larmes aux yeux devant une course de voitures, chose qui me paraissait impossible.

 

Mais malgré tout, le film fait un bide, et le pire c’est que c’est tout à fait logique. Il s’applique tellement à briser les règles classiques de narration et à entrainer le spectateur dans un déluge de sensations, de son, de couleurs qu’il est tout à fait prévisible qu’il subisse une réaction de rejet. Bref, seul le temps nous dira si le film va devenir un classique ou s’il va sombrer dans l’oubli, mais en tout cas, c’est à mon humble avis une expérience à tenter dans une salle de cinéma…

 

Note : 8.5/10

8
  • 1

    Hum, je sais plus trop quoi en penser de ce film. C’est apparemment le genre de film qu’on adore ou qu’on déteste vu l’ensemble des critiques. Je sens que je vais pas prendre de risque, j’attendrai sa sortie DVD pour le louer faute de mieux. Je suis victime du préjugé de base (couleurs criardes, ect) lol

    leXtat on mai 12th, 2008
  • 2

    Oui, moi aussi les couleurs criardes me demotivaient un peu mais finalement, comme je l’explique, j’ai ete tres agreablement surpris.
    A mon avis c’est un film a voir.

    admin on mai 12th, 2008
  • 3

    Au vu du premier teaser je n’étais vraiment pas tenté.
    Et au fur et à fur que les images, et les nouvelles bandes annonces tombaient,
    j’ai changé radicalement d’avis.
    Probablement que j’irais le voir.

    Weta on mai 13th, 2008
  • 4

    Le film prend mal au box office. Un coup dure pour la Warner et les brothers. Et dire qu’il avait été fait mention d’une possible trilogie en cas de succès.

    leXtat on mai 19th, 2008
  • 5

    Franchement, ça ne m’étonne pas, vu le statut quasi-expérimental du film. Mais c’est dommage…

    admin on mai 20th, 2008
  • 6

    J’ai eu l’occasion de voir les 7 premières minutes disponibles sur leur site promo en Haute def., et il apparaissait très clairement qu’il fallait s’accrocher visuellemment parlant et scénaristiquement (idem), bref, j’attendrai quand même (je dirais surement) une sortie dvd pour aller le voir, a moins que …

    Spaces on mai 23rd, 2008
  • 7

    Je pense que c’est vraiment un film à découvrir au ciné, surtout si tu as l’occasion de le voir en haute définition. Scénaristiquement, l’histoire n’est pas super recherchée, mais visuellement, c’est vraiment impressionnant…

    admin on mai 23rd, 2008
  • 8

    Dans le genre “film de courses expérimental”, y’à TORQUE aussi. OK, le scénario est crétin, mais quelle inventivité dans la mise en scène, ne serait-ce que pour l’incroyable course à moto final dans un centre ville bondé à 300km !

    Quant à Speed Racer, je pense le voir tout de même ne serait-ce que pour me faire un opinion et en parler autour de moi en toutes connaissances de cause. Mais je me méfie des messages des Wachos. Déjà dans Matrix, on frisait le manichéïsme primaire moralement douteux et ridicule à faire hurler un Momoruh Oshii. Mais ce n’est que mon opinion…

    KARA on juin 3rd, 2008

 

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