Le fourre-tout de Geouf

CineGeouf

mai 5th, 2008 at 20:04

Dossier: La Trilogie Basket Case de Frank Henenlotter

Frank Henenlotter est un réalisateur à part dans le petit monde de l’horreur. Farouchement indépendant, il a réalisé quelques petits classiques (dont le fameux Elmer le remue Méninges) dans les années 80 et au début des années 90 avant de disparaître de la circulation. A l’heure où on annonce son grand retour avec un intriguant Bad Biology, il est intéressant de revenir sur son œuvre-phare, la trilogie Basket Case.

 

Basket Case (1982) : Frères de Sang

 

C’est en 1982 que Henenlotter entame sa carrière de cinéaste avec le premier épisode de Basket Case. Un premier film un peu fauché mais qui contient déjà tous les germes du cinéma du réalisateur : un amour certain pour les freaks et les laissés pour compte, des penchants sexuels bizarres et du gore gratiné. Basket Case suit les pérégrinations de Duane Bradley, un jeune homme candide et a priori normal qui transporte toujours avec lui un imposant panier d’osier. Un panier qui lui sert à dissimuler Belial, son frère siamois déformé dont il a été chirurgicalement séparé à l’âge de 12 ans. Fraîchement débarqués dans la grosse pomme, Duane et Belial n’ont qu’une idée en tête, se venger des médecins les ayant séparé.

Film à très petit budget (la légende veut que la liasse de billets brandie par Duane au début du métrage soit en fait l’intégralité du budget du film), Basket Case compense par une inventivité de tous les instants. L’histoire est déjà foncièrement originale et joue avec l’un des plus grands tabous de l’humanité, la peur de la difformité. Henenlotter a bien saisi le concept et joue constamment sur le mélange attirance/répulsion que ressens le spectateur : on veut voir ce qu’il y a dans le panier, mais en même temps on redoute le moment où on va le découvrir. Et même si les effets spéciaux sont très limites, Henenlotter arrive à faire de Belial un personnage à part entière, à la fois effrayant et pathétique. La relation entre les deux frères est passionnante, mélange d’amour fusionnel et de haine : Belial aimerait être réattaché à son frère, tandis que Duane aimerait lui pouvoir vivre normalement sans son encombrant jumeau, tout en refusant de l’abandonner. Mais au-delà de cette singulière histoire, Basket Case est aussi un portrait frappant du New York underground : sale, glauque, constamment éclairé par les néons des cinémas pornos, où vos voisins peuvent pénétrer chez vous pour vous dévaliser, où des vétérinaires pratiquent des opérations illégales sur des humains sans précautions particulières…

Micro budget oblige, les acteurs sont pratiquement tous non professionnels, et même si certains ont un jeu limite, la plupart s’en sortent honorablement. Kevin Van Hentenryck, notamment, est plutôt crédible dans le rôle de Duane. Un rôle difficile, surtout que l’acteur principal passe une grande partie du métrage à monologuer, étant donné que Belial communique par télépathie. Les effets spéciaux, je l’ai déjà dit, sont assez limites, surtout lorsque Belial est animé en image par image, mais ce côté cheap ajoute au charme du métrage (et ça vaut largement mieux que des images de synthèses déjà dépassées au bout de 6 mois). Seul reproche que je pourrais faire à ce niveau, les yeux de Belial qui virent au rouge dans le final ne sont pas du plus bel effet.

Le film se suit donc avec plaisir malgré ses défauts et mérite totalement son statut culte acquis au fil des années.

 

 

Basket Case 2 (1990) : La monstrueuse Parade

 

Pratiquement dix ans après le premier opus, et en ayant réalisé entre-temps le culte Elmer le Remue-Méninges (Brain Damage), Henenlotter retrouve les frères Bradley pour un deuxième opus très attendu. Nanti d’un budget largement plus conséquent, Henenlotter a cette fois les moyens de ses ambitions et se lâche totalement dans un film délirant, hommage au fameux Freaks de Tod Browning.

Le film reprend exactement là où le précédent s’était arrêté : suite à la mort de la petite amie de Duane, assassinée par un Belial jaloux, les deux frères se battent, tombent par la fenêtre de leur chambre d’hôtel et s’écrasent sur le trottoir. Les secours arrivent rapidement et ils sont emmenés à l’hôpital sous bonne garde car la police a découvert leurs agissements meurtriers. Ils ne tardent cependant pas à s’échapper et sont recueillis par grand-mère Ruth (Annie Ross), une vieille femme qui a fait de son immense domaine un havre de paix pour les « monstres » tels que Belial. Mais malheureusement une journaliste fouineuse va venir remettre en question le bonheur nouvellement acquis des deux frères…

La première chose frappante dans ce nouvel opus des aventures des frères Bradley est l’écart impressionnant au niveau des effets spéciaux. On sent que Henenlotter a cette fois-ci un budget correct et il s’en sert. Belial ne ressemble plus à une poupée de plastique mou dans les plans larges, il n’est plus animé en images par images mais est cette fois entièrement animatronique. Un bon qualitatif qui renforce la crédibilité du personnage. De même, les maquillages des nouveaux monstres sont superbes et vraiment originaux.

La deuxième évolution notable concerne l’ambiance du film. En effet, si le premier opus était plutôt sombre et dépressif, celui-ci est définitivement plus orienté vers l’humour et la bonne humeur. Henenlotter s’éclate visiblement à filmer sa galerie de freaks gentils, véritables vedettes de ce nouvel opus. Il en profite pour renforcer son message sur le droit à la différence, thématique au centre de toute son œuvre.

Comme je l’ai dit précédemment, Basket Case 2 est un hommage non dissimulé au Freaks de Tod Browning : on retrouve l’étude d’un microcosme composé de monstres, que les humains « normaux » viennent perturber. D’ailleurs, le sort réservé à la méchante journaliste renvoie directement à celui de Venus dans le chef d’œuvre de Browning. L’autre influence majeure de Henenlotter est définitivement le roman Cabale de Clive Barker, paru deux ans plus tôt. L’histoire est pratiquement identique (un homme suspecté d’être un tueur en série débarque dans un refuge habité par des monstres et amène malgré lui les humains normaux à découvrir cet endroit) et Henenlotter a carrément donné le nom de Barker à l’un de ses personnages. Mais si Cabale était très pessimiste, Basket Case 2 préfère la légèreté et l’amusement pour rendre ses monstres attachants : outre que certains ont des designs vraiment délirants (une tête hypertrophiée qui chante de l’opéra, une femme avec une sorte de tronc d’arbre sur la tête, un homme à tête de rat…), ils se comportent pour la plupart comme des enfants turbulents.

On pourra donc regretter que ce second opus soit moins dérangeant que le premier et que les nouveaux monstres ne soient pas plus développés, mais le film propose son lot de bonnes idées. On peut par exemple citer une scène de sexe entre Belial et Eve, l’élue de son cœur, particulièrement drôle et dérangeante, ou encore l’évolution du personnage de Duane. Le pauvre Duane, qui est pratiquement le seul homme « normal » au milieu de tous ces freaks, imagine pouvoir fuir avec Susan, la petite fille de grand-mère Ruth et pouvoir enfin vivre une vie normale sans son frère. Un espoir qui volera en éclat lorsqu’il découvrira que Susan a parfaitement sa place dans la maison de Ruth. Le final désespéré est quant à lui un très grand moment d’horreur et laisse la porte ouverte pour le troisième film.

 

 

Basket Case 3 : The Progeny (1992) : La Guerre des Mondes

 

Cette fois, il n’aura pas fallu dix ans à Frank Henenlotter pour livrer le dernier film de sa désormais célèbre saga. Après un petit détour par la case Frankenhooker, il revient bien vite aux aventures de ses anti-héros. Comme dans le second film, le métrage de clôture de la trilogie commence au moment où le précédent s’est arrêté. Duane, traumatisé par la découverte du secret de Susan et la mort de celle-ci, a rattaché son frère de force à sa hanche, espérant ainsi pouvoir réellement appartenir à la communauté de grand-mère Ruth. L’histoire reprend quelques mois plus tard lorsque Eve, la dulcinée de Belial, est sur le point d’accoucher du fruit de leur union. Duane a passé tout ce temps enfermé dans une cellule capitonnée, sans nouvelles de son frère qui lui en veut du traumatisme subi. Ruth décide d’emmener tous ses « enfants » en voyage pour aller voir son frère Hal, qui sera selon elle plus à même d’aider Eve à accoucher. Un voyage qui ne se fera bien évidemment pas sans embûches…

Si le deuxième épisode était déjà très farfelu, cet ultime volet part lui totalement en vrille dans une bonne humeur communicative. Henenlotter a ici clairement voulu s’amuser et ça se sent. Kevin Van Hentenryck, toujours fidèle au poste dans le rôle de Duane, cabotine comme un fou (c’est le cas de le dire, vu que le personnage passe tout le premier tiers du métrage dans une camisole de force), concurrencé par une Annie Ross en roue libre (son numéro musical dans le bus avec ses « enfants » vaut son pesant de cacahuètes). Encore une fois nanti d’un budget confortable, le réalisateur laisse libre court à ses idées les plus saugrenues, comme cette portée de 12 bébés Belial (oui, 12 !) ou une machine farfelue permettant à l’heureux papa de se déplacer en marchant. Niveau gore, on est aussi servi, puisque cet épisode est celui qui comptabilise le plus de morts, le plus souvent outrancièrement sanglantes d’ailleurs.

Mais encore une fois, le réalisateur en profite pour asséner son message de tolérance, revendiquant le droit des personnes « différentes » à enfanter. Il va même plus loin, puisque cette fois, les vrais monstres sont les personnages « normaux » qui ont pratiquement tous des faces cachées, comme le flic qui veut purement et simplement anéantir les gens différents, et surtout la fille du sheriff, apparemment une jeune fille propre sur elle mais qui est en fait une adepte du SM. La sentence pour ces personnages sera sans appel et la décision finale des enfants de grand-mère Ruth irrévocable : les monstres en ont marre de se cacher et vont sortir au grand jour, que cela plaise aux gens normaux ou non. Une conclusion qui clôt la trilogie en beauté.

 

 

Au final, la trilogie Basket Case constitue une très sympathique saga cinématographique, du cinéma comme on n’en voit plus de nos jours. Du cinéma fun mais porteur d’un message, transgressif mais attachant. Un cinéma représentatif d’une époque aujourd’hui révolue, où des monstres en latex étaient cent fois plus attachants que ces personnages en en images de synthèses lisses et sans âmes. Bref, Basket Case est une trilogie à (re)découvrir d’urgence pour tous les amoureux des 80’s.

4
  • 1

    Lol ça a l’air assez particulier. Je n’avais jamais entendu parler de cette trilogie. Quoi qu’il en soit cet article a piqué ma curiosité, je vais tenter de matter le premier volet, bien que généralement j’ai du mal avec ce genre de film.

    leXtat on mai 7th, 2008
  • 2

    Le premier volet est à mon avis le moins “tout public” des trois à cause de son côté underground. Mais vu comme les épisodes se suivent, difficile de regarder les suivants sans avoir vu celui-ci avant…

    admin on mai 7th, 2008
  • 3

    Des trois, je ne connais que le premier que je possède en DVD. Néanmoins, grâce à ce très bon dossier, j’ai bien envie de découvrir les deux suites. M’est avis toutefois que leurs DVD n’existent pas en français, je me trompe ? :/

    Jérémie79 on mai 14th, 2008
  • 4

    Je sais pas trop pour les DVD. J’avoue les avoir telecharges et vu le temps que j’ai mis, ils ne doivent pas se trouver facilement…

    admin on mai 14th, 2008

 

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