Le fourre-tout de Geouf

CineGeouf

avril 18th, 2008 at 15:51

Jeux de Dupes de George Clooney

Si vous faites une recherche google sur le titre du nouveau film de George Clooney, vous vous apercevez que celui-ci est défini comme étant une comédie romantique. Or, s’il y a bien une romance, celle-ci n’est définitivement pas le thème principal du film. Car la nouvelle réalisation de Clooney s’avère en fait être un excellent hommage aux comédies des années 30-40, de celles qu’affectionnait tout particulièrement Cary Grant, en même temps qu’un constat amer sur l’évolution du monde du sport. La comparaison avec Cary Grant n’est d’ailleurs pas innocente, puisqu’on a souvent comparé Clooney à la star de La Mort aux Trousses. Et on a l’impression qu’avec Leatherheads, l’ancien Docteur Ross paye définitivement son tribut à cette légende et à tout un pan du cinéma aujourd’hui considéré comme vieillot.  Un parfum un peu suranné qui pourrait d’ailleurs peut-être expliquer le bide du métrage un peu partout dans le monde (même ici au bout d’une semaine on ne trouve plus qu’une séance par jour), bide malheureusement absolument pas mérité…

Leatherheads se déroule à la fin des années 20 et raconte l’histoire de Dodge Connolly (George Clooney), le capitaine de l’équipe de football américain les Duluth Bulldogs. Confronté au démantèlement de son équipe suite à la perte de leur unique sponsor, Dodge a l’idée d’embaucher dans l’équipe un jeune surdoué du football (et accessoirement héros de guerre), Carter « The Bullett » Rutherford (John Krazinski) pour capitaliser sur l’aura de celui-ci. La manœuvre fonctionne, mais attire l’attention des medias, et tout particulièrement de la journaliste Lexi Littleton (Renee Zellweger), bien décidée à prouver que le fameux héros de guerre n’est qu’un imposteur…

Comme je l’ai dit plus haut, la première chose qui frappe en découvrant Leatherheads, c’est son évident hommage au cinéma des années 30-40. Le métrage s’ouvre sur l’ancien logo d’Universal, la reconstitution des années 20 est minutieuse, tant en termes de costumes et décors que d’univers musical ou visuel. Le rythme du film lui-même est totalement en adéquation avec son esprit, à la fois un peu lent et bondissant. La photographie aussi rappelle celle des premiers films en couleur (voire en noir et blanc pour une séquence de flashback). Clooney se fend aussi d’un hommage au burlesque lors d’une hilarante poursuite avec la police, avec portes qui claquent au nez des personnages, déguisement et chute finale. Et on retrouve aussi l’immanquable bagarre dans un bar entre militaires obtus et civils ivres, avec ses coups de poings virils, ses bouteilles brisées, son pianiste imperturbable et sa réconciliation autour d’une pinte de bière et d’une chanson…

Mais là ou le film rappelle immanquablement de nombreuses comédies ayant marqué l’inconscient collectif, c’est dans ses dialogues ciselés et mordants. Les piques échangées entre Clooney et Zellweger sont tout à fait jouissives et les deux acteurs semblent s’amuser follement lors de leurs joutes verbales, tout comme le spectateur conquis. L’alchimie fonctionne parfaitement (beaucoup mieux qu’entre Clooney et Catherine Zeta-Jones dans Intolérable Cruauté) et leur association fait des étincelles. La romance entre les deux personnages est mille fois plus crédible que dans n’importe quelle comédie romantique formatée de ces dernières années (genre 27 Dresses) et le premier baiser échangé par les deux personnages est magnifique.

Du coup, vu que le couple star dévore littéralement l’écran, les autres acteurs sont un peu effacés, notamment le pauvre John Krazinski (l’excellent Jim de The Office) un peu coincé dans son rôle de gentil garçon parfait dépassé par les événements. Il aura néanmoins droit à quelques morceaux de bravoures de son coté, comme ce très marrant combat singulier contre Clooney ou l’excellent flashback faisant toute la lumière sur le légendaire « fait d’armes » de son personnage.



Mais au-delà de la comédie/hommage, Leatherheads est aussi une réflexion pertinente sur les dangers de la professionnalisation du sport. Ainsi, si les premiers matches de football ressemblent plus à une bataille de cour de recréation, ils ont une spontanéité que n’ont plus les matches modernes, sclérosés par un trop-plein de règles. Les journalistes sportifs eux-mêmes le disent bien à la fin, lors du matche qui clôt le film, les règles enlèvent tout le fun du sport. Pire encore, Clooney pointe du doigt avec beaucoup de justesse les dérives découlant de l’arrivée de gros investisseurs dans le sport. Les achats de joueurs reconnus à prix d’or, s’ils attirent les foules, ruinent aussi la définition même de « sport d’équipe ». Ce n’est plus l’équipe la plus soudée et motivée qui l’emporte, mais celle qui a le plus d’argent à sa disposition pour s’offrir les sportifs les plus performants. On peut du jour au lendemain se retrouver à jouer contre un ancien coéquipier, un ami. Les équipes ne sont plus des familles de substitution pour les joueurs (témoin la scène où Clooney apprend avec tristesse que ses coéquipiers sont allés faire la fête sans lui) mais jouer au football est devenu juste un moyen de gagner beaucoup d’argent. On repense des lors sans peine aux dérives qui ont suivies, que ce soit le dopage, les transferts négociés à plusieurs millions de dollars. Clooney nous le dit clairement, le plaisir a définitivement disparu de l’équation, que ce soit celui des sportifs ou celui des spectateurs (on voit les premières rixes entre supporters). La publicité a fait son apparition, les commentateurs radio récitent des messages publicitaires au milieu de leur compte-rendu, tout en faisant bien attention de ne pas utiliser de vocabulaire pouvant heurter qui que ce soit. Le politiquement correct est déjà en marche, bienvenue dans le monde du sport moderne…

Note : 8/10

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    Bonne critique tete de cuir

    Lapin Russe on avril 22nd, 2008

 

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