Après avoir repris en main sa série des morts-vivants avec le réussi Land of the Dead, Romero continue sur sa lancée avec un cinquième opus totalement différent tant sur le fond que sur la forme. Et autant le dire tout de suite, Diary of the Dead est une éclatante réussite venant prouver à tous que Romero reste l’un des maîtres de l’horreur moderne.

Le film est une sorte de « Zombie Begins », puisqu’au lieu de faire suite à Land of the Dead, il repart de zéro, c’est-à-dire au moment où les morts commencent à se réveiller et à attaquer les humains. Une sorte d’univers alternatif à ce qu’il faudra considérer maintenant comme la première tétralogie des morts-vivants. Les héros de cet opus sont des étudiants en cinéma en train de tourner un petit film d’horreur lorsque les morts commencent à revivre. Le leader de la bande, et réalisateur du film en question, Jason Creed, décide de filmer les événements qui vont suivre afin de mettre le public au courant et de contrebalancer la campagne d’étouffement de l’affaire des médias et du gouvernement. Le film proposé, The Death of Death, est donc le montage des images filmées par Jason tout au long de ces quelques jours d’horreur…
Après l’assez grosse logistique de Land of the Dead, Romero a eu envie de revenir à un cinéma plus expérimental, avec un très petit budget et des acteurs inconnus. De là est parti l’idée de ce Diary of the Dead. Mais que ceux qui craignent de voir un nouveau Blair Witch ou un nouveau Cloverfield se rassurent, Diary of the Dead est loin du pétard mouillé et est bien un film dirigé par Romero. Car si Romero utilise le principe du faux documentaire et des images prises sur le vif, ce n’est pas pour autant que le métrage est aux trois-quart improvisé (comme Blair Witch) ou filmé à la shaky-cam (comme Cloverfield). Premièrement, Romero contourne habilement la tentation de l’amateurisme en faisant de ces héros des étudiants en cinéma, soit des gens qui savent filmer et qui disposent de matériel adéquat (donc pas de caméscope numérique grand public ici). Ensuite, il a l’intelligence d’utiliser la voix-off de la petite amie du héros, qui intervient régulièrement pour donner des précisions sur les images (comme dans un vrai documentaire) et aussi explique dès le début du film que c’est elle qui en a fait le montage, et que par conséquent elle a entre autres rajouté de la musique et des extraits de vidéos trouvées sur le net pour renforcer son propos. Une astuce qui permet d’une part d’inscrire les images dans une réalité tangible (Romero utilise différents supports tels que caméras de sécurité, vidéos filmées avec un portable ou trouvées sur youtube) et en plus renforce l’empathie avec les personnages (la voix off est à ce titre d’une rare efficacité). Mais Romero ne perd jamais de vue qu’il s’agit avant tout d’un vrai film et reste dans la continuité de ses œuvres précédentes. Les morts-vivants sont toujours aussi voraces, et si le film est moins gores que Zombie ou Le Jour des Morts-Vivants, il n’en reste pas moins assez sanglant, proposant son lot de morsures sauvages, crânes explosés et autres sévices. Il est aussi assez marrant de repérer les clins d’oeils à la première tétralogie, comme le zombie qui pousse un caddie, ou encore la ferme amish qui fait furieusement penser à la maison isolée de La Nuit des Morts-Vivants. Mais s’il cite parfois ses précédentes œuvres, le réalisateur n’oublie pas de proposer du neuf, le film comportant de nombreuses séquences marquantes, comme cette piscine dans laquelle flottent des zombies, ou le coup d’épée final.

Les personnages sont quant à eux loin des clichés habituels des productions horrifiques. Car même si ce sont des étudiants d’une vingtaine d’années, ils ne se comportent pas de façon stupide comme des teenagers de slashers. La blonde de service (texane de surcroît) n’est pas une potiche trouillarde et sans cervelle, aucun personnage ne court en hurlant et en agissant stupidement, et ils sont absolument tous attachants, malgré leur nombre plutôt élevé (d’ailleurs, Cloverfield et son groupe réduit de personnage lisses en sans saveur devrait en prendre de la graine). Mention spéciale à ce propos au professeur alcoolique qui apporte une bonne dose d’humour pince sans rire au métrage. Et à ce propos, l’une des choses qui étonne le plus, c’est l’humour du métrage. Car même s’il n’est pas omniprésent, on a droit à de véritables scènes de comédie, comme lors de la rencontre avec l’amish sourd qui extermine les zombies à coup de dynamite. Celui-ci débarque en faisant des bruits bizarres (surdité oblige) et les héros le prennent pour un zombie. Une scène totalement autre mais définitivement jouissive et hilarante (surtout lorsque le personnage brandit un panneau « Hi, I’m Samuel » alors que des morceaux de zombies retombent autour de lui). Au rang des touches d’humour discrètes, on notera aussi la présence vocale de Stephen King, Wes Craven, Quentin Tarantino et Guillermo del Toro en journalistes présentant les nouvelles. Romero en profite aussi pour régler ses comptes avec un certain remake en faisant expliquer à l’un de ses personnages pourquoi il est impossible que les morts-vivants puissent courir.

Le film est donc très divertissant, mais qu’en est-il de la « Romero’s touch » ? Car le réalisateur est avant tout connu pour le côté engagé de ses films. Diary of the Dead ne déroge pas à la règle. Cette fois-ci le réalisateur s’attaque à la manipulation des médias et à la génération youtube, à ce trop-plein d’information généré par internet et les nouveaux supports de communication. Régulièrement, la voix-off vient nous rappeler que trop d’informations tue l’information, que la toile est submergée de vidéos, de points de vue différents et qu’il devient ainsi très difficile de faire le tri. Romero revient aussi sur le voyeurisme de l’être humain à travers notamment du personnage de Jason. Comme le dit si bien sa petite amie, de nos jours si un événement n’est pas filmé par une caméra, il n’existe pas. Romero s’interroge ainsi constamment sur la limite entre le désir d’informer et le voyeurisme passif. Il s’en prend à toute cette génération qui lors d’une agression va brandir un téléphone portable et filmer plutôt que de se porter au secours de la victime. Le personnage de Jason franchira cette limite à la fin du métrage lorsqu’il suivra une de ses amies, poursuivie par un zombie affamé, prodiguant des conseils à celle-ci sans pour autant poser sa caméra pour aller l’aider. Des images qui font froid dans le dos de par leur réalisme pessimiste (après tout, comme un personnage le dit dans le film, qui n’a jamais ralenti devant un accident de la route « juste pour voir »).

La dernière séquence, toute aussi éloquente, renvoie directement au final de La Nuit des Morts-Vivants et à certaines scènes de Land of the Dead. On y découvre deux rednecks qui s’amusent à shooter des zombies attachés. Leur dernière victime est une femme pendue à une branche par les cheveux. Lorsque les deux « chasseurs » l’abattent, ils lui explosent la mâchoire, laissant le haut de son crâne suspendu, toujours vivant. Et la narratrice de s’interroger : méritons-nous vraiment de survivre ? Très bonne question en effet…
Note : 9/10

