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CineGeouf

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mars 28th, 2008 at 11:12

Be Kind, Rewind de Michel Gondry

Un nouveau film de Michel Gondry est toujours un événement pour les cinéphiles. Que l’on apprécie ou non son style, il est indéniable que Gondry a un univers propre et rien que pour ça il s’agit d’un cinéaste passionnant. Son grand retour aux Etats-Unis, après l’insupportable (du moins à mon avis) Science des Rêves constituait donc une chance d’effacer le ratage de son précédent métrage. Surtout que le pitch de ce Be kind rewind était vraiment intriguant et laissait présager de nombreux délires. Mais jugez plutôt :

Suite à une tentative ratée de sabotage d’une centrale électrique, Jerry (Jack Black) se retrouve magnétisé et efface accidentellement toutes les bandes des cassettes du vidéo club voisin. Son meilleur ami Mike (Mos Def), à qui le vieux M. Fletcher (Danny Glover) a confié la boutique en son absence, est catastrophé et tente de trouver une solution. Les deux amis parviennent rapidement à une idée : retourner eux-mêmes tous les films perdus avec les moyens du bord, en espérant que cela ne se verra pas trop. Et contre toute attente, l’idée est un succès énorme, qui pourrait peut-être même aider au sauvetage de l’immeuble, promis à la démolition…

Evidemment, un pitch aussi étrange est à la fois alléchant et inquiétant. Inquiétant parce qu’on se demande comment Gondry va pouvoir tenir pendant une heure et demi sans faire juste une compilation de grands succès du cinéma remixés à sa sauce. Et pourtant, le miracle a bien lieu, parce que le film est avant tout une histoire d’amitié et d’entraide. Les films « suèdés », comme ils sont appelés ici, ne sont finalement qu’un prétexte pour montrer la renaissance d’un quartier autour d’un projet fédérateur. Une fois encore, sous couvert d’une idée déjantée, Gondry parle ici de l’être humain, dans ce qu’il a de meilleur en lui.

Mais il n’oublie pas non plus de contenter les cinéphiles, et à ce niveau-là le film est un véritable régal pour tous les amoureux du cinéma. Outre les nombreuses idées de mise en scène (le cerveau magnétique de Jack Black qui affecte aussi la pellicule du film, les travellings dévoilant le tournage des films suèdés…), ce sont tout d’abord les tournages de ces remakes qui font plaisir. Les séquences ou les deux compères refont leurs propres films sont à la fois hilarantes et débordantes d’inventivité. On sait que Gondry aime les effets rudimentaires (La Science des Rêves en regorgeait) et ici il s’en donne à cœur joie. Il faut voir Jack Black et Mos Def recouverts de papier alu en train de rejouer les grandes scènes de SOS Fantomes avec des filins pour faire voler les livres, un chat pour figurer le cerbère de la porte, un mini bibendum chamallow en flammes, des guirlandes de Noel en guise de rayons attracteurs… Et pourtant, ca fonctionne du tonnerre, on reconnait immédiatement les grandes scènes de ces films qui nous ont bercé, comme le final de Robocop, la scène du tunnel de Men in black, la fin de 2001 l’Odyssée de l’Espace… Et la scène finale de la projection du film réalisé par les gens du quartier sur un célèbre musicien de jazz évoque immanquablement un autre chef d’œuvre sur le cinéma, le magique Cinéma Paradiso. Les deux films partagent le même amour du septième art et la même idée qu’une séance de ciné entre amis devrait être quelque chose de magique et vivant, que le cinéma ne devrait pas être un produit de consommation courante. De même, en tant que cinéphile, Gondry fait intervenir dans son métrage des légendes du cinéma que l’on voit maintenant trop rarement. Aux cotés des jeunots Mos Def et Jack Black, tous deux excellents, on retrouve donc Danny Glover qui nous rappelle douloureusement à quel point il se fait rare sur les écrans de cinéma. La lumineuse Mia Farrow qu’on croyait disparue est aussi de la partie, ainsi que la géniale Sigourney Weaver dans un cameo jouissif.

Mais en plus de ca, Be kind rewind est aussi un plaidoyer pour la liberté artistique et l’imagination. Les représentants des grands studios (personnifiés par Sigourney Weaver) sont montrés comme des ignares uniquement intéressés par les chiffres et le copyright, qui vont jusqu’à se déplacer dans un petit quartier pour tuer une initiative fédératrice sans se poser plus de questions. Les grandes chaines de location de DVD sont aussi pointées du doigt, leur cote froid et industriel dénoncé, là ou les petits vidéoclubs de quartiers sont des lieux conviviaux, tenus par des passionnés sachant de quoi ils parlent. A l’exact opposé, on retrouve Mike et Jerry, qui entrainent tout le quartier dans leur passion, jusqu’à créer un véritable film de bric et de broc, sur une fausse légende locale. En clair, Gondry nous dit ici « si la légende est plus belle que la vérité, gardez la légende ! Et si vous pouvez encore l’améliorer, n’hésitez pas ! ». Un bien joli message pour un bien joli film, qui donne presque envie de leur emboiter le pas…

Note : 8.5/10

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  • 1

    Tres joli site, articles magnifiquement bien ecrits, tout est la, pour que dans quelques mois, ce site devienne la reference des critiques cinematographiques.

    Je n’ai qu’une seule chose a dire, merci Geoffrey de nous offrir ce plaisir sans cesse renouvele!

    Lapin Russe on avril 10th, 2008
  • 2

    Merci cher public. Je tiens a preciser que non, l’administrateur n’a pas soudoye les personnes ayant laisse des commentaires elogieux…
    Nous declinons toute responsabilite quant a la prise supposee de substances illicites des personnes en question.

    admin on avril 10th, 2008

 

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