Le fourre-tout de Geouf

CineGeouf

mai 12th, 2008 at 15:37

Speed Racer des Wachowski Brothers

Ça y est, c’est confirmé, Speed Racer, qui vient de sortir aux USA, est officiellement un bide. Avec ses 20.1 millions de dollars de recette sur le premier week-end, le nouveau film des frères Wachowski est très mal parti. Il faut dire aussi qu’il était loin de partir gagnant : un trailer déconcertant, des critiques négatives le comparant au navrant Spy Kids de Robert Rodriguez, des démêlées avec la AHA (la SPA américaine)  suite à des problèmes avec un des chimpanzés utilisés sur le tournage, bref rien de bien engageant. Moi-même, je n’étais que très moyennement tenté par un trailer qui me rappelait beaucoup trop l’indigeste Charlie et la Chocolaterie de Tim Burton (beaucoup plus que Spy Kids). Et si on ajoute à ça la déception que j’avais ressentie devant les deux suites de Matrix, avec leurs personnages sacrifiés sur l’autel de scènes d’action certes dantesques mais sans réelle implication émotionnelle, vous comprendrez facilement que Speed Racer était loin de figurer dans ma liste des films les plus attendus de l’année. Pourquoi suis-je allé le voir alors ? Et bien tout d’abord par pure curiosité cinéphilique bien évidemment, et aussi parce que le cinéma près de chez moi propose des séances en haute définition. Et là l’impensable s’est produit : j’ai pris une de mes plus grandes claques ciné de dernières années.

Speed Racer est donc l’adaptation live de l’anime japonais éponyme des années 60, qui a connu des années de « development hell » (Warner a acheté les droits de l’anime en 1992) avant que les frères Wachowski ne s’y intéressent. Le film, comme l’anime, se déroule dans un futur proche et met en scène les aventures du jeune coureur automobile Speed Racer (Emile Hirsh), dont le père, Pops (John Goodman), est concepteur et fabriquant de voitures de course. Lorsque le jeune pilote refuse de rejoindre l’écurie des industries Royalton, il s’expose aux foudres de la toute puissante corporation et de son PDG.

 
Comme je le disais dans mon introduction, Speed Racer est véritablement une claque ciné sans précédent, un film unique ne ressemblant qu’à lui-même. Donc non, Speed Racer n’a définitivement rien à voir avec Spy Kids, ni avec Charlie et la Chocolaterie. Certes, l’univers du film des Wachowski est coloré et bariolé et peut choquer de prime abord, mais on est très loin de la bouillie visuelle moche des deux autres films précités. J’avoue qu’il faut un petit temps d’adaptation, et que le début du film peut en refroidir plus d’un,es frérots ayant en effet reproduit fidèlement l’esthétique du manga et son univers bariolé. Dès le début du métrage, on est malmené, agressé par ces couleurs vives et chatoyantes, balloté par une présentation du héros allant à 100 à l’heure, passant sans prévenir du présent au passé, à travers des transitions inédites. Les trouvailles visuelles pullulent (comme lorsque le jeune Speed s’imagine au volant d’un bolide dessiné par ses soins alors qu’il s’ennuie en classe), et il faut parfois s’accrocher pour tout suivre, mais au moins la forme rejoint le fond : ça va vite.

Le film va vite, oui, mais n’en oublie pas de rendre ses personnages attachants. Et là on découvre que les frères ont retenu les erreurs faites sur les deux suites de Matrix. Même si le monde dans lequel ils évoluent est délirant et s’ils sont noyés dans des décors numériques, les personnages de Speed Racer existent et sont foncièrement sympathiques. Que ce soit le jeune héros idéaliste, son père bourru ou sa fiancée courageuse, tous sont soigneusement dépeints, non au travers de longs dialogues pompeux, mais plutôt par leurs actions. Tout juste pourra-t-on reprocher aux réalisateurs de trop s’intéresser au gamin irritant et à son singe apprivoisé, mais vu que le film est avant tout destiné au jeune public, on peut comprendre cette orientation. Et puisqu’on en est à parler de l’orientation du film, si celui-ci est a priori destiné aux enfants, il est aussi tout à fait visible par des adultes (autres que les fans de l’anime ou du manga). J’ai 27 ans, je ne porte aucun intérêt aux courses de voiture et j’ai pris un pied phénoménal devant le film. La portée philosophique et réflexive du métrage est très loin de celle des trois Matrix mais propose une charge anticapitaliste qui n’est pas sans rappeler V pour Vendetta, produit justement par les frangins. 

Les acteurs sont tous parfaitement crédibles dans leurs rôles, que ce soit Emile Hirsh qui s’impose définitivement comme l’un des acteurs les plus doués de sa génération (Into the Wild forever !), ou les vieux de la vieille comme John Goodman ou Susan Sarandon. Mais celui qui m’a le plus surpris reste Matthew Fox, véritablement émouvant dans le rôle de Racer X, mystérieux coureur portant un lourd secret sur ses épaules.

Mais ce qui fait de Speed Racer un film totalement novateur est bien entendu son aspect visuel. Non seulement la totalité du métrage a été filmé sur fond vert, mais en plus les frangins ont utilisé une technique leur permettant de rendre les arrière-plans nets, comme dans un dessin animé. Il en résulte un sentiment assez inédit de réellement contempler un manga live. Ils utilisent aussi toute la panoplie des techniques des animes japonais, comme les personnages isolés et entoures de lignes figurant la vitesse de leur action. Et ceux qui s’insurgent sur la laideur du film n’ont pas dû voir le même que moi. Le métrage propose au détour de certains plans des décors d’une beauté à couper le souffle, que la projection haute définition à laquelle j’ai assiste a réellement sublimés. Impossible de ne pas frissonner de bonheur devant la scène du départ de la course de Casa Cristo et son lever de soleil de carte postale. Une course hallucinante qui compose le morceau de bravoure principal du film. Encore une fois, les Wachowski restent d’une fidélité exemplaire au dessin animé, avec ses adversaires fous, leurs voitures aux designs délirants et leurs armes mortelles. On jubile comme un gosse lorsque l’un des vilains lance une ruche dans une voiture concurrente, ou lorsqu’un autre déverse de l’huile sur la route, comme dans les cartoons de notre enfance. Les trois courses du métrage dégagent 1000 fois plus d’énergie que toutes les scènes de la trilogie beauf Fast and Furious. Le numérique permet aux réalisateurs de s’affranchir des contraintes de réalisation classiques et de proposer des mouvements de caméra impossibles mais essentiels à l’intrigue, comme de passer en un seul travelling d’une voiture à une autre pour suivre un dialogue entre les personnages.

Mais tout ceci ne serait qu’une bouillie informatique sans une vraie vision, ce que les frérots ont assurément. Même si certains plans sont un peu trop rapides, la plupart des scènes de course sont d’une lisibilité incroyable en dépit de la rapidité de l’ensemble. Et surtout, chaque course a un véritable enjeu, ce qui fait que le spectateur est véritablement pris aux tripes. Le final a même réussi à me prouver qu’on pouvait avoir les larmes aux yeux devant une course de voitures, chose qui me paraissait impossible.

 

Mais malgré tout, le film fait un bide, et le pire c’est que c’est tout à fait logique. Il s’applique tellement à briser les règles classiques de narration et à entrainer le spectateur dans un déluge de sensations, de son, de couleurs qu’il est tout à fait prévisible qu’il subisse une réaction de rejet. Bref, seul le temps nous dira si le film va devenir un classique ou s’il va sombrer dans l’oubli, mais en tout cas, c’est à mon humble avis une expérience à tenter dans une salle de cinéma…

 

Note : 8.5/10

mai 7th, 2008 at 22:22

Mother of Tears de Dario Argento

Dario Argento. Un nom qui évoque pour les adeptes de cinéma horrifique des chefs d’œuvres tels que Les Frissons de l’Angoisse, Suspiria ou encore Inferno. Mais un nom qui évoque aussi depuis quelques années un artiste en panne d’inspiration, incapable de retrouver sa grandeur passée, et dont la filmographie chute inéluctablement en qualité. Pourtant, le passage par la série Masters of Horror laissait un espoir aux fans, Argento ayant réalisé deux des meilleurs épisodes du show. Et l’annonce de la mise en chantier du troisième et dernier épisode de sa saga des Trois Mères, projet attendu depuis presque 30 ans, laissait poindre une lueur d’espoir. Las, ce nouveau film, qui était censé être la renaissance d’un artiste hors norme, est tout simplement catastrophique, un navet indéfendable qui prouve définitivement qu’Argento n’est plus que l’ombre de lui-même…

Le film démarre pourtant plutôt pas mal avec un générique présentant des représentations moyenâgeuses de sorcières, sur une musique du plus bel effet. L’histoire commence lorsque des fouilles près d’une église mettent à jour un cercueil accompagné d’une urne couverte d’inscriptions. L’urne en question est envoyée à Rome pour analyse. Son ouverture par une employée d’un musée provoque le réveil de la dernière des trois mères, Mater Lacrimarum. La pauvre employée est assassinée sous les yeux de son amie Sarah (Asia Argento) par des hommes venus récupérer le contenu de l’urne. Ce premier meurtre très gore laisse augurer du meilleur pour la suite, même si le fait d’étrangler la pauvre victime avec ses propres boyaux est un peu too much. Mais c’est ensuite que le film commence à se gâter. L’ouverture de l’urne provoque une vague d’hystérie collective dans la ville, la plongeant soi-disant dans le chaos. Dans les faits, on a une bonne femme qui jette une poupée du haut d’un pont (c’est censé être son bébé), deux types qui s’amusent à casser une voiture, et deux autres types (les mêmes ?) qui se tapent dessus. Tu parles d’une apocalypse… Et tout le film est de ce niveau, définitivement trop ambitieux pour son budget limité. Les effets gores tiennent la route, mais des qu’une scène montre les conséquences du retour de Mater Lacrimarum, on a juste dix badauds qui se tapent dessus en hurlant comme des fous.

 C’est la dernière fois que je vais chez ce dentiste !

Niveau scenario, ce n’est pas très brillant non plus. Le film tente maladroitement de raccrocher les wagons avec Suspiria et Inferno, mais sans jamais y parvenir. On nous explique bien que Sarah est la fille de la femme qui avait blessé la sorcière de Suspiria, ou encore que Rome comporte un édifice semblable à ceux de Freiburg et New York et abritant la troisième Mère, rien n’y fait, on n’y croit pas. Asia Argento semble ne pas y croire beaucoup non plus d’ailleurs, se trainant tout du long dans le métrage, tour à tour hystérique puis complètement passive, ânonnant avec difficulté des dialogues ineptes en anglais. Mater Lacrimarum ne représente jamais une vraie menace (d’ailleurs on ne la voit presque pas) et on ne sait pas ce qu’elle recherche. Le film ne propose jamais de vraie histoire et regorge de trous béants dans son scenario. Pas grave, diront les fans, Suspiria et Inferno n’avaient pas des histoires très logiques ni très développées non plus et reposaient plus sur l’ambiance. C’est vrai, sauf qu’ici, d’une part le film est terriblement moche mais en plus il comporte un nombre consternant de détails ridicules poussant le spectateur à se demander si Argento est devenu fou ou s’il a voulu faire une parodie de son cinéma. Ca commence d’abord par la maman de Sarah qui se balade sous forme d’ectoplasme façon SOS Fantomes, lui prodiguant des conseils tous plus aberrants les uns que les autres. La scène la plus marrante à cet égard est celle où Sarah se réfugie dans une bibliothèque pour échapper à la police et, acculée, arrive à disparaitre en fermant les yeux. Oui oui, en fermant les yeux, comme le ferait un gosse !

 

 Who you’re gonna call? Ghoooostbusters !

Il y a ensuite le clan des sorcières adeptes de Mater Lacrimarum, une bande de poufiasses (je ne vois pas d’autre mot) fringuées et maquillées comme des prostituées et qui rient très fort en public et crient sur les passants pour bien montrer qu’elles sont très méchantes. Et puis il y a Udo Kier, qui cabotine comme un fou dans le rôle d’un exorciste, déclamant son texte comme s’il était au théâtre avant de se faire tuer dans une scène des plus ridicules. Que citer d’autre ? Ah oui, le babouin. Qu’est-ce qu’il vient faire là ? On ne sait pas trop. Mais en tout cas il est tout seul de son espèce et il sait faire de la varappe (si, si, je vous jure, avec la corde et tout !).

Une manif de tapineuses? Non, des sorcières en goguette…

Mais le véritable clou du spectacle, qui finit de noyer le film dans le ridicule, reste le final, et en particulier la mort de Mater Lacrimarum. Pour résumer, après avoir trouvé la troisième maison maudite (je ne sais pas trop comment, j’avoue m’être légèrement assoupi pendant 5 minutes), après avoir erré dedans, notre héroïne parvient dans l’antre de la fameuse troisième mère. Celle-ci est bien entendu en pleine cérémonie païenne (comprenez : une grosse partouze) à torturer de pauvres victimes innocentes. Notre héroïne, après s’être approchée de sa Némésis, se saisit d’une lance et… la déshabille ! Et là, tout s’écroule, la sorcière se fait empaler par un obélisque et l’héroïne et le flic courageux (aperçu à peu près 15 minutes dans tout le film) arrivent à s’en sortir in extremis. Fin. Alors oui, je veux bien que la tunique en toile de jute moche que la sorcière portait lui conférait ses pouvoirs, mais de là à faire tout s’écrouler parce qu’elle se retrouve à poil devant ses adeptes, faut pas abuser.

 

Bref, Mother of Tears est un véritable nanar, qui pourrait être drôle si seulement on n’avait pas envie de pleurer (c’est de circonstance) devant un tel gâchis. Pour une fois, je ne serais pas contre un remake…

 

Note : 2/10

mai 5th, 2008 at 20:04

Dossier: La Trilogie Basket Case de Frank Henenlotter

Frank Henenlotter est un réalisateur à part dans le petit monde de l’horreur. Farouchement indépendant, il a réalisé quelques petits classiques (dont le fameux Elmer le remue Méninges) dans les années 80 et au début des années 90 avant de disparaître de la circulation. A l’heure où on annonce son grand retour avec un intriguant Bad Biology, il est intéressant de revenir sur son œuvre-phare, la trilogie Basket Case.

 

Basket Case (1982) : Frères de Sang

 

C’est en 1982 que Henenlotter entame sa carrière de cinéaste avec le premier épisode de Basket Case. Un premier film un peu fauché mais qui contient déjà tous les germes du cinéma du réalisateur : un amour certain pour les freaks et les laissés pour compte, des penchants sexuels bizarres et du gore gratiné. Basket Case suit les pérégrinations de Duane Bradley, un jeune homme candide et a priori normal qui transporte toujours avec lui un imposant panier d’osier. Un panier qui lui sert à dissimuler Belial, son frère siamois déformé dont il a été chirurgicalement séparé à l’âge de 12 ans. Fraîchement débarqués dans la grosse pomme, Duane et Belial n’ont qu’une idée en tête, se venger des médecins les ayant séparé.

Film à très petit budget (la légende veut que la liasse de billets brandie par Duane au début du métrage soit en fait l’intégralité du budget du film), Basket Case compense par une inventivité de tous les instants. L’histoire est déjà foncièrement originale et joue avec l’un des plus grands tabous de l’humanité, la peur de la difformité. Henenlotter a bien saisi le concept et joue constamment sur le mélange attirance/répulsion que ressens le spectateur : on veut voir ce qu’il y a dans le panier, mais en même temps on redoute le moment où on va le découvrir. Et même si les effets spéciaux sont très limites, Henenlotter arrive à faire de Belial un personnage à part entière, à la fois effrayant et pathétique. La relation entre les deux frères est passionnante, mélange d’amour fusionnel et de haine : Belial aimerait être réattaché à son frère, tandis que Duane aimerait lui pouvoir vivre normalement sans son encombrant jumeau, tout en refusant de l’abandonner. Mais au-delà de cette singulière histoire, Basket Case est aussi un portrait frappant du New York underground : sale, glauque, constamment éclairé par les néons des cinémas pornos, où vos voisins peuvent pénétrer chez vous pour vous dévaliser, où des vétérinaires pratiquent des opérations illégales sur des humains sans précautions particulières…

Micro budget oblige, les acteurs sont pratiquement tous non professionnels, et même si certains ont un jeu limite, la plupart s’en sortent honorablement. Kevin Van Hentenryck, notamment, est plutôt crédible dans le rôle de Duane. Un rôle difficile, surtout que l’acteur principal passe une grande partie du métrage à monologuer, étant donné que Belial communique par télépathie. Les effets spéciaux, je l’ai déjà dit, sont assez limites, surtout lorsque Belial est animé en image par image, mais ce côté cheap ajoute au charme du métrage (et ça vaut largement mieux que des images de synthèses déjà dépassées au bout de 6 mois). Seul reproche que je pourrais faire à ce niveau, les yeux de Belial qui virent au rouge dans le final ne sont pas du plus bel effet.

Le film se suit donc avec plaisir malgré ses défauts et mérite totalement son statut culte acquis au fil des années.

 

 

Basket Case 2 (1990) : La monstrueuse Parade

 

Pratiquement dix ans après le premier opus, et en ayant réalisé entre-temps le culte Elmer le Remue-Méninges (Brain Damage), Henenlotter retrouve les frères Bradley pour un deuxième opus très attendu. Nanti d’un budget largement plus conséquent, Henenlotter a cette fois les moyens de ses ambitions et se lâche totalement dans un film délirant, hommage au fameux Freaks de Tod Browning.

Le film reprend exactement là où le précédent s’était arrêté : suite à la mort de la petite amie de Duane, assassinée par un Belial jaloux, les deux frères se battent, tombent par la fenêtre de leur chambre d’hôtel et s’écrasent sur le trottoir. Les secours arrivent rapidement et ils sont emmenés à l’hôpital sous bonne garde car la police a découvert leurs agissements meurtriers. Ils ne tardent cependant pas à s’échapper et sont recueillis par grand-mère Ruth (Annie Ross), une vieille femme qui a fait de son immense domaine un havre de paix pour les « monstres » tels que Belial. Mais malheureusement une journaliste fouineuse va venir remettre en question le bonheur nouvellement acquis des deux frères…

La première chose frappante dans ce nouvel opus des aventures des frères Bradley est l’écart impressionnant au niveau des effets spéciaux. On sent que Henenlotter a cette fois-ci un budget correct et il s’en sert. Belial ne ressemble plus à une poupée de plastique mou dans les plans larges, il n’est plus animé en images par images mais est cette fois entièrement animatronique. Un bon qualitatif qui renforce la crédibilité du personnage. De même, les maquillages des nouveaux monstres sont superbes et vraiment originaux.

La deuxième évolution notable concerne l’ambiance du film. En effet, si le premier opus était plutôt sombre et dépressif, celui-ci est définitivement plus orienté vers l’humour et la bonne humeur. Henenlotter s’éclate visiblement à filmer sa galerie de freaks gentils, véritables vedettes de ce nouvel opus. Il en profite pour renforcer son message sur le droit à la différence, thématique au centre de toute son œuvre.

Comme je l’ai dit précédemment, Basket Case 2 est un hommage non dissimulé au Freaks de Tod Browning : on retrouve l’étude d’un microcosme composé de monstres, que les humains « normaux » viennent perturber. D’ailleurs, le sort réservé à la méchante journaliste renvoie directement à celui de Venus dans le chef d’œuvre de Browning. L’autre influence majeure de Henenlotter est définitivement le roman Cabale de Clive Barker, paru deux ans plus tôt. L’histoire est pratiquement identique (un homme suspecté d’être un tueur en série débarque dans un refuge habité par des monstres et amène malgré lui les humains normaux à découvrir cet endroit) et Henenlotter a carrément donné le nom de Barker à l’un de ses personnages. Mais si Cabale était très pessimiste, Basket Case 2 préfère la légèreté et l’amusement pour rendre ses monstres attachants : outre que certains ont des designs vraiment délirants (une tête hypertrophiée qui chante de l’opéra, une femme avec une sorte de tronc d’arbre sur la tête, un homme à tête de rat…), ils se comportent pour la plupart comme des enfants turbulents.

On pourra donc regretter que ce second opus soit moins dérangeant que le premier et que les nouveaux monstres ne soient pas plus développés, mais le film propose son lot de bonnes idées. On peut par exemple citer une scène de sexe entre Belial et Eve, l’élue de son cœur, particulièrement drôle et dérangeante, ou encore l’évolution du personnage de Duane. Le pauvre Duane, qui est pratiquement le seul homme « normal » au milieu de tous ces freaks, imagine pouvoir fuir avec Susan, la petite fille de grand-mère Ruth et pouvoir enfin vivre une vie normale sans son frère. Un espoir qui volera en éclat lorsqu’il découvrira que Susan a parfaitement sa place dans la maison de Ruth. Le final désespéré est quant à lui un très grand moment d’horreur et laisse la porte ouverte pour le troisième film.

 

 

Basket Case 3 : The Progeny (1992) : La Guerre des Mondes

 

Cette fois, il n’aura pas fallu dix ans à Frank Henenlotter pour livrer le dernier film de sa désormais célèbre saga. Après un petit détour par la case Frankenhooker, il revient bien vite aux aventures de ses anti-héros. Comme dans le second film, le métrage de clôture de la trilogie commence au moment où le précédent s’est arrêté. Duane, traumatisé par la découverte du secret de Susan et la mort de celle-ci, a rattaché son frère de force à sa hanche, espérant ainsi pouvoir réellement appartenir à la communauté de grand-mère Ruth. L’histoire reprend quelques mois plus tard lorsque Eve, la dulcinée de Belial, est sur le point d’accoucher du fruit de leur union. Duane a passé tout ce temps enfermé dans une cellule capitonnée, sans nouvelles de son frère qui lui en veut du traumatisme subi. Ruth décide d’emmener tous ses « enfants » en voyage pour aller voir son frère Hal, qui sera selon elle plus à même d’aider Eve à accoucher. Un voyage qui ne se fera bien évidemment pas sans embûches…

Si le deuxième épisode était déjà très farfelu, cet ultime volet part lui totalement en vrille dans une bonne humeur communicative. Henenlotter a ici clairement voulu s’amuser et ça se sent. Kevin Van Hentenryck, toujours fidèle au poste dans le rôle de Duane, cabotine comme un fou (c’est le cas de le dire, vu que le personnage passe tout le premier tiers du métrage dans une camisole de force), concurrencé par une Annie Ross en roue libre (son numéro musical dans le bus avec ses « enfants » vaut son pesant de cacahuètes). Encore une fois nanti d’un budget confortable, le réalisateur laisse libre court à ses idées les plus saugrenues, comme cette portée de 12 bébés Belial (oui, 12 !) ou une machine farfelue permettant à l’heureux papa de se déplacer en marchant. Niveau gore, on est aussi servi, puisque cet épisode est celui qui comptabilise le plus de morts, le plus souvent outrancièrement sanglantes d’ailleurs.

Mais encore une fois, le réalisateur en profite pour asséner son message de tolérance, revendiquant le droit des personnes « différentes » à enfanter. Il va même plus loin, puisque cette fois, les vrais monstres sont les personnages « normaux » qui ont pratiquement tous des faces cachées, comme le flic qui veut purement et simplement anéantir les gens différents, et surtout la fille du sheriff, apparemment une jeune fille propre sur elle mais qui est en fait une adepte du SM. La sentence pour ces personnages sera sans appel et la décision finale des enfants de grand-mère Ruth irrévocable : les monstres en ont marre de se cacher et vont sortir au grand jour, que cela plaise aux gens normaux ou non. Une conclusion qui clôt la trilogie en beauté.

 

 

Au final, la trilogie Basket Case constitue une très sympathique saga cinématographique, du cinéma comme on n’en voit plus de nos jours. Du cinéma fun mais porteur d’un message, transgressif mais attachant. Un cinéma représentatif d’une époque aujourd’hui révolue, où des monstres en latex étaient cent fois plus attachants que ces personnages en en images de synthèses lisses et sans âmes. Bref, Basket Case est une trilogie à (re)découvrir d’urgence pour tous les amoureux des 80’s.

mai 1st, 2008 at 15:18

REC de Jaume Balaguero et Paco Plaza

Profitant d’un week-end en France, je me suis précipité dans les salles obscures pour découvrir le film du moment (mais non, pas Bienvenue chez les Ch’tis !), je veux bien sûr parler de la nouvelle perle horrifique du génial Jaume Balaguero, ici associé à son pote Paco Plaza. Balaguero est pour moi l’un des meilleurs réalisateurs de films d’horreur actuels, voire un des meilleurs réalisateurs actuels tout court. Je suis sa carrière avec ferveur depuis son premier film, le tétanisant La Secte sans Nom, et pour le moment je n’ai jamais été déçu (mis à part quand son superbe Fragile a été balancé à la sauvette directement en DVD dans notre cher pays, mais ceci est une autre histoire). Donc je ne pouvais décemment pas louper REC, surtout après avoir été motivé pendant des mois par un buzz grandissant et un bouche à oreille élogieux. Et force est de constater que pour une fois le buzz autour du film n’est pas volé, REC étant définitivement une des meilleures péloches horrifiques de ces dernières années.

Hasard de la mode, REC repose sur le même concept de la caméra subjective que deux autres films sortis cette année, l’excellent Diary of the Dead de George Romero et le surestimé Cloverfield de Matt Reeves. Et au final, le film de Balaguero et Plaza se trouve pile au croisement des deux œuvres en question : il s’agit d’un tour de manège comme Cloverfield purement destiné à divertir le public, mais en même temps utilisant une façon de filmer « professionnelle » comme le Romero. L’histoire, simple, suit une équipe de télévision en train de réaliser un reportage sur les pompiers lorsque ceux-ci tombent sur un étrange cas de contamination dans un petit immeuble. Par conséquent, pas d’image façon caméscope ici, ni de pieds filmés par inadvertance par le cameraman ou encore de plans peu crédibles du genre « je saute d’un building à l’autre en essayant de tenir mon caméscope droit parce que je suis toujours en train de filmer ». La mise en scène de REC est entièrement pensée par le duo de réalisateurs en termes d’efficacité et de crédibilité. Balaguero et Plaza ont parfaitement saisi l’intérêt de la camera à l’épaule et jouent constamment avec ce point de vue unique imposé au spectateur qui est aussi dépassé par les événements que le pauvre caméraman. Les commentaires de celui-ci renforcent aussi l’immersion, même si le duo de réalisateurs a la bonne idée de ne pas trop en abuser (contrairement à Cloverfield où le personnage qui filmait se sentait obligé de décrire tout ce qui se passait à l’écran). Même les coupures entre les différentes prises sont réfléchies et renforcent le suspense et l’impression de chaos ambiant. On stresse en se demandant ce qui a pu se produire pendant que la caméra était éteinte. L’environnement sonore participe aussi pleinement au sentiment d’oppression, que ce soient les cris des victimes ou des contaminés, tout concourt à foutre une trouille bleue au spectateur.

L’autre bonne idée de mise en scène, c’est d’utiliser la caméra comme un élément moteur de l’action, comme par exemple dans le tétanisant final où elle sert tour à tour à vérifier ce qui se passe dans le grenier, ou à voir dans le noir grâce au mode infrarouge. Le décor unique est lui aussi un personnage à part entière du film dont les deux réalisateurs s’amusent à explorer tous les recoins. Le vieil immeuble glauque où se déroule l’action n’est d’ailleurs pas sans rappeler celui de A louer, le segment de Balaguero pour l’anthologie Peliculas para no dormir.

J’ai dit plus haut que l’histoire était très simple (ce n’est ni plus ni moins qu’une histoire de zombies dans un immeuble), mais cela n’empêche pas le film de proposer son lot de mystères, notamment sur l’origine de la contamination. Et si une partie du voile est levé dans le final, Plaza et Balaguero laissent volontairement certaines zones d’ombres. On regrettera simplement qu’ils n’expliquent pas comment le « virus » a pu se transmettre de la mystérieuse locataire des combles aux autres occupants de l’immeuble. Là où le film impressionne par contre, c’est dans le fait que les réalisateurs arrivent en quelques scènes à croquer une galerie de personnages réalistes sans pour autant empiéter sur le rythme du film. Là où Cloverfield échouait à rendre ses personnages attachants malgré une plutôt longue introduction, le duo ibérique y parvient en 5 petites minutes d’interviews et au travers de leurs réactions. Le film se rapproche aussi énormément de Darkness et La Secte sans Nom, que ce soit au niveau du thème de l’enfance pervertie ou de l’idée de l’inéluctabilité du destin.

Donc non, la réputation du film n’est pas du tout usurpée, celui-ci est véritablement terrifiant à certains moments et propose une tension constante, jusqu’à un dénouement tétanisant qui à coup sur restera dans les annales du genre.

 

Note : 9/10

avril 30th, 2008 at 9:25

Flashbacks of a Fool de Baillie Walsh

Résumé: Joe Scot (Daniel Craig) est un acteur sur le déclin. A cause de ses frasques quotidiennes (drogue, alcool, sexe), plus aucun réalisateur ne veut travailler avec lui. Lorsque sa mère lui téléphone pour lui apprendre que son meilleur ami est décédé, Scot se replonge dans son passé et se remémore les événements qui l’ont poussé à quitter l’Angleterre pour Hollywood.

Flashbacks of a Fool avait tout pour être un bon film : une histoire classique mais pouvant être émouvante, un très bon acteur en tête d’affiche, de la matière pour intéresser le spectateur tout du long. Et pourtant, le métrage n’arrive que rarement à atteindre ses objectifs, souffrant clairement du syndrome « premier film ». Baillie Walsh, qui n’a auparavant réalisé que quelques clips et un documentaire sur le groupe Oasis, a de toute évidence pris beaucoup de plaisir à réaliser son premier vrai film. Peut-être un peu trop. Les images sont belles mais on a justement très souvent l’impression que Walsh s’admire en train de filmer, passe énormément de temps à créer l’image parfaite, au détriment du rythme et de l’émotion. Le métrage, censé être très fort émotionnellement, parait du coup au contraire extrêmement froid et lisse.

L’autre problème vient du scenario, aussi écrit par Walsh. Celui-ci est à la fois trop simple et trop confus. Confus parce que Walsh rajoute une foule de détails pouvant être intéressants mais totalement inexploités. Par exemple, quel est l’intérêt de faire de la mère de Joe une homosexuelle ? Outre le fait que cette orientation sexuelle n’est pas immédiatement perceptible par le spectateur, cela n’apporte strictement rien à l’histoire. Pire encore, on a du mal à croire qu’une telle relation soit aussi bien acceptée dans le lieu (un petit village côtier britannique) et à l’époque où le film se passe (les années 70), surtout par des personnes comme la vieille femme qui passe son temps avec la mère de Joe. De même, certains éléments, comme cette scène ou Joe se masturbe en compagnie de son ami, ou certaines tenues arborées par le héros, laissent à penser que celui-ci a des penchants homosexuels. Mais là encore, l’idée de la confusion sexuelle que le personnage peut ressentir n’est jamais vraiment explorée. Plus grave, le personnage du meilleur ami n’est que très peu développé, ce qui est dommage étant donné que c’est son décès qui déclenche les flashbacks du titre. Des fausses pistes et autres idées avortées finalement très frustrantes, qui au lieu de renforcer l’intrigue et les personnages, donnent au contraire un coté artificiel au métrage. A l’opposée, certains échanges entre les personnages en disent beaucoup plus long que tous ces éléments épars. Je pense par exemple au regard de détresse de Daniel Craig lorsqu’il pense que sa femme de ménage va le laisser tomber. Nul besoin de longs dialogues pour montrer que cet homme au bord du gouffre a besoin de ce dernier lien humain pour ne pas sombrer définitivement.

Donc clairement, tout n’est pas à jeter dans le film. Outre le fait qu’il est visuellement très beau, certaines scènes arrivent tout de même à atteindre leur but. La scène de la mort de la petite fille est à cet égard un grand moment de tension dramatique, porté par un bon sens du montage et du découpage. L’émotion finit aussi par montrer le bout de son nez lors d’un final certes prévisible mais bien emballé. Et puis on ne peut que saluer encore une fois la prestation impeccable de Daniel Craig, même si celui-ci n’apparait finalement que très peu dans le film.

Flashbacks of a Fool est donc loin d’être convaincant, malgré quelques bons points qui ne suffisent pas à rendre le film mémorable.

Note : 5/10

avril 24th, 2008 at 11:23

Critique Expresse: Pathology de Marc Schoelermann

Résumé : Ted, un étudiant en médecine, rejoint le département de pathologie le plus prestigieux du pays. Il découvre très vite que ses camarades de promotion ont un jeu bien particulier consistant à tenter de commettre le crime parfait. Entrainé dans cette spirale de vice, Ted va devoir lutter pour s’en sortir…

Ah, le thriller médical, un genre qui fait toujours recette, permettant aux scénaristes de jouer sur la peur des hôpitaux sans trop se fouler. Et là force est de constater que les deux scénaristes de l’ovni Hyper Tension ne sont pas allés chercher bien loin, vu que Pathology est un remake à peine déguisé du très bon slasher teuton Anatomy (mais si, le film qui a confirmé le talent de la belle Franka Potente). On retrouve donc les mêmes étudiants ne respectant pas le serment d’Hippocrate et jouant à Dieu. Mais si le film de Stefan Ruzowitzky effrayait réellement par moments et proposait des meurtres originaux, ce Pathology reste finalement bien sage, tout en étant bourré d’incohérences. On se demande déjà comment les étudiants arrivent à faire disparaitre les cadavres aussi facilement sans que personne ne se pose de question. En plus, les motivations des personnages ne sont jamais vraiment très claires, le film se voulant pervers sans totalement assumer. Le héros, par exemple, interprété très platement par le transparent Milo Ventimiglia (Peter Petrelli dans Heroes) est très représentatif de cet état de fait. L’idée qu’il se laisse prendre au jeu est intéressante, mais jamais suffisamment exploitée. On sent que les scénaristes veulent rester dans le politiquement correct pour ne pas s’aliéner le public. Les deux meurtres qu’on le voit commettre sont donc « justifiés » de façon assez puante il faut l’avouer : la première victime est une ordure hospitalisée après avoir abattu toute sa famille et tenté de se suicider, et le second est soi-disant un pédophile. Ensuite, on imagine que le héros continue de jouer au jeu macabre de ses camarades, mais on le voit juste tromper sa fiancée avec l’une de ses collègues… Autre gros problème, les personnages n’ont absolument aucune épaisseur. Seuls le héros et sa Némésis, interprétée par un Michael Weston (vu entre autres en psychopathe dans Six Feet under) en roue libre sont un peu caractérisés (et encore). Les autres personnages sont purement fonctionnels et sont totalement transparents. La pauvre Alyssa Milano fait de la figuration dans le rôle de la gentille fiancée, ce qui est bien dommage.

Niveau réalisation, ca ne vole pas bien haut non plus, vu que pratiquement tout le métrage est filmé en gros plans permettant de bien apprécier le manque d’expressivité du héros.

Restent quelques scènes d’autopsies assez gores pour flatter le coté voyeur du spectateur, et surtout un dernier acte surprenant se terminant sur une fin très noire évoquant certains des meilleurs épisodes des Contes de la Crypte. Comme on dit, Pathology, c’est pas top mais ca fait passer le temps…

Note : 4/10

avril 23rd, 2008 at 11:05

Les meilleurs Acteurs de Série B: Brad Dourif

On continue notre tour des acteurs de série B avec cette fois un très grand acteur à la carrière bien remplie, l’excellent Brad Dourif. Un acteur au jeu très intense, qui n’a peut-être pas eu la carrière qu’il méritait, mais qui aura fait plaisir aux fantasticophiles du monde entier en incarnant un nombre hallucinant de psychopathes.

Né le 18 mars 1950 à Huntington, West Virginia, d’un père collectionneur d’art et d’une mère actrice, le petit Brad a très tôt la fibre artistique. Après une scolarité classique, pendant laquelle il rejoint les troupes de théâtre de ses différentes écoles, il rentre à la Marshall University d’Huntington en 1969. Cependant, il quitte l’université à 19 ans, partant à New York pour tenter de percer en tant qu’acteur. Durant les années 70, il joue dans de nombreuses pièces off Broadway. C’est au cours de la représentation d’une de ces pièces, When you comin’ back, Red Ryder ?, qu’il est repéré par le réalisateur Milos Forman. Celui-ci lui propose alors le rôle qui lancera sa carrière ciné, celui du fragile Billy Bibbit dans le superbe Vol au-dessus d’un Nid de Coucous. Pour ce rôle, Brad reçoit un Golden Globe et est nominé à l’Oscar du meilleur second rôle. Propulsé star du jour au lendemain, Brad Dourif ne cède cependant pas aux sirènes d’Hollywood et retourne à New York ou il continue de jouer au théâtre et enseigne le métier d’acteur à la Columbia University. Ce n’est qu’en 1988 qu’il se décide à déménager à Los Angeles.

Durant cette période, il apparaitra tout de même dans de nombreux films, tels que Les Yeux de Laura Mars d’Irvin Kershner, et surtout Dune et Blue Velvet de David Lynch en 1984 et 1986. D’abord réticent à l’idée d’incarner un psychopathe par peur de rester coincé dans ce genre de rôles, Dourif finit néanmoins par accepter le rôle de Piter de Vries, l’assassin des Harkonen dans Dune. Malheureusement pour lui, sa première intuition était la bonne, puisqu’ensuite il enchainera les rôles de tarés dans des productions plus ou moins prestigieuses. Il fera tout de même le bonheur des fantasticophiles en incarnant le tueur Charles Lee Ray, plus connu sous le nom de Chucky, dans Jeu d’Enfants de Tom Holland (1988). Il reprendra le rôle quatre fois par la suite dans des séquelles plus (La Fiancée de Chucky de Ronny Yu, 1998) ou moins (Chucky 3 de Jack Bender, 1991) réussies. Son humour sardonique et son coté déjanté font des merveilles dans le rôle de la célèbre poupée psychopathe.

Mais si la série des Chucky reste d’assez bonne qualité, il n’en est pas de même pour d’autres productions dans lesquelles il apparait, comme les désastreux Critters 4 de Rupert Harvey (1991) et La Créature du Cimetière de Ralph S. Singleton (1990), basé sur une nouvelle de Stephen King.

Déterminé à ne pas se laisser enfermer dans un seul type de rôle, Dourif tente tout de même de varier les plaisirs. On peut ainsi le découvrir en sheriff dans le très beau Mississipi Burning d’Alan Parker en 1988. Mais il en revient toujours à accepter des rôles déjantés, que ce soit dans Color of Night (Richard Rush, 1994), aux cotés de Bruce Willis et Lance Henriksen, ou dans le à moitié loupé Alien la Résurrection de Jean-Pierre Jeunet (1997), dans lequel il incarne un scientifique obsédé par les Aliens. A la même époque, Dourif fait aussi in cameo dans le très sympathique Urban Legend de Jamie Blanks, l’un des meilleurs représentants de la vague neo slashers initiée par Scream. En 2002, Peter Jackson, grand geek devant l’eternel, lui propose le rôle de Grima Langue de Serpent dans Les deux Tours et Le Retour du Roi. Encore un personnage de méchant, mais cette fois plus félon que réellement dangereux. Avec son teint pâle et ses longs cheveux gras, Dourif donne corps à ce personnage haïssable. Récemment, un autre fan de ciné de genre, Rob Zombie, a fait appel à lui pour jouer le sheriff d’Haddonfield dans sa nouvelle version d’Halloween.

 

Mais en fait, pour redécouvrir toute l’étendue du talent de l’acteur, c’est encore une fois vers le petit écran qu’il faut se tourner. S’il fait une apparition marquante dans la saison 1 de X-Files, en tueur en série, rôle qui lui vaudra un Emmy, il incarne aussi des personnages récurrents dans Babylon 5 ou Star Trek Voyager. Mais son rôle le plus marquant de ces dernières années reste celui de Doc Cochran dans la géniale série Deadwood. Pour une fois, Dourif incarne un des seuls personnages vraiment positif de la série. Doc Cochran est un médecin râleur et alcoolique, mais dévoué à ses patients, et l’une des rares personnes à oser tenir tête au terrible Al Swearengen, patron du saloon Gem. Un rôle qui change de ceux qu’il joue habituellement et lui permet de montrer sa capacité à sauter d’un personnage à l’autre. Dommage que la série ait été annulée au bout de trois saisons…

avril 18th, 2008 at 15:51

Jeux de Dupes de George Clooney

Si vous faites une recherche google sur le titre du nouveau film de George Clooney, vous vous apercevez que celui-ci est défini comme étant une comédie romantique. Or, s’il y a bien une romance, celle-ci n’est définitivement pas le thème principal du film. Car la nouvelle réalisation de Clooney s’avère en fait être un excellent hommage aux comédies des années 30-40, de celles qu’affectionnait tout particulièrement Cary Grant, en même temps qu’un constat amer sur l’évolution du monde du sport. La comparaison avec Cary Grant n’est d’ailleurs pas innocente, puisqu’on a souvent comparé Clooney à la star de La Mort aux Trousses. Et on a l’impression qu’avec Leatherheads, l’ancien Docteur Ross paye définitivement son tribut à cette légende et à tout un pan du cinéma aujourd’hui considéré comme vieillot.  Un parfum un peu suranné qui pourrait d’ailleurs peut-être expliquer le bide du métrage un peu partout dans le monde (même ici au bout d’une semaine on ne trouve plus qu’une séance par jour), bide malheureusement absolument pas mérité…

Leatherheads se déroule à la fin des années 20 et raconte l’histoire de Dodge Connolly (George Clooney), le capitaine de l’équipe de football américain les Duluth Bulldogs. Confronté au démantèlement de son équipe suite à la perte de leur unique sponsor, Dodge a l’idée d’embaucher dans l’équipe un jeune surdoué du football (et accessoirement héros de guerre), Carter « The Bullett » Rutherford (John Krazinski) pour capitaliser sur l’aura de celui-ci. La manœuvre fonctionne, mais attire l’attention des medias, et tout particulièrement de la journaliste Lexi Littleton (Renee Zellweger), bien décidée à prouver que le fameux héros de guerre n’est qu’un imposteur…

Comme je l’ai dit plus haut, la première chose qui frappe en découvrant Leatherheads, c’est son évident hommage au cinéma des années 30-40. Le métrage s’ouvre sur l’ancien logo d’Universal, la reconstitution des années 20 est minutieuse, tant en termes de costumes et décors que d’univers musical ou visuel. Le rythme du film lui-même est totalement en adéquation avec son esprit, à la fois un peu lent et bondissant. La photographie aussi rappelle celle des premiers films en couleur (voire en noir et blanc pour une séquence de flashback). Clooney se fend aussi d’un hommage au burlesque lors d’une hilarante poursuite avec la police, avec portes qui claquent au nez des personnages, déguisement et chute finale. Et on retrouve aussi l’immanquable bagarre dans un bar entre militaires obtus et civils ivres, avec ses coups de poings virils, ses bouteilles brisées, son pianiste imperturbable et sa réconciliation autour d’une pinte de bière et d’une chanson…

Mais là ou le film rappelle immanquablement de nombreuses comédies ayant marqué l’inconscient collectif, c’est dans ses dialogues ciselés et mordants. Les piques échangées entre Clooney et Zellweger sont tout à fait jouissives et les deux acteurs semblent s’amuser follement lors de leurs joutes verbales, tout comme le spectateur conquis. L’alchimie fonctionne parfaitement (beaucoup mieux qu’entre Clooney et Catherine Zeta-Jones dans Intolérable Cruauté) et leur association fait des étincelles. La romance entre les deux personnages est mille fois plus crédible que dans n’importe quelle comédie romantique formatée de ces dernières années (genre 27 Dresses) et le premier baiser échangé par les deux personnages est magnifique.

Du coup, vu que le couple star dévore littéralement l’écran, les autres acteurs sont un peu effacés, notamment le pauvre John Krazinski (l’excellent Jim de The Office) un peu coincé dans son rôle de gentil garçon parfait dépassé par les événements. Il aura néanmoins droit à quelques morceaux de bravoures de son coté, comme ce très marrant combat singulier contre Clooney ou l’excellent flashback faisant toute la lumière sur le légendaire « fait d’armes » de son personnage.



Mais au-delà de la comédie/hommage, Leatherheads est aussi une réflexion pertinente sur les dangers de la professionnalisation du sport. Ainsi, si les premiers matches de football ressemblent plus à une bataille de cour de recréation, ils ont une spontanéité que n’ont plus les matches modernes, sclérosés par un trop-plein de règles. Les journalistes sportifs eux-mêmes le disent bien à la fin, lors du matche qui clôt le film, les règles enlèvent tout le fun du sport. Pire encore, Clooney pointe du doigt avec beaucoup de justesse les dérives découlant de l’arrivée de gros investisseurs dans le sport. Les achats de joueurs reconnus à prix d’or, s’ils attirent les foules, ruinent aussi la définition même de « sport d’équipe ». Ce n’est plus l’équipe la plus soudée et motivée qui l’emporte, mais celle qui a le plus d’argent à sa disposition pour s’offrir les sportifs les plus performants. On peut du jour au lendemain se retrouver à jouer contre un ancien coéquipier, un ami. Les équipes ne sont plus des familles de substitution pour les joueurs (témoin la scène où Clooney apprend avec tristesse que ses coéquipiers sont allés faire la fête sans lui) mais jouer au football est devenu juste un moyen de gagner beaucoup d’argent. On repense des lors sans peine aux dérives qui ont suivies, que ce soit le dopage, les transferts négociés à plusieurs millions de dollars. Clooney nous le dit clairement, le plaisir a définitivement disparu de l’équation, que ce soit celui des sportifs ou celui des spectateurs (on voit les premières rixes entre supporters). La publicité a fait son apparition, les commentateurs radio récitent des messages publicitaires au milieu de leur compte-rendu, tout en faisant bien attention de ne pas utiliser de vocabulaire pouvant heurter qui que ce soit. Le politiquement correct est déjà en marche, bienvenue dans le monde du sport moderne…

Note : 8/10

avril 17th, 2008 at 17:23

Critique expresse: Son of Rambow de Garth Jennings

Résumé: Will est un gamin solitaire, dont la mère fait partie d’un mouvement religieux prohibant toute forme de technologie audiovisuelle. Mais lorsqu’un jour il rencontre le turbulent Lee Carter et que celui-ci lui fait regarder une vidéo pirate du premier Rambo, c’est la révélation. Les deux enfants décident de tourner avec les moyens du bord leur propre suite au film, son of Rambow…

Son of Rambow, c’est un peu le Juno britannique. Une petite comédie sans prétention qui d’un coup explose le box office, créant tout un buzz autour de lui. Ce nouveau film du réalisateur de H2G2 aurait pu être la bonne surprise du printemps, mais cumule malheureusement trop de défauts pour justifier l’engouement des foules. Bien sûr, l’histoire d’amitié de ces deux jeunes garçons que tout oppose est sympathique, mais franchement peu originale. L’idée de les regarder faire leur propre film, très proche de celle de l’excellent Be kind, rewind de Michel Gondry est aussi bien trouvée, mais difficile de faire tenir tout un film dessus. C’est d’ailleurs ce qu’a dû dire le réalisateur (aussi scénariste) puisque du coup il tente d’étoffer un peu son intrigue.

Et c’est là que le bât blesse réellement. A force de tenter de développer un univers avec de nombreux personnages, il perd petit à petit la force de son histoire, diluée dans des intrigues secondaires sans intérêt. Pire que ça, le spectateur finit même par se demander de quoi parle vraiment le film : est-ce une comédie, un drame, une parodie des années 80 à la Austin Powers, une charge contre l’obscurantisme religieux, une déclaration d’amour au cinéma ? Le ton change régulièrement, ce qui fait qu’on se retrouve vite perdu. Certains personnages sont si peu développés qu’ils en deviennent ridicules, comme l’ado français et son look new wave (en plus l’acteur qui l’incarne joue comme un pied), et certaines pistes intéressantes sont totalement sous-exploitées, le réalisateur n’allant pas au bout de ses idées. On aurait par exemple apprécié un peu plus de présentation du milieu dans lequel évolue Will, le mouvement religieux soi-disant autoritaire dans lequel il est élevé n’ayant finalement qu’une utilité mécanique (c’est juste un obstacle de plus entre les deux garçons). Du coup, faute de présentation, certaines scènes perdent toute leur force, comme lorsque la mère de famille décide de quitter la religion pour son fils. On a l’impression que c’est ce qu’on attendait du personnage donc elle agit en conséquence, sans que cela ne bouleverse spécialement son univers. C’est pourtant une décision radicale !

De même, le film semble vouloir être sérieux dans son propos tout en étant drôle, ce qui n’est pas incompatible, mais certains passages sont tellement décalés qu’ils donnent l’impression de ne pas appartenir au même film, comme toutes les scènes impliquant les autres élèves (particulièrement les étudiants Français).

En clair, faute de proposer un univers cohérent et crédible, Jennings peine à faire exister ses personnages et à intéresser le spectateur (il faut dire aussi qu’il n’y a que très peu d’enjeux dans le film). Heureusement que les deux gamins incarnant les rôles principaux sont bons, puisqu’ils réussissent tout de même à nous faire s’attacher à eux et à arracher quelques rires. Mais le film n’en reste pas moins bancal et assez raté.

Note : 5.5/10

avril 11th, 2008 at 14:04

Critique Expresse: La Fiancée du Reanimator de Brian Yuzna

Résumé : Quelques mois après les événements dramatiques de l’université Miskatonic, et après un passage par la guerre civile péruvienne, Herbert West et Dan Cain sont de retour à Arkham. West est toujours obsédé par ses recherches et décide de créer une femme à base de morceaux de divers cadavres, dont le cœur de la bien-aimée de Cain, décédée dans le film précédent…

Suite directe de l’excellent Reanimator de Stuart Gordon, ce Bride of Reanimator a été réalisé en 1991 (soit 6 ans après le premier) par Brian Yuzna. On y retrouve avec plaisir le fameux Herbert West, toujours incarné par l’excellent Jeffrey Combs, qui continue ses expériences d’apprenti Frankenstein. Malheureusement cette séquelle est loin d’atteindre le niveau de son illustre modèle. Tout d’abord, le film manque cruellement de rythme, la faute à un éparpillement des intrigues. Le film suit à la fois les aventures des deux amis, mais aussi l’enquête d’un flic dont la femme a été victime de West, et un médecin qui a réussi à réanimer la tête de Hill (le méchant du premier film). Du coup, ca fait beaucoup pour un film d’une heure et demi et la plupart des nouveaux personnages sont sous-employés. Le pire étant la greluche de service, qui au mieux ne sert a rien, et au pire a des comportements complètement illogiques (du genre elle retrouve son chien réanimé auquel West a greffé un bras humain à la place de la patte, elle s’enfuit puis revient une demi-heure après comme si rien ne s’était passé). Le personnage du docteur Cain (Bruce Abbott) est lui aussi sacrifié, passant son temps à geindre ou à suivre bêtement West sans réfléchir. Yuzna démontre tout de même par là qu’il a compris que le personnage le plus intéressant est celui de West, quitte à sacrifier le héros.

Comme son titre l’indique, le film se veut un pastiche de La Fiancée de Frankenstein, mais là encore les passages comiques sont peu nombreux et ne fonctionnent qu’à moitié. Heureusement le dernier quart d’heure de folie, qui voit la libération des créations farfelues de West, permet de relever le niveau (on reconnait d’ailleurs bien là la patte du réalisateur de Society). On n’atteint bien sûr pas le degré de folie de la fin du premier épisode, mais les effets spéciaux à l’ancienne font plaisir à voir (malgré l’approximation de certains) et le spectateur en a enfin pour son argent. La fiancée du titre est elle aussi plutôt réussie et annonce avec quelques années d’avance la Julie du Retour des Morts-Vivants 3 du même Yuzna. Mais à choisir, mieux vaut visionner le troisième épisode de la série, pour le coup vraiment délirant et rempli de passages hallucinants (le combat entre le rat et le pénis restera d’anthologie).

Note : 4/10